<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-6614284931315845606</id><updated>2011-04-21T19:57:51.514+02:00</updated><title type='text'>L'ANTI MONT-BLANC</title><subtitle type='html'>Digressions journalistiques et littéraires autour du plus grand mythe alpin.</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://antimontblanc.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6614284931315845606/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://antimontblanc.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>1</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-6614284931315845606.post-1730524142818793706</id><published>2007-12-04T17:11:00.009+01:00</published><updated>2008-11-18T15:30:02.302+01:00</updated><title type='text'>L'ANTI MONT-BLANC</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:18;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:18;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:48;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span class="Apple-style-span"  style="font-style: italic; font-weight: bold;font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On rejette dans le présent un passé idéalisé, mais on évite de mettre celui-ci à l’épreuve de l’expérience. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:78%;"&gt;Bernard imhasty, correspondant de la Neue zürcher zeitung en Asie du sud&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cours de la session plénière du 23 mars 2007, l’Assemblée régionale a adopté un voeu proposé par l’exécutif régional pour le classement par &lt;span style="font-size:85%;"&gt;l’UNESCO&lt;/span&gt; du massif du Mont-Blanc au patrimoine mondial pour l’humanité.&lt;span style="font-size:78%;"&gt; COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE LA RÉGION RHÔNE-ALPES DATÉ DE CE JOUR.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Elle » hésita entre le café de Flore et Les Deux Magots. Entra dans le premier. Vit que c’était devenu non fumeur. Ressortit pour « le » chercher ailleurs, peut-être au Buci ou au Relais de l’Odéon… « Elle » fit à peu près tout St Germain. Les écrans d’ordinateurs portables à la place des yeux des gens… se dit « qu’il » avait dût changer d’avis. La jeune femme descendit alors la rue de Seine, passa devant un nombre considérable de galeries d’art moderne jusqu’à La librairie des Alpes. Voulu savoir ce que la « vendeuse » pensait des éditions Guérin et ses nouvelles couvertures qui rappelait la couleur de la mer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chamonix, lundi 23 avril 2007. Ensoleillé et chaud l'après-midi. État du ciel clair ou peu nuageux le matin, temporairement nuageux l'après-midi par développement de cumulus. Ensoleillement proche de 80%. Pas de précipitation. Vent en altitude SE faible à modéré. Les températures seront estivales avec 25/28°C à basse altitude. Isotherme 0° proche de 3600 mètres. &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Météo France&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’atelier&lt;/span&gt; un café en terrasse… Un type, n’importe quel type... et un stylo hybride feutre/bille rempli d’encre à raz bord pour être sûr de ne pas manquer. Un type, n’importe lequel... son stylo-feutre/bille à 1,50 euros pièce pour être sûr de ne pas trop se dépenser. Alors voilà ! le type aligne son stylo fétiche juste sous le sommet des Alpes occidentales côté français « Un Mont-blanc » la crème des stylos ! Le type pense d’emblée à un Mont-blanc qui permettrait d’installer le sujet dans son décor principal, un Meisterstück149 Mont-blanc™ à quatre cent cinquante euros le stylo-plume quand même ! Le type, disons peut-être : un journaliste, un cinéaste ou bien encore un alpiniste... il n’en sait rien lui-même !... pense aussi qu’il lui faudrait une note de fond, quelque chose comme une musique d’ambiance particulière, une bande son pour qu’on reconnaisse son style tout de suite. C’est ce que le type se dit en débouchant son « indémodable Ball Pentel N50 de chez Niceday by Guilbert™ pour écrire des kilomètres avec sa bille en alliage et tout en douceur grâce à sa pointe plastique à 1,50€ pièce lorsqu’on en achète douze d’un coup ! » Une note, grave, un bruit de fond… le grondement de l’Arve par exemple. Un bruit de torrent assez large et le tintement de l’argent dans la porcelaine figée du grand orchestre touristique local. Le Mont-blanc... et son ensemble de fausses notes. Un assortiment de fréquences sonores paradoxales qui finissent par constituer l’idée d’une litanie singulière du temps présent, par opposition à l’espace mythique qui façonne le ciel du haut Faucigny. « Une prière urbaine, moderne, qui répond aux psalmodies des oraisons sommitales, réplique à l’écrasante beauté des hautes cimes mouchetées d’hiver perpétuel » pour en faire vraiment trop et réussir d’emblée à se défaire de cette manière littéraire un peu lourde et surtout passée de mode depuis longtemps. Des notes (1)...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Là, dans un silence profond et solennel, sur les plus hautes sommités, il semble presque que l’on saisisse la musique des sphères célestes&lt;/span&gt;. Conrad Gesner. Naturaliste suisse. 1516-1565. Le premier érudit à s’être intéressé vraiment aux jouissances singulières d’un humanisme suspendu à des hauteurs considérables sur les sommets alpins. (Un type, son amour des oiseaux, mais qui détestât du ciel... la noirceur de ses nouvelles couleurs réformées). &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des sommets... leurs surplus de schiste, leurs trop plein de protogine sous quelques plumes romantiques excessives... Le Mont-blanc, une carrière géante de caillasses légendaires reconverties en montagne d’intérêts financiers. Un Mont-blanc™ et tout ce qui peut couler dessous d’un peu cher. Le contraste imposant d’un silence mystique suspendu au-dessus d’un supplément de pesanteurs trop humaines pour les croire vraiment honnête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pensais à l’infini. Juste à ce moment-là je pensais au vide, mais surtout à l’infini, à tout ce qui continuait d’étayer les marges interminables de calcul dans l’espace pour dessiner les contours de l’univers possible, notre univers, mon univers… mes particules d’air fondamentales pour respirer et continuer d’écrire au temps présent. Je pensais au temps, je pensais au peu de temps qu’on mettrait pour foutre définitivement le bordel dans tout l’air qu’on réussissait encore à respirer... Je pensais au temps, à ce peu de temps-là, à « un putain de temps de merde ! » si j’étais vraiment vulgaire. Mais pour l’heure, à cette heur-là précise, il faisait vraiment beau, un ciel bleu magnifique, simplement beau. Je pensais à elle aussi qui n’appelait pas. Où l’on pourrait parler un peu de courant électrique, de principe électromagnétique… des corps qui s’attirent grâce aux forces généreuses de la gravitation, mais qui restent aussi suspendus dans le vide à ne rien faire sous l’effet de leur propre masse. Deux corps qui s’attirent et toute la force inertielle qui les retient de se comprendre vraiment… et j’en voulais un peu aux lois de Newton parce qu’il fallait bien en vouloir à quelqu’un et que c’était justement tombé sur ce brave Isaac Newton qui n’en demandait pas tant. En conséquences… pensais-je alors : Deux corps… qu’ils se rencontrent, là sur des montagnes un peu fières ou ailleurs ; se trouvent raisonnablement à leur goût pour finir un soir à poil au fond d’un plumard, décident de s’unir pour la vie malgré tout ce qu’on les a suffisamment prévenu de n’en jamais rien faire après une nuit pareille ! Deux corps... et quelle que soit leur nature rebelle respective… finiraient quand même toujours par se casser la gueule à la même vitesse et quelle que soit le poids de leurs réticences individuelles à obéir aux lois générales de la physique moderne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n’avait toujours pas appelé et j’étais bien avancé. Elle n’avait toujours pas appelé et à l’échelle de la matière tout était donc assez normal. C’est à cette heure-là, précise, que j’ai commencé de m’intéresser au principe de la relativité restreinte et à la beauté considérable de la physique quantique pour essayer de l’expliquer. Un type et son idée fixe à propos des étoiles qui bougent tout le temps, un type et ses idées restreintes pour parler du mouvement… son apathie considérable face aux apparences désastreuses du temps qui passe malgré les trous noirs qui avalent tout. Oui, un type, au seuil de ses pensées logiques à propos du monde et des possibilités d’un espace infini pour y remédier. Un grand trou noir à la fin. Le tout en forme de type complètement effondré, replié sur lui-même pour résister aux incohérences du temps en mouvement. Un type, bien décidé à épouser l’hypothétique courbure de l’univers au point d’entrer en résonance avec le grand désordre général du temps qui passe sans elle. Le type pensait : « se courber, se plier, s’enrouler sur soi, se « lover »… jusqu’à réussir à s’aimer quand même. J’en terminais-là du sort jeté à mes électrons libres et leurs drôles de mouvements amoureux dans l’espace chamoniard de cette fin d’après-midi d’avril. Je regardais les chiens. Je regardais les clébards traverser la rue et entrer dans les bars. J’auscultais leurs yeux débiles et mélancoliques à la fois me disputer le regard attendri des filles, des grandes, burinées à l’ambre et au carmin mélangés (la couleur des peaux qui traînent longtemps en altitude). Des filles bien bâties avec le ton d’une brique qui leur coule sous les yeux. Des filles bien cuites, le soir au fond des cafés branchés. Des filles de commerçants, d’hôteliers… des filles de tauliers élevées sous le cuivre des toitures patinées de leurs parents, des corps de filles cuites à la chaleur torride d’un beau décor de montagne. Je regardais les chiens, de plus en plus de chiens passer sous les bars, des bâtards et leurs yeux humides renifler dans les poubelles, leur naïveté s’enfiler sous les jupes des jolies demoiselles habituées. Rien ne les repoussait. C’était déjà la nuit, le Bar des sports allumé, qui accepte les bouledogues et les couples qui avalent l’air en attendant leur entrée. Des couples qui ravalent leur bière en matant les chiens. Regard croisé, erroné… un verre d’alcool pour faire passer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Irish cofee le lendemain, toujours en terrasse. Un tas de gens flânent rue Joseph Vallot, autant de chiens en laisse ou non et des vélos tout-terrains. Autant de paires de lunettes de soleil à la mode remontées sur les cheveux des filles et leurs téléphones portables plaqués or suspendus aux oreilles. L’aiguille du goûter fume de tous ses poumons vers le nord, moi aussi devant un demi. « Et un paquet de Lucky ! un… Parce que les clopes seront bientôt interdites. Un paquet de Lucky avec un grand verre de bière pour éviter que tout ne sèche trop vite. » Quelques minutes plus tard, le type entre au Bar des sports après s’être enfilé un sandwich américain à cinq euros cinquante avec beaucoup d’oignons et pas moins de frites. Le seul corps solide qu’il s’est autorisé à ingurgiter de toute la journée. Un régime économique et inversement proportionnel au degré d’efforts qu’il a fourni pour essayer d’atteindre un sommet, n’importe quel sommet, avec ses propres moyens. C’est le mois d’avril à Chamonix, le même mois qu’ailleurs sur la même latitude et malgré des semaines de grand beau temps qui tentaient de prouver le contraire. Des névés persistent un peu partout, des taches d’hiver qui m’empêchent de flâner sur les chemins des faces nord avec mes pompes d’été… J’avais dû me résigner à enfiler mes « grosses », après les premiers lacets du chemin dit de « la Jonction ». En été, le chemin mène sans obstacle particulier jusqu’au lieu baptisé « La pierre à Balmat » du nom du plus célèbre des personnages distribués par la grande mythologie anthropocentriste chamoniarde (la pierre d’un chamoniard sur ses terres de « sa » vallée de Chamonix, et je dois vous dire d’emblée qu’il en fut une autre plus ancienne encore... oui, une pierre que l’on trouvât naguère au lieu-dit du Montenvers, plantée juste au-dessus de la Mer de glace et toute dédiée aux anglais qui l’avait « découvert » les premiers, l’année 1741. Des anglais...) Jacques Balmat, cristallier et modeste chasseur de chamois, auteur « quasi » solitaire… de la grande première du Mont-blanc le 8 août 1786 à dix-huit heures et vingt-trois minutes précisément. Trois ans plus tard, les français entamaient leur révolution où « les montagnards » l’emporteraient finalement sur le point de vue des « Girondins » chacun leur tour et vice et versa pendant plusieurs mois à l’issu desquels Danton, Robespierre, Marat et tous leurs compagnons de cordée gagnèrent définitivement la partie en terminant sous la guillotine comme les autres. Mais je digresse, je digresse… tout ça n’avait d’ailleurs plus beaucoup d’importance aujourd’hui et encore moins à Chamonix qui n’eut jamais à apprendre la même « histoire de France » jusqu’en 1860, date à laquelle le duché de Savoye fut rattaché, au second empire de Napoléon III lors du traité de Turin. Jacques Balmat donc ! dit : « Mont-blanc » et sacrément bavard… selon ses amis de l’époque et l’ensemble des historiens sérieux d’aujourd’hui. Balmat et « sa pierre » qu’on avait baptisé plus tard pour se souvenir que l’homme eut tout de même réussi l’exploit de passer une nuit entière à cette altitude extrême (la hauteur des glaces éternelles...) avec juste ce qu’il portait sur lui de pure laine vierge d’Argentière tricotée à la main, de semelle de cuir véritable et de bois ferré en forme d’alpenstock pour tenir à peu près debout sur la glace. Rien d’autre à part peut-être un peu de gniole (et on l’espère quand même pour lui !) Une bonne goutte du terroir pour se défendre d’un paquet de vieux démons liturgiques dans leur tanière restée intacte du moindre effort de modernité... D’affreux dragons privés de lumière depuis quinze siècles au moins et qui n’attendaient qu’une « première » de cette envergure pour disparaître du paysage avec une bonne bouteille d’arquebuse encore chaude. Beuark ! Le lendemain matin, les gens dans la vallée avaient officiellement déclaré mort l’inconscient cristallier, avalé par le noir et les chimères prérévolutionnaires qui crevaient de faim depuis longtemps. Sacré Balmat ! Quelques semaines plus tard et fort de cette ténébreuse aventure, l’affaire du Mont-blanc fut pourtant bel et bien pliée, tombée dans la cartouchière du chasseur de chamois le plus célèbre des alpes et aussi un peu moins dans le sac de docteur de son compagnon de cordée indéfectible, le malchanceux Michel Gabriel Paccard. (Où l’histoire devrait intenter un procès en diffamation à l’encontre de l’écrivain Alexandre Dumas père, pour avoir su colporter une mystification en mélèze massif, dupe ou non qu’il fut des procédés rhétoriques d’un vieillard un peu trop fier de lui et surtout menteur comme un arracheur de dents. Alexandre Dumas et toute une ribambelle de petits notables qui se sont arrangés dans la presse et les grandes maisons d’édition pour entretenir la cabbale et au premier chef desquels, un certain Marc Théodore Bourrit, chantre de la cathédrale de Genève et journaliste faute de pouvoir faire mieux malgré ses réseaux, s’y était sûrement le moins mal entendu). Sacré Balmat ! Je suis passé à quelques pas de « la pierre » qui ne commémore que lui-même et sa douteuse amnésie à l’égard d’un gentil compagnon qui l’avait « tiré » là-haut sans en faire tout un plat. Rien que de la neige… À l’endroit dit du « bivouac à Balmat », je n’ai rien vu qu’une sorte d’équivalence dans les gammes de blancs et la sensation de disparaître à chaque pas sous une couche de polystyrène liquide d’une densité plus ou moins égale à la consistance du béton frais. Une saleté de neige de printemps coincée sous les pompes ! je suis resté là des minutes entières à penser à cet usurpateur de Balmat et à tous ceux qui l’avaient suivi dans sa combine au nom d’un jeune business touristico-médiatique débordant de belles promesses pour la région. J’avais les yeux fixés sur le glacier qui succombait au climat un peu chaud de ce printemps-là. J’écoutais ses craquements désespérés, une masse de matière énorme se désintégrer, la grande histoire de l’imaginaire social alpestre et un paquet de fables idéologiques qui fondaient avec. Je pensais aux milliards de milliards de particules morbides qui bougeaient de plus en plus vite dans l’air qu’on respirait aux abords d’un tunnel transalpin rempli de camions. Des bahuts chargés jusqu’à la gueule qui poursuivaient leur route les yeux fermés. Je pensais à la matière qui deviendrait folle à force de vouloir se croiser toujours plus vite dans le noir. Je me disais que tout ça finirait mal, au moins pour la terre, les montagnes et tout un tas de gens dessous, mais que ce n’était pas bien grave parce qu’après tout, les étoiles mouraient aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi, un bar à Chamonix, et puis n’importe quel autre bar… un peu plus tard au début de la soirée. Le volume sonore déchire toutes les fréquences des conversations humaines imbibées d’alcool et la vie des chiens dans la rue pleine de poubelles qui débordent à cause de la sale vie des gens...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Terrasse de l’Atelier, le lendemain en fin d’après-midi. Un orage assez bref ! une averse, juste pour faire chier la famille de marmottes domiciliée sous l’aiguille du Peigne et m’apercevoir que j’ai perdu mes clés de bagnole. Mentalement, j’essaye de refaire mon parcours de la journée. Une tentative désespérée pour me souvenir le moment et l’endroit où j’aurai pu oublier ces foutues clés. Huit heures, ce matin. Le type quitte le parking de l’hôtel Mercure en direction du téléphérique de l’Aiguille du midi. Trois cent mètres à pied au pire ! J’ai, j’en suis sûr, cette « foutue » clé électronique au fond de la poche. La clé, et mon téléphone portable qui sert aussi d’agenda organisateur, de boussole capable de fonctionner dans les deux hémisphères et d’appareil photo d’une définition de deux millions de pixels au moins. Des clés, un téléphone et une carte de crédit allégée des 12 euros pour la montée jusqu’au plan intermédiaire des Aiguilles, descente comprise. Une montée comprimée entre les caméscopes des touristes japonais et un tas de types, leurs skis et leurs mines patibulaires des jours trop chauds pour la saison. Le type cherche un chewing-gum prêt à l’emploi depuis deux ans au fond de la poche de son pantalon Cliff pant-Millet gris en tissus Shoeller Dryskin stretch préformé aux genoux et fabriqué par des petites mains tunisiennes à 139€ quand même les deux jambes. La méthode… la plus efficace pour éviter d’assujettir ses trompes d’Eustache aux lois des différences trop vives de pressions et d’être obligé de continuer le voyage en se tenant les oreilles à deux mains. La clé… aurait pu tomber là, pendant que je m’efforçais de bailler sur les films de vacances japonais tout en mâchant ma vieille boule de gomme la bouche fermée. C’est ça, cette maudite clé aurait d’abord pu terminer sa course sur une paire de souliers de marque fabriqués en Asie du sud-est, et personne n’aurait rien remarqué tant les pompes du monde entier se ressemblaient aujourd’hui.&lt;br /&gt;2310 mètres, fin du voyage en ascenseur et cohue ordinaire sous le hall de béton fagoté de messages publicitaires. Un ensemble architectural en forme de blockhaus assez grossier aux vues de ce qu’il colporte comme fantasmes dans l’esprit des gens restés en bas. Je me faufile, mon piolet, mon sac de montagne orange™ et moi, vers la sortie donnant sur les faces ouest des Charmoz, du Grépon, les voies Piola… sur l’aiguille de Blaitière ou plus proche, les dalles « oblitérées » de l’aiguille du Peigne (itin. 163 du guide Vallot). J’hésite… tout à gauche en direction des Nantillons recouverts d’une neige de trois semaines ou… tout à droite vers « la Jonction », les amas de glace du plateau supérieur du glacier des Bossons… J’opte pour cette deuxième solution sans conviction précise, n’ayant en vérité aucun véritable but pour la journée sinon peut-être l’idée de faire une photo de la vallée de Chamonix et de tous ses cafés vu du dessus… Une image en plongée, un portrait de « l’Alpe sauvage déniaisé depuis longtemps par des bars de nuit branchés et du béton armé, un cliché bien exposé depuis « les monts affreux », ouvert sur « le grand précipice » garanti sans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;vernes arborescents ni maquis de rhododendrons&lt;/span&gt; pour soutenir la volupté pastorale du beau paysage de carte postale que voilà. La route du Mont-blanc, celle de la descente… quatre heures à « enfoncer » dans la neige jusqu’aux genoux sous un soleil de plomb. « Mais qu’est-ce que j’ai bien pu vouloir venir foutre ici ?!... Faire une photo… oui, c’est ça ! prendre une photo des environs des grands Mulets avec mon téléphone portable. Une photo pleine de neige, un tas de pixels dans un grand désordre tout blanc sur l’écran. Une photo de cailloux avec plein de neige dessus pour l’envoyer en SMS à une fille qui aurait sûrement préféré un beau poster de la mer. Une photo à douze euros… plus un euro cinquante pour l’envoi très compressé du beau paysage de vacances. Tout ça pour sûrement avoir paumé ma clé de bagnole juste à ce moment-là ! c’est ça, juste au moment où je me suis dit qu’un petit message en forme d’une image toute blanche pourrait certainement lui faire plaisir. Une mosaïque de petits carrés gris blancs, transmise en mode binaire et en moins de cinq secondes à une fille qui préférait la mer. Le temps qu’il a fallu pour que cette foutue clé dégringole de ma poche restée ouverte, et que l’objet de trois grammes et demi prenne suffisamment de vitesse à cause de cette « foutue » loi de l’apesanteur, pour s’alourdir au point de disparaître sans que je ne m’en aperçoive, quelques centimètres sous la surface de cristaux ramollis par un mois d’avril un peu trop chaud pour la saison. Et le type pense tout de suite à ce qu’il aurait peut-être dû convoquer ce très sérieux Dr McDougall pour reprendre son protocole de recherche depuis le début. Le McDougall de l’âme bien pesée, des 21 grammes de corps célestes dérangés et d’un cerveau complètement à la masse tout compris. Oui Monsieur !... 21 grammes tout rond. Le poids de « rien » ou du peu qu’il restait aujourd’hui d’une expérience menée en 1907 sur le quai de départ d’un porteur anonyme. 21 grammes de sottises pour raconter au monde crédule la valeur de ses belle églises, et l’explication reprise à l’époque par le New York Times sans guillemet (Puisque je vous le dit ! Puisque même le journal l’avait dit !) Mc Dougall... et on se demande bien ce que ce « type »... ce bonimenteur de docteur un peu dingue vient faire dés les premiers paragraphes d’un roman de montagne ? Une digression ?... mais je vous avais prévenu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a comme ça, un peu partout dans le massif du Mont-blanc, plusieurs endroits stratégiques comme les langues terminales des glaciers, où régulièrement au milieu de l’été, un nombre considérable d’objets de toutes sortes réapparaissent au soleil. Un véritable bric-à-brac dont on pourrait tirer un bel inventaire à la Prévert, une quincaillerie de souvenirs de toutes les générations d’alpinistes qui ont fréquenté les lieux. Au hasard de mes trouvailles : un chapeau feutre d’une grande marque éventré ; un véritable couteau d’officier suisse, un Victorinox™ climber 1.3703 ; une gourde quasi pleine d’un grand vin, un Margaux (un cru bourgeois encore en état de nuire avec sa robe courte et son nez discret. Une bouche bien équilibrée malgré une légère sécheresse sur les lèvres de la dame originaire du Médoc qui avait quand même pris froid à force de continuer de mûrir sous des tonnes de glace) ; une boite de sardines La Quiberonnaise™ à 9,50 euros la boite, deux boites de sardines, cinq boites… des tonnes de boîtes de sardines à l’huile (où l’on peut ici considérer cette calamité marine pour l’environnement montagnard comme une forme de nostalgie alpine pour les espaces balnéaires.) le doigt sectionné d’un mousqueton Pierre Alain modèle 1939 (très rare). Ou encore un tas d’objets banals… comme des fils barbelés ou les câbles rouillés d’un ancien téléphérique déglingué ; des pneus d’avions de ligne ou leurs trains d’atterrissage qui ne leur serviront plus à rien (les restes du Malabar Princess crashé le 3 novembre1950, ceux d’un Sikorsky S-58 tombé le 31 décembre 1956 dans l’affaire du « sauvetage » dramatique des deux alpinistes Vincendon et Henry...) ; et puis du matériel ordinaire, nécessaire à la progression en altitude comme cette véritable petite culotte en dentelles, une Aubade n°69 (lui faire tourner la tête…) parfaitement conservée. Un tas d’ordures que les grimpeurs oublient quelquefois de redescendre ; ce qu’il reste d’un bras ou d’une jambe, quelquefois leur corps entier. On dit qu’un objet tombé quelque part dans la face nord du Mont-blanc met en moyenne une cinquantaine d’années pour réapparaître trois mille mètres plus bas à la surface du glacier. Mes clés… englouties à peu près à mi pente, n’étaient donc pas prêtes de revoir la lumière. Bref, j’en fus quitte pour préférer la solution d’un dépanneur agréé et des services rapides de la poste pour me faire parvenir le double des clés. Un dépanneur à soixante-dix euros, un Chronopost à vingt deux euros… une somme à laquelle il faut aussi rajouter les douze euros lâchés à la Compagnie des remontées mécaniques du Mont-blanc plus un euro cinquante pour la transmission hors forfait du MMS en question. Ce qui nous donne, si mon calcul est juste : une photo à cent cinq euros cinquante. cent cinq euros cinquante pour lui dire « je t’aime » en forme d’un carré blanc grisâtre qui ne ressemblait à rien, cent cinq euros cinquante pour lui dire « je t’aime » alors qu’elle le savait déjà depuis longtemps… mais l’amour n’a pas de prix ! Un joli MMS à cent cinq euros et cinquante centime quand même et elle n’avait même pas répondu tout de suite ! Les glaciers rejettent tout, disais-je… les glaciers et quelquefois les filles aussi. Les glaciers rejettent tout… comme la pluie s’y entend bien mieux encore pour dégager le centre-ville de sa faune touristique. La pluie. Pas n’importe quelle pluie, pas ces petits crachins de vacances comme on les aime bien pour rafraîchir un peu l’air du mois d’août juste après la plage… non, mais un véritable grain des Alpes. « Le » grain de chez « la maison le grain » réputé dans toutes les Alpes occidentales et qu’on envie jusque dans le nord-ouest des Highlands. Une « roillée » de réputation internationale. Une pluie… qui peut prendre les milles formes les plus redoutables de l’abécédaire des calamités météorologiques, elles-mêmes capables de s’agglomérer en une seule et unique fresque effrayante susceptible de se désintégrer d’un seul coup sur vos pompes au moment où vous vous y attendez le moins. Aussi, nul endroit sur terre n’est plus concentré que Chamonix sur ses bulletins de prévision météo. L’information, sans cesse remise « à l’heure »… s’affiche partout sur les vitrines des boulangeries, celles des marchands de lunettes, des pharmacies, dans les gares, les halls d’accueil des remontées mécaniques, à l'entrée des hôtels… grâce aux pendules de Météo France. L’énergie vitale ainsi conditionnée du public chamoniard accélère ou ralentit au rythme de la pression barométrique. Oui, ici plus qu’ailleurs on parle d’abord du temps qu’il fait, de celui qu’il vient de faire, de celui qu’il était prévu qu’il fasse et surtout de celui qui risque de vous tomber dessus au moment où vous y attendiez le moins. On parle du temps… tout le temps et à tous les temps, mais sous couvert d’un glossaire technique ad hoc pour décrire : l’altitude à laquelle il gèle et par conséquent, celle sous laquelle la glace commence à pisser dru la flotte et les montagnes de pierres qui risquent de dégringoler avec. L’isotherme… ou encore : la force du vent à partir de laquelle le dit blizzard est capable de faire décoller n'importe quel rugbyman lesté de l’ensemble des petits camarades de son équipe (quinze joueurs pour être bien lourd comme il faut), l’ensemble encordé de manière très stricte selon les règles du milieu, mais tout à fait imprudemment engagé sur le fil d'une arête un peu expo (et ils auraient dû moins faire les malins, à poil sur les calendriers, avec leurs gros bras pour épater les filles et qui ne leur servent plus à rien maintenant). Des causeries à propos du ciel et des vieux trucs d’autochtone aussi, comme à savoir qu’un chapeau sur la verte et sur le Mont-blanc donneront à coup sûr un temps de merde avant la fin des prochaines vingt quatre heures, idem pour les « ravoures » des traînées significatives de nuages rouges qui annoncent le mauvais temps de l’après-midi. Et il en est encore de la même manière pour la forme d’un « Ane » formé sur la calotte sommitale ou bien du vent d’ouest, des lueurs blondes et opalescentes qui se charge de sang au lever du jour sur les crêtes. Après le Mont-blanc, le bon dieu à Chamonix c’est la météo. En conséquences de quoi, au sens figuré comme au sens propre, tout le monde a constamment les yeux levés au ciel. Rien qui ne saurait s’accomplir à Chamonix sans un p’tit coup d’œil régulier jeté vers le haut. Un petit coup d’œil sur le sommet, non pas celui-là ! Ce pic-là bien voyant et tout meringué quand on le regarde à quatre heures, c’est le « Goûter » le plus haut, considéré du point de vue naïf d’un spectateur installé le cul au chaud sur une terrasse de bistrot. Regardez un peu plus à gauche… c’est ça, juste un tout petit peu à gauche... voilà, vous y êtes ! le vrai, le seul, l’unique... le majestueux, l’inimitable, l’inégalable, le mythique toit des Alpes !… le Mont-blanc, un monarque de « quatre mille huit cent sept mètres » selon son altitude la plus répandue dans la presse et la littérature alpine. Un petit coup d’œil sur le bon dieu local et encore un autre, dans la foulée, sur celui du dessus parce qu’on n’est jamais trop prudent. Une vraie différence avec la tradition du point de vue des gens de mer… « À la mer »… on regarde la mer, justement ! la couleur des vagues et la forme de l’écume sur les vagues. C’est-à-dire qu’au mieux sur une échelle verticale de l’observation appliquée au milieu marin, les gens regardent droit devant eux, avec une limite supérieure un peu vague… correspondant approximativement à la ligne d’horizon. Tout le contraire de la montagne. Sous les sommets, point d’horizon véritablement déterminé, les montagnards, c’est bien connu… ont toujours eu la tête en l’air. Sous quarante-cinq degré d’angle moyen dirigé vers le ciel, point de salut, donc ! pour le visiteur, à moins qu’il ne dispose d’un gros porte-monnaie. Car voilà ! Dés qu’il vous prendrait l’idée saugrenue de voyager dans les rue chamoniardes, comme vous voyageriez partout ailleurs, les yeux penchés sur les vitrines alléchantes du grand commerce international (et y compris à l’endroit des fronts du bel océan décrit plus haut), le prix sur les étiquettes vous rappelleront à l’ordre de ce que vous étiez d’abord venu quérir au pied des hauts sommets : la béatitude devant le géant des alpes et le silence inspiré de ses neiges éternelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’en est fallu de peu pour que je ne rate une visite au McDonald local ! L’établissement installé à une distance à peu près égale entre la poste et la gare centrale n’a que quelques années d’existence et présente une facette tout à fait singulière de ce que l’on trouve en général chez le numéro un mondial de la vente de hamburgers. McDonald à Chamonix… entre les grelots aux noix et le Reblochon fermier des Aravis, c’était un peu comme l’arrivée de « l’inimitable » Big mac et son menu Best off sur la place rouge ou un peu plus tard celle de Tian an Men. Une sorte de corps au pied ou de verrue récalcitrante sous la forme alimentaire à la mode US et qui s’installe chez-vous avec la ferme intention d’y rester pour dévorer l’ensemble des parts de marché disponibles. Un coup tordu ! McDonald… un chiffre d’affaires à l’échelle de la planète de vingt et un milliard et cinq cent quatre vingt millions de dollars pour la seule année deux mille six, et l’enseigne ne cesse de battre des records. Pour cette même année, l’activité de ses trente-deux mille restaurants répartis à travers le monde représentait un résultat net en progression de 36% mais j’y reviendrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les temps changeaient… et changeaient y compris tout autour de la statue de Jacques Balmat désignant le sommet au non moins célèbre Horace-Bénédict de Saussure « l’inventeur génial » du-dit « Mont-blanc » et de tout le fric qu’il a rapporté aux chamoniards depuis. Oui, à Kuala Lumpur, à Kikorri, à Bagdad, à Bombay ou à Ho chi minh ville... les temps changeaient, comme ici dans la vallée typique de Chamonix le temps change tout le temps, plus vite qu’ailleurs même ! un véritable laboratoire pour l’étude des conditions atmosphériques les plus exécrables. Ce temps-là, par opposition au temps des horloges immuables restées bloquées sur le temps des belles lettres d’un certain Roger Frison-Roche. Une véritable accoutumance. Une dépendance quasi religieuse du peuple chamoniard à l’encre « sympathique » déposée par un garçon-coiffeur né à Paris l’année 1906 et devenu guide malgré tout. Frison-Roche, guide, journaliste et grand prix de littérature en 1941 pour son roman &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Premier de cordée&lt;/span&gt;. Pour ma part, j’avais préféré &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La grande crevasse&lt;/span&gt; une aventure sentimentale pittoresque entre un jeune et beau guide, Zian, Zian et sa jolie cliente Brigitte, une riche aristocrate parisienne et amateur de sensations fortes. Le best-seller a fait le tour du monde et marqué de son empreinte toute une idéologie appliquée dès lors au décor montagnard. Le Mont-blanc, les alpinistes et Frison-Roche pour verser un peu d’eau de roses dessus… le triptyque est parfaitement éprouvé, rodé... appliqué à toutes les couleurs d’enseignes commerciales et à leurs produits dérivés. Zian, bel et bien mort au fond d’une crevasse du glacier des Nantillons, l’année 1948. « Zian », l’inimitable « Zian » et sa force tranquille, sa carrure d’athlète, ses grosses mains rassurantes, son odeur de vernes fumés, celle du foin humide après l’amour… « Zian » est mort ! vive les innombrables petits « Zian » qui déambulent chaque fin d’après-midi, leur piolet ou des battons de ski à la main, le visage ciré à la brique et les jarrets gonflés à l’hélium. « Les gens viennent ici pour voir ça » m’avait confié le directeur de l’office du tourisme. « Ils viennent par milliers chaque jour pour vérifier la validité du mythe, et notre devoir » avait poursuivi Christian Prud’homme, un directeur et ancien guide d’au moins deux mètres « C’est de ne pas les décevoir ». Mais les temps changent… et ils changent aussi dans la capitale « mondiale » de l’alpinisme. Les petits Zian(s) d’aujourd’hui ont troqué leurs « tricounis », leurs knickers et leurs bas de laine à grosse côte des années cinquante contre un modèle jeans baggy attachés sous les fesses, tongs en plastique de grandes marques et bonnet de skater rasta man. Ces Zian-là, déferlent l’hiver à Chamonix comme une seule vague de « peuf » qui s’incruste le soir dans les cafés branchés, et qui reflue aussi l’été avec ce qu’il leur reste de neurones polis au fric un peu clinquant de leurs papas privilégiés. Ces Zian-là, ces Zian-à-papa skient, surfent et skatent… avant de finir le soir complètement ivres au fond des boîtes de nuit. Les temps changent et la mairie de Chamonix compte bien accompagner le mouvement. Des rues piétonnes toutes neuves plaquées béton armé imitation granit pour soutenir des hôtels quatre étoiles qui prolifèrent. L’immobilier chamoniard fait peau neuve, on rénove partout et les prix du marché de l’hébergement flambent. Sous le Mont-blanc, depuis les fêtes du bicentenaire de sa première ascension, la commune a décidé de passer au tri sélectif. Le côté « grandes stations suisses » de la chose et son café allongé à trois euros quatre-vingt-dix. « Garçon ! un grand verre d’eau s’il vous plait, avec un express très serré pour aider à digérer. Prévoyez quatre euros quarante le doigt de Porto à la terrasse de La potinière. L’endroit idéal pour commencer un régime hypocalorique et si l’on ne compte pas franchir les montagnes à pied juste après. Mais chez ces Zian-là monsieur, on ne grimpe pas, non… chez ces Zian-là, on varappe avec son guide particulier. Un régime parfait pour la profession, vous me direz ! oui, mais chez les guides aussi, les temps ont changé. Et ils ont même carrément changé. L’ouverture à la concurrence s’est imposée au métier de guide comme pour tout autre produit classique de grande consommation. Le business est aujourd’hui structuré en une sorte de grand souk international où les lois du libre marché prévalent comme pour la vente de petits pois. Une compétition commerciale de professionnels du monde entier qui attendent le « monchu » depuis les comptoirs d’une flopée de compagnies « indépendantes » de transport à pied sur le roc et les neiges éternelles, principalement repérables sur Internet. Des guides russes, polonais ou ukrainiens ; japonais, coréens et aussi chinois… chacun sa clientèle dans sa langue respective ; et pour tout le monde… le même hélicoptère de secours en montagne pour ramener les victimes en cas de pépin. Ce cher vieux Mont-blanc et ses beaux habits d’autrefois couchés sur le papier glacé des plaquettes touristiques, Le Mont-blanc déjà bicentenaire et le libre marché à ses pieds ; ce Mont-blanc-là, bien nourri, et un tas de règles européennes pour essayer de le contraindre à bouffer moins gras... Jean-Marie Le Pen faisait ici un carton en deux mille deux. Mais c’est finalement Nicolas sarkozy qui aura, ici plus qu’ailleurs… sorti son épingle du jeu de ce premier tour de l’élection présidentielle en France…. Sept points de mieux en Haute-Savoie par rapport à la moyenne nationale. Soit 37,47% des suffrages exprimés (à peu près autant que le nombre de téléspectateurs de TF1 qui auraient choisi le candidat de l’UMP, selon une enquête du CSA). Le chiffre est encore plus considérable avec l’altitude. Dans certaines stations très haut perchées, le score passe bien au-delà de la barre des 60%. Pour l’anecdote, il se trouve même une équipe de généalogistes savoyards qui a réussi a exhumer des origines locales du champion de la droite française. Sarko chez lui dans les pays de Savoie et Chamonix fête « l’enfant du pays » en lui accordant tout de même 43% de ses voies. Sarko… hongro-savoyard ! et la Savoie lui donne « sa voix ». Les glaciers rejettent tout… disions-nous, mais seraient aussi conservateurs sur un plan strictement politique. (Un certain réchauffement de la planète était aussi par là et ce n’était que le résultat du premier tour). Pardonnez ma nouvelle digression... c’est le goût du Big mac mélangé au Coca en poudre et aux frites décongelées qui me pèsent sur l’estomac. Un menu Best off avec vue sur les aiguilles de Chamonix. J’imagine mon « Zian » conviant sa dulcinée à partager son Royal deluxe™ et un muffin au milieu des ordinateurs portables japonais. Sacré Zian ! Quitte à me répéter, ce McDonald-là n’est pas un McDonald comme les autres. La plus grande chaîne de fast-food du monde sous la plus belle chaîne de montagnes de la planète… Le décor est plutôt chaleureux, ni inox, ni plastique ; rien que du bois ou un pastiche de bois assez réussi ça et là incrusté d’un granit véritable. Des tons pastels sur les tables et sur les murs très hauts de plafond. D’imposants lustres en cuivre originaux aux lumières jaunes et douces. Des banquettes agréables, une alternance de coussins en skaï brun, rouge-brun ou beige et des tissus écossais. Le tout placé sous WIFI pour communiquer sans fil avec le reste du monde. Bienvenue chez McDonald Mont-blanc et pour le même prix qu’un peu partout sur la terre. Mais j’y reviendrai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Zian, si on allait prendre un café chez Mélanie juste après ? » c’est Brigitte qui s’adresse à son guide, et dont elle vient de tomber éperdument amoureuse entre un steak haché enrobé de mayonnaise et un gâteau américain tout incorporé de myrtilles au goût de frites. Zian se hâte de terminer son sandwich afin de ne pas faire attendre la jeune femme bon chic bon genre qui le regarde avec ses grands yeux brillants. Le beau Zian, avec sa casquette North face et son jean trop large attaché sous les fesses. Zian et sa paire de lunettes Oakley à deux cent cinquante euros la paire remontée sur le front. Zian et son téléphone portable qui n’arrête pas de vibrer, posé sur la table pour identifier les correspondants sur l’écran ; celle de ses potes qui essayent de le joindre pendant qu’il kiffe les yeux de sa nouvelle cliente ; ses yeux quand elle le regarde et aussi son cul quand elle se retourne. Les mecs sont ainsi faits, les guides aussi et Zian tout comme les autres, ne sachant rejeter éternellement les formes généreuses qui le bordent amoureusement sur ses flancs. Zian… tout le monde s’en serait douté, n’est pas fait de la matière des glaciers. Brigitte parle, elle parle beaucoup. La jeune femme parle du temps qu’il fait et de celui qu’il risque de faire le lendemain. Brigitte, dans le but d’impressionner Zian, fait tout ce qu’elle peut pour se fondre dans les traditions, le folklore local. « Demain, tu crois que la météo nous laissera tranquille, Zian ? » Mais Zian ne répond pas. Zian est occupé avec un surplus de mayonnaise sur les lèvres et son mobile qui n’arrête pas de sonner les quatre premières notes de Hi-energy, l’hymne qui accompagnait les débuts de la campagne de Sarkozy. « Tu crois que je serai à la hauteur demain ? ça me fait quand même un peu peur... Imagines que je n’y arrive pas, que je me mette à flipper comme une folle dans un passage où l’on a pas le droit de se rater ! » Le lendemain, il était convenu qu’ils se rendent au refuge du couvercle pour préparer la traversée des Courtes vers le col des cristaux et d’enchaîner l’escalade des aiguilles Ravanel-Mummery. Une course mixte au-dessus de 3500 mètres d’altitude à un peu moins de huit cent euros sans compter les frais de bouche, le prix d’une nuit en refuge et l’aller-retour en train à crémaillère entre la vallée et la Mer de glace. C’est Brigitte elle-même qui avait proposé à Zian de la guider dans cette aventure. Elle avait déniché le topo dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les cent plus belles courses du massif du Mont-blanc&lt;/span&gt; Un livre-guide rédigé en 1973 par Gaston Rébuffat, une antiquité… aux vues du nombre considérable d’itinéraires modernes ouverts depuis, mais qui gardait sa place privilégiée sur les étagères de la bibliothèque de son père, le baron Collonges. Les glaciers rejettent tout… comme les aristocrates souvent, rejettent la modernité. La jeune femme avait estimé la difficulté résumée sous un croquis de la page cent quatre : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;D soutenu, certains passages sont délicats et exposés&lt;/span&gt;. La difficulté lui sembla surmontable sur le papier. L’obstacle constituait aussi un point de vue imprenable sur le « Jardin de Talèfre ». L’idée de ce jardin-là perché aussi haut dans la glace avait excité son imagination. Un jardin dans les neiges éternelles !... Cette course était aussi la dernière ascension que monsieur Collonges avait réussi comme alpiniste amateur entre deux séances de chasse à cour en Sologne et avant de décider qu’il ne retournerait plus jamais risquer sa vie là-haut. Ni sa vie à lui, ni celle de ses chiens qui en mourraient sûrement s’ils apprenaient un jour la mort de leur maître ! La course n°38/100 dans l’ordre du classement par difficultés forcément arbitraire du sympathique Gaston et de ses origines marseillaises. Gaston et son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Jardin féerique&lt;/span&gt; de deux cent vingt pages réédité aux belles éditions Guérin... qui disait toujours &lt;span style="font-style: italic;"&gt;préférer les projets à ses souvenirs&lt;/span&gt; et je voulais lui dire combien je le comprenais et combien forte avait été notre rencontre alors que je venais tout juste d’avoir vingt ans. Gaston, et la coupe inénarrable de son pull jacquard sur les photos… Le merveilleux souvenir que son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;jardin&lt;/span&gt; m’avait laissé malgré cette façon un peu surannée qu’il avait de s’y promener.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Ravanel &amp;amp; Mummery… c’est joli tu ne trouves pas Zian ? » le nom sonnait comme deux patronymes associés dans le cadre d’une fusion commerciale de deux géants de la pub. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ravanel &amp;amp; Mummery Ltd. Mountain Marketing Web Development…&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Zian, ne trouvait pas ! Zian détestait la poésie à dix balles apposée sur des tas de pierres faciles à gravir, pour faire « genre » et qui ne voulait souvent strictement rien dire… « Ravanel » un guide de Chamonix connu pour avoir accepté de conduire les premiers pas en montagne du roi des Belges. Albert 1er, décédé après une chute d’escalade sur des rochers du bord de la Meuse le 17 février 1934 ; et sa femme Elizabeth le pleura beaucoup sans en vouloir jamais au p’tit gars de Chamonix qui lui avait inculqué ses jeux dangereux. Joseph Ravanel dit « le rouge », mais l’héritier de la couronne de Belgique ne le savait peut-être pas à ce moment-là. (Albert Ier, plus connu aujourd'hui sous la forme d'un refuge installé sur la rive droite du glacier du Tour ou d'un hôtel quatre étoiles et sa table gastronomique réputée. Compter au moins cent euros par personne pour avoir le privilège de goûter l'agneau du Quercy rôti ou l'omble chevalier au miel de bourgeons de sapin. Contact internet : www.hameaualbert.fr) Ravanel… un costaud enterré au cimetière de Chamonix avec toute une lignée de gens qui s’appelaient comme lui (un cimetière entier !) Ravanel… et Mummery, un anglais qui avait décidé de ne plus payer la facture de ceux qui avaient quand même fait l'effort de lui montrer le chemin à ses débuts. Mummery, un anglais, un con ! précurseur de l'alpinisme amateur moderne qui ne rapporte rien à personne à part une tonne d'emmerdements quand un pratiquant de cet alpinisme moderne-là décide de se laisser tomber d'un peu trop haut et qu'il faut aller ramasser par devoir et tradition d'assistance aux personnes. Des secours gratuits comme les services de l’état les prévoyaient encore partout sur le territoire français… et en vertu d’une ordonnance royale du 11 mars 1733, tout de même largement minimisée sous le gouvernement Raffarin par un droit concédé aux communes d’exiger le règlement des factures auprès des victimes ou de leurs ayants droits. Des secours encore gratuits… Mais bientôt on aurait Sarkozy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant plus d’un siècle et demi, les anglais s’étaient payé des caravanes entières de guides locaux pour leur permettre de hisser leurs noms sur les sommets alpins les plus prestigieux. Leurs noms, mais pas nécessairement leurs carcasses de touristes bien nourris. Des voyageurs épris de sensations fortes qui donnaient suffisamment de leur bourse pour ne pas avoir besoin d’une paire de couilles supplémentaire. Il en est comme ça de toute une histoire héroïque des grandes premières dans les Alpes comme d’un tas d’autres contes hypocrites consacrés pour parler des grandes aventures humaines. Zian aurait pu penser que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’on projette toujours dans le présent un passé idéalisé et que l’on évite soigneusement de mettre celui-ci à l’épreuve de l’expérience…&lt;/span&gt; Zian aurait peut-être pu le penser, ou alors en réfléchissant vraiment ! mais voilà, ce Zian-là d’une littérature conformiste et bien élevée, n’eut jamais à gamberger de cette manière réservée à d’autres cimes intellectuelles et encore moins lorsqu’il se trouvait en face des petits seins tout durs d’une jolie fille comme Brigitte. Un con ! un de ces petits gars trop habile de ses mains et qui l’empêche forcément de s’exprimer de façon intelligente en société. Et j’imagine déjà toute une flopée de braves gens incapables de penser à la lumière de leurs dix doigts ; une foule de petits intermédiaires, de petits cadres, de petits contremaîtres, de petits délégués, de petits fonctionnaires... une multitude de petits chefs... s’indigner, se laisser submerger par je ne sais quelle déduction démagogique à propos des capacités présumées d’un type comme Zian, un « simple manœuvre » qui eut toujours préféré tirer sur des prises comme un bourrin… au lieu d’essayer de retenir un tas de formules abstraites qui ne lui auraient servi à rien à l’altitude où il avait pris l’habitude d’évoluer. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tout individu a droit à l’entière croissance. Disait Jaurès. Il a donc le droit d’exiger de l’humanité tout ce qui peut seconder son effort. Il a le droit de travailler, de produire, de créer, sans qu’aucune catégorie d’hommes soumette son travail à une usure ou a un joug&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Zian, tu crois que je serai à la hauteur ? » Zian s’était levé pour vider le contenu de son plateau et celui de sa cliente dans la poubelle prévue pour ça. Brigitte n’avait rien bouffé pour être sûre de ne pas prendre un gramme sur sa robe. « Tu ne voudrais pas qu’on aille boire un verre à l’ M plutôt que chez Mélanie ? » Zian pensait que la brasserie de l’M était plus cool pour une fille que l’ Hôtel des Alpes. Et puis Mélanie la propriétaire, était plutôt du matin et il était déjà très tard dans l’après-midi. « Va pour l’ M » répondit Brigitte alors qu’elle tentait de prendre la main de son beau guide pour lui montrer combien elle est amoureuse de lui. Le beau et gentil Zian, qui au même instant, attrape sa planche de skate, la projette à trois mètres en l’air avant de s’élancer à son tour dans la direction présumée où l’engin risque exactement de retomber. Un geste infiniment précis. « Yohhhhh !!!... » fit Zian, les deux genoux légèrement pliés sur le skate accompagné d’un geste de la main typiquement hip hop. « Yohhh mann ! » enchaîna nonchalamment un autre gy, un vieux pote d’Argentière qui passait par là avec sa cop’s. Brigitte, arrêtée à l’angle de l’avenue Michel Croz et de la rue de la Tour, et pour éviter de se faire larguer tout de suite ! rétorqua par un 360° sur la pointe de son pied gauche, avant de lever les bras au ciel et de terminer sa belle figure par une mimique à la Michael Jackson. Bouches bées, Zian, le type d’Argentière et sa cop’s acquiescèrent d’un : « Trop cool ! » qui voulait en dire long sur le respect qu’ils affirmaient tous ensemble pour la chorégraphie de la jeune acrobate parisienne. Passés quelques prémices, les deux zoziaux finirent tout de même par se saisir la main ; s’embrassèrent pile face au chalet en bois qui servait à la section chamoniarde du Club alpin de lieu de réunions, se dévorèrent la langue et leurs lèvres dont ils n’avaient pas osé se dire qu’elles étaient un peu sèches à cause du sel sur les frites… puis choisirent l’option d’une bière au Chambre 9 au lieu de l’M. un endroit sympa et non fumeur pour faire plaisir à Zian qui détestait les odeurs de clopes lorsqu‘il venait de manger trop gras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le chambre 9, un hôtel-bar-restaurant qui parle le suédois couramment mais pas seulement ! peut-être l’établissement le plus « cool » pour faire la fête en ville et tout en bois. (Pas la langue !… mais la déco du bar doté d’un hôtel trois étoiles par-dessus.) Un bar ouvert très tard avec de la bonne musique djeun’s et des jolies filles pour servir à table. Des blondes, des tas de blondes, un lot parfaitement authentique de blondes prêtes à servir sous la tête énorme d’un bestiau accroché à la poutre maîtresse. Un trophée en élan véritable… l’indispensable élan national qu’il faut se donner avant de tenter d’avaler le Glögg traditionnel juste après un Big mac (prononcer gleug… pas le Big mac ! mais le vin chaud rallongé d’alcool pharmaceutique au lieu de la vodka taxée à au moins cent cinquante pour cents). La Suède et son modèle socio-économique envié partout dans le reste du monde moderne ; la Suède… l’autre pays du McDo... parce que c’était tellement meilleur que les harengs cuisinés façon Surströmming… l’odeur pestilentielle du hareng faisandé à la mode de l’extrême grand nord de l’Europe qu’on essayait de faire quand même avec eux malgré la question de leur monopole qu’ils conservent sur la distribution d’alcool. Un McDo Tellement meilleur et tellement moins cher surtout !&lt;br /&gt;Un bar qui n’acceptait ni les odeurs de clopes qui se mélangeaient mal aux parfums de « peuf » restée collée sous les spatules de « riders » branchés ; ni les clébards, ni même en laisse, ni même morts, empaillés, la tête plantée sur une poutre, ni même en rêve de sa si jolie blonde pétasse de maîtresse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brigitte fait un peu la gueule à cause de sa robe Armani qui fait brusquement tâche au milieu des vestes en Gore-tex™, North face, Patagonia, Peak ou Schoeffel l’ensemble un peu fripé, un peu sale pour uniformiser l’atmosphère générale de couleurs et se confondre aux teintes fadasses du mélèze naturel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Radiohead à fond, et puis une interprétation géniale de Crazy par Shawn Colvin… « On passera par les Courtes. » Zian avait dû hurler la phrase pour que Brigitte perçoive quelques bribes de ce qu’il tentait de lui dire. « Oui » s’égosilla la jeune femme, sa robe de collection trempée de sueur à cause du volume sonore des basses et des litres d’alcool qui partaient avec. « je sais ! on part du Couvercle et on doit… » Brigitte dut encore reprendre son souffle avant de… « remonter le couloir de neige un peu raide qui conduit à la tour des Courtes ». « 45°, la pente… 45°… » riposta Zian en levant son bock à la santé de l’élan suédois, de ses grands yeux brillants, de son air d’européen converti à tout ce qu’il pourrait continuer de s’faire comme fric avec les euros des autres, de tous ces petits airs de ne pas toucher à son beau pays du nord à lui qui se réchauffait quand même sacrément depuis quelques années. Un élan bien avancé avec son gros paquet de biffetons qui lui remontait dans les naseaux depuis que la glace fondait trop vite. « Aux Courtes ! » vociféra le spécialiste complètement saoul « Aux courtes ! » répéta t’il en empoignant la bouche de sa cliente pour lui montrer combien il aimait sa petite gueule. « Aux Courtes, aux longues, aux rousses, aux blondes, aux maigres, aux européennes, aux présidentielles, aux Courtes… et aux Droites aussi, à la Verte qui fait plus une voix et puis aux sarkozystes… qui vont déchirer dans les urnes du 22 avril 2007 ; à tous les cons du monde et toutes les petites connes aussi ! » Zian, deux bocks de gueuze dans la lampe, ne savait plus du tout ce qu’il faisait ni de ce qu’il avait déjà décidé de voter au deuxième tour...&lt;br /&gt;« T’es lourd Zian ! /… Le refuge du Couvercle… » Elle fit ce qu’elle pu pour ramener le jeune homme et ses yeux fiévreux, sur le terrain de leur aventure du lendemain. « Le refuge du Couvercle, c’est bien cette cabane construite sous une énorme pierre plate toute prête à l’aplatir comme une crêpe ? Je l’ai déjà vu en photo. » La jeune femme faisait allusion à une photographie en particulier, une représentation ancienne au grain sépia très fin signée de la main de Georges Tairraz lui-même. Georges Tairraz le IIe, père de Pierre et fils du Ier, petit fils de Joseph, fier inspirateur de la dynastie des Tairraz photographes de montagne à Chamonix Mont-blanc. Le document était typique, conforme aux codes de l’imagerie transmise de père en fils chez les photographes montagnards et en même temps que la clé du tiroir-caisse familial qui avait fait leur fortune. Il en était de ces formes picturales aseptisées comme de toute une littérature édulcorée qui traversait les âges sans accepter de changer une ride au portrait caractéristique que les gens de commerce préféraient retenir pour venter les charmes si rentables de leurs cimes préférées. Citons au hasard... L’inégalable &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Premier de cordée&lt;/span&gt; de Monsieur Frison-Roche, et nous essayerons de ne plus y revenir au moins dans sa forme originale !... Mais surtout l’inimitable &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Annapurna premier 8000&lt;/span&gt;. Un modèle de l’imposture littéraire autobiographique. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Annapurna, premier 8000&lt;/span&gt; son héro français le plus haut du monde, et le nombre hallucinant de sottises alléguées à propos de la victoire française de "Maurice Herzog" (1) sur le sommet himalayen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1 - L’expédition française de 1950 sur l’Annapurna a fait l’objet d’un récit imprimé sous la dictée de… Maurice Herzog en personne… seul autorisé à dire ou à écrire quoique ce soit corroborant sa propre version des faits, et ce... grâce à un contrat signé à l’avance. Un truc génial imaginé par son pote Lucien Devies (un type qui cumulait les postes de président du Club Alpin Français, celui de la Fédération Française de la Montagne et du comité de l’Himalaya, c’est-à-dire de tout ce qui comptait pour appareil d’influence dans le petit milieu alpin de l’époque) un contrat qui obligeait tous les autres membres de l’expédition à fermer leur gueule pour une durée de cinq ans. Annapurna premier 8000 et la somme incalculable de coups de gomme opérés sur la version de son compagnon d’aventure Louis Lachenal, le guide… qui accompagnait le petit vantard de « grand » alpiniste amateur parisien comme sept autres membres éminents de l’expédition tombés dans l’oubli. Les notes manuscrites de Lachenal, un des tout meilleurs grimpeurs de son temps, furent d’abord camouflées par le propre frère de notre héro national avant d’être publiées par les soins de sa famille sous le titre de Carnets de vertige. (Maurice Herzog… en sa petite personne de la jeunesse française dorée d’après-guerre, un Lyonnais. Diplômé d’HEC puis directeur des établissements Kleber Colombe, le roi des pneus… tout ce qu’ils sont conçus pour rouler vite sans être obligé de freiner dangereusement. Maurice Herzog, bon grimpeur, sans plus ! de l’avis de ses petits camarades moins fortunés que lui. Aujourd’hui domicilié à Neuilly après avoir été promu secrétaire d’état à la jeunesse et aux sports par le général de Gaulle qui adorait le côté… « gaullien » du jeune homme ambitieux, le côté meneur d’hommes qu’il saurait parfaitement incarner auprès des médias (et bien que celui-ci lui ait carrément tiré une balle dans le dos, profitant de ce que ce ministre prétentieux s’était pour le mois ramassé aux jeux olympiques de 1960. Dans l’Équipe Magazine, Benoit Heimermann écrit : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Lors de ces jeux, les français furent lamentables. De gaulle déclara alors : « Décidemment il faut que je m’occupe de tout. En tant que ministre de la jeunesse et des sports, Maurice Herzog pris l’initiative... d’ouvrir de nombreux stades, piscines et autres équipements sportifs. Ses liens avec les milieux industriels lui furent très utiles. Incontestablement son action, à ce niveau-là fut positive. Néanmoins, il est difficile de ne pas être déçu par l’évolution d’un homme qui a bâti toute sa vie sur la seule conquête de l’Annapurna. Herzog n’a accompli qu’un seul exploit... qui lui a permis d’accéder à la gloire et aux avantages qui s’en suivirent »&lt;/span&gt;. Maurice Herzog, reconverti en premier magistrat de la commune de Chamonix entre 1968 et 1977 et député RPR de Haute-Savoie, auteur du bétonnage systématique du côté sud et de la place centrale de la charmante capitale « mondiale » de l’alpinisme. Appelé aux fonctions importantes de président de la compagnie commerciale du tunnel du Mont-blanc en 1981 pour succéder à Edouard Balladur et finir avec lui, soupçonné de négligences importantes dans ce qui devait se terminer par l’affaire du dramatique incendie de 99. Maurice Herzog, alpiniste amateur sans grand talent du point de vue de sa liste de course difficile à trouver, homme politique et d’affaires de droite… a terminé sa belle carrière comme ami du « marquis de » Samaranch et membre du CIO à côté de son nouvel ami pendant la période des affaires de corruption). &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Annapurna premier 8000&lt;/span&gt; et ses vingt millions d’exemplaires vendus dans le monde… tout pour « la petite gueule » du grand Monsieur aux extrémités rognées par le gel et une montagne qui ne pardonne pas toujours les excès d’héroïsme patriotique des braves gens qui veulent se la péter un peu fort. Vingt millions de bouquins, leur belle histoire bidonnée et un beau paquet de royalties indirectes qui vont avec, de quoi voir venir quand même « Sacré Maurice ! »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zian, qui n’écoutait Brigitte que d’un verre à moitié vide, s’amusa tout de même des compétences historiques de sa belle demoiselle à huit cent euros plus les frais la ballade prévue avec elle le lendemain. Pensa encore à la mine que ferait sa chère et tendre cliente au lieu-dit du refuge qu’elle imaginait romantique et noir de suie à cause du poêle à bois et des jolies flammes de bougies rassurantes. Le chamoniard un peu bourré, n’insista pas. « Demain, tu verras demain, Brigitte ». Il était tard et Zian ne tenait pas forcément l’alcool aussi bien que la bande d’anglais braillards qui avait sûrement prévu de coucher sous les tables après s’être une dernière fois payé la tête de leur élan national préféré. Des relents de houblon fermenté enveloppaient l’image archaïque d’une cabane aux pans de murs métalliques laissée à l’abandon par des règles nouvelles et forcément plus exigeantes de l’hébergement touristique au coeur des neiges éternelles. Une cahute argentée et son voile d’amertume suspendus au-dessus d’un jardin de pierres démodé. « Demain Brigitte, tu verras demain… » L’architecture normalisée des nouveaux dortoirs d’altitude et leur capacité d’accueil revue à la hausse pour soutenir l’équilibre précaire des bénéfices net. Les temps changeaient, me répétais-je… les « nouveaux aventuriers », les glaciers qui fondaient et les refuges s’adaptaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Refuge du Couvercle : 2687m. Capacité d’accueil 151 places. Gardé les w.e. de mai et de mi juin à mi sept. 25€ / nuitée. Accès à pied sécurisé par l’installation d’un équipement type « via ferrata » au lieu-dit du « passage des Egralets ». Échelles métalliques et câbles de protection révisés. Prévoir équipement adapté (casque, baudrier et longes aux normes CEE). Compter trois à quatre heures depuis le Montenvers. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le Club alpin français, propriétaire historique en situation de quasi-monopole sur le marché des dortoirs d’altitude, a lui aussi beaucoup réfléchi pour finalement consentir à rationaliser la gestion de son patrimoine immobilier. S’adapter... face à la demande sans cesse plus importante. S’adapter, face à une clientèle toute neuve, sans cesse plus exigeante. Aux conditions spartiates de la vie en refuge qui truffaient de détails savoureux quelques-unes des pages les plus piquantes de la littérature alpine, succèdent aujourd’hui des modalités obligatoires de confort minimum imposé par l’état pour accueillir le public. Aussi, dans ces nouveaux havres de repos gardés à 25€ la nuit hors petit déjeuner et quelle que soit l’heure précipitée d’un départ « aux étoiles » sans avoir eu le temps de fermer un œil ; nul besoin dorénavant d’être rompu à l’archaïsme des acrobaties nocturnes pour réussir à déjecter sa soupe à l’oignon lyophilisée et tout ce qu’on peut faire nager dedans pour que ça tienne au corps dans des conditions idéales de sécurité. « Maintenant » ajouta Zian, « tu peux chier au chaud, sans être obligé de rester noué à une corde de rappel ». Brigitte agréa d’un tendre sourire comprimé, puis insista pour changer de conversation. « Sacré Zian ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle... avait fini par ne plus téléphoner du tout. J’en étais resté là avec son dernier message enregistré dans la mémoire de mon téléphone portable : « On projette dans le présent un passé idéalisé, mais on évite de mettre celui-ci à l’épreuve de l’expérience ». La phrase était d’un écrivain journaliste indien dont je n’avais pas réussi à retenir le nom. Elle n’avait plus appelé du tout et je me demandais comment il fallait que j’interprète un silence aussi long, un vacarme insoutenable dans la gamme des discrétions amoureuses. Je pensais : les glaciers rejettent tout et les téléphones portables aussi lorsqu’on oublie de les recharger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vingt-deux heures trente... le type est allongé dans un duvet sarcophage installé sur la moquette grise du coffre arrière de son break blanc un peu clair pour espérer se fondre complètement dans le noir. Le type écrit sous les montagnes à la lueur d’une lampe frontale alimentée par une pile usagée de manière à ne pas trop attirer l’attention sur ce qu’il écrit d’un peu intime à propos du monde qui l’entoure. Une matière ténébreuse traverse de part en part l’habitacle, l’ombre portée des sommets qui s’éteignent et tout ce qui dégouline d’opaque avec la nuit qui s’installe. « Qui n’a pas fait cette expérience de passer une nuit allongé dans le coffre d’une voiture garée en plein centre-ville ne peut prétendre connaître tout à fait cette ville et les mœurs des gens qui l’habitent ». Le type se fait cette réflexion alors qu’il fait le mort, recroquevillé dans son sac. Le type et sa technique de camouflage élaborée pour éviter les flics entraînés à déloger les vagabonds, les clodos, les traîne-savates, vangles et autres trimardeurs d’alpinistes ou d’écrivains dans le genre d’un type qui souhaiterait roupiller peinard dans sa caisse pour pas un franc au lieu de se payer une chambre d’hôtel à au moins soixante euros comme tout le monde. Car il est une chose de somnoler une heure ou deux une nuit de vacances sur son siège réglé en mode bascule, mais tout à fait une autre de s’y installer à demeure sous les toits des gens bien élevés. J’ai eu maintes fois l’occasion d’éprouver la situation, un peu partout en France et dans d’autres pays du monde. Une sorte de J’irai dormir chez vous (l’émission d’Antoine de Maximy) mais « dans le coffre d’une bagnole » et sans caméra de télévision. « J’irai dormir chez vous avec ma bagnole... » à Vilnius, Trakaï, Londres, Shefield, Minsk, Odessa ou Alger... à Tozeur, Libreville, Téhéran, Boulogne s/mer ou Mussy s/ Seine... à Notre-dame-de-Bellecombe, St Jean-de-Sixt, Genève ou Chamonix. « J’irai dormir chez vous avec ma bagnole... » à Zagreb, Karlovac ou je ne sais quelle ville ex-yougoslave de merde prise en tenaille entre une armée régulière serbo-croate et un tas de « Frangio » de la gâchette qui nettoyaient les rues à coup de Kalachnikovs. Oui, je me souviens de ces réveils un peu brutaux au cours des premiers mois de la guerre des Balkans alors que j’étais jeune reporter en mal de sensations fortes ; un de ces potes qu’on garde une vie entière et moi, ensemble aussi fauchés, avions pris l’habitude d’élire nos quartiers de nuit au gré des cours d’immeubles ou aux abords des jardins publics abandonnés ; les « Gerry Hemming (1) » de l’info !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Surnommé « le beatnick des cimes ». Ce grimpeur californien de génie fut l’auteur avec Royal Robbins de la grande première de la Directe américaine aux Drus en 1962. Le type du sauvetage de la cordée allemande échouée dans sa face ouest en 66. Un mec vraiment sympa de l’avis de tout le monde à part de celui des flics ou de quelques guides chamoniards qui lui en voulaient d’être trop fort pour eux et de dormir par terre. Un écolo avant l’heure, sa participation aux manifs à Paris en 68 et ses fringues à dix balles sur le dos qui ne lui ont pas valu que des potes chez les gens bien propres sur eux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une milice ou une autre se chargeait chaque matin de nous faire déguerpir à coup de lampe électrique dans la gueule. Une milice et quelquefois les aboiements d’une meute de chiens énervés qui ne valaient pas mieux. « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;J’irai dormir chez vous&lt;/span&gt; avec ma bagnole... » dans une petite station de Haute-Savoie près de Megève, quelques mois d’hiver jusqu’au printemps d’après, un job payé à la semaine reconductible. Un boulot honnête de photographe-filmeur saisonnier, quinze heures par jour sans compter les heures sup pour faire plaisir au patron. Bref, ma vieille berline et moi, l’année de la sortie du film &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sans toit ni loi&lt;/span&gt; d’Agnès Varda, cohabitions chaque nuit sous les congères, bien planqués derrière les cuisines des hôtels chics jusqu’à ce qu’un costaud des amis de mon sympathique employeur soit chargé par le conseil municipal de m’envoyer dormir ailleurs. Oui, « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;j’irai dormir chez vous&lt;/span&gt; dans ma bagnole d’occase un peu moche pour le paysage délicat des hivers savoyards faute d’un salaire suffisant pour faire autrement » et l’idée ne plu point s’en faut aux braves gens d’en haut qui préféraient les intermédiaires aux gros bras pour discuter conventions collectives et indemnités de départ. L’affaire avait vite dégénéré en baston générale devant le comptoir d’un café restaurant opportunément dénommé « L’ambiance ». Le lendemain, j’avais ainsi perdu mon job, la fière allure de mon nez aquilin, deux morceaux d’incisives et l’emplacement aux milles étoiles un peu fraîches de ma chambre d’hôtel ambulante. Les glaciers rejettent tout, c’est là leur nature profonde... et les gens de commerce aussi lorsqu’on ne contribue pas forcément à leurs bénéfices. Mais pardonnez encore une fois ma digression...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je repensais à ce cher Balmat et à son aire de bivouac infernal qui aura déclenché tout cette belle mentalité-là. Balmat qui s’était pris un sérieux coup de pompe dans la montagne maudite à cause d’un paquet de lacets à redescendre dans le noir, et il avait préféré tenter le diable en dormant là-haut sous les ailes du bon dieu. Balmat, plutôt bien chaussé à côté de son pote Paccard qui en avait pourtant dans ses godasses au moins pour deux. Paccard, un cordonnier de « première »... et le docteur aurait dû se souvenir du proverbe avant de se lancer dans le métier sans réfléchir à un moyen de réussir à dormir sur ses deux oreilles juste après. Oui, je pensais à ces nuits-là, à toutes ces nuits blanches aussi, à tous ces gens qui ne dormaient que d’un œil un peu partout sur la terre ou qui ne réussissaient plus à dormir du tout. Je pensais à une fille au bord de la mer qui ne dormait peut-être pas non plus à cause de ses coups de soleil et puis d’un tas de mecs qui lui couraient après. Une fille si jolie, et elle aurait quand même eu tord de ne pas en profiter au lieu de rester toute seule le cul au chaud sur le sable à gamberger sur les principes de la vertu naturelle et des valeurs morales de la jeune et « nouvelle Héloïse » qui en réalité s’appelait Julie. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Julie ou la nouvelle Héloïse&lt;/span&gt; Le roman... « incontournable » (mais on pourrait dire beaucoup de choses sur ce principe de la grande école de ce qui faut lire ou pas, de ce qui est recommandé que nous dûmes lire pour penser comme tout le monde et de ne pas passer pour un con dans les causeries à la mode. Mais là n’était pas le propos). &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les deux amants&lt;/span&gt; de Jean-Jacques Rousseau (1761)... pour qui s’intéresserait d’un peu près aux origines romantiques de la littérature alpestre et à tous ses soporifiques inconvénients réfléchis dans les belles-lettres montagnardes modernes... Une histoire d’amour... une scène de baise ou plusieurs, induites au début entre une jeune fille idéale, belle, lumineuse et fort aisée, et Saint Preux son érudit de professeur quand même un peu fauché pour une demoiselle de cette si grande qualité... Saint Preux qui ne détestât pas la montage pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la vivacité de son air pur et la possibilité q’on y découvre de s’élever au-dessus du séjour des hommes, écarté des sentiments bas et terrestres, pour ce que ces hauteurs nous confèrent cette gravité dépourvue de mélancolie, ce calme dénué d’indolence...&lt;/span&gt; « Elle » aurait beaucoup aimé sûrement, les plis enflammés brodés à l’ancienne et qui maquillaient des forêts d’amour impossible entre une héroïne un peu fleur bleue et son roturier d’amant qui restait planqué dans les bosquets, et j’y reviendrai sûrement. Je pensais à toutes ces nuits qui passeraient encore sans elle, je pensais à toutes ces nuits qui passeraient encore en général, chaque nuit identique à se faire chier dans le confort bourgeois familial d’un tas de gens favorisés par la nature de leur naissance, un tas de nuits confortables pour se reposer d’avoir trop bien dormi déjà.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La matière noire avait fini par se dissiper complètement dans un nuage de lait du 1904. Un café double très serré avec des bons croissants frais à tremper dedans. Zian et sa cliente terminaient leur petit déj’ continental juste à la terrasse d’en face. L’azur ambré du bout de l’horizon et l’apparent éloignement des principaux sommets laissaient présager d’une météo magnifique pour l’ensemble de la journée. Zian se leva le premier et laissa Brigitte régler la note comme il était d’usage de le faire selon les relations qui régissent habituellement un guide et son client. La fille du banquier parisien trouva cette façon normale, renseignée qu’elle était par son père des usages fidèlement entretenus par des générations de professionnels qui se transmettaient les bonnes manières. « Dépêches seulement ! » fit Zian « On a juste le temps d’attraper le premier train. Après faut attendre une demie heure... et tu récupères tous les monchus debout dans les rames qui t’bouchent la vue sur les Rouges pendant la montée ». Brigitte fit son maximum pour ne pas perdre de temps, ne réclama pas la monnaie sur ses cinquante euros, le premier billet qu’elle avait réussi à sortir de sa poche à ce moment-là. « Voilà, je suis prête ! » rétorqua la demoiselle les yeux brillants d’un bonheur nocturne encore vif et d’autant de projets du même acabit pour les deux jours radieux qui s’annonçaient. Tous les mecs du troquet s’étaient retournés sur la « bombasse » et son gore tex Peak™ triple couche, un modèle féminin de l’année à près de cinq cent euros la veste, parfaitement ajusté des épaules jusqu’aux hanches sans trop déborder sur les fesses. Une veste de couleur cassis ou plutôt prune... Un pantalon strech et Paclite™ carbon laminée, renforcé Cordura™ au niveau des genoux d’une nuance générale café tout exprès mélangé à du fil mauve pour relever l’o’burn naturel de ses cheveux. Une casquette Chanel noire parachevait de couvrir la plastique harmonieuse de la jeune femme ; un galure un peu clinquant, par l’interstice postérieur duquel s’extrayait une petite couette nouée par un chouchou argenté. Au prix déjà conséquent du costume, il avait fallu encore rajouter des chaussures à semelles Vibram™ spécialisées pour la progression en terrain glaciaire et mixte à trois cent euros la paire, et un sac à dos de la marque anglaise Karrimor™ garanti à vie même si l’on ne s’en servait qu’une fois (un modèle Hot earth 40l noir à soixante quinze livre sterling sur Internet). Snell, le grand magasin de la rue Paccard pourrait encore témoigner de ce que chacun de ses vendeurs saisonniers de sexe masculin s’étaient mis en quatre pour du sous-sol jusqu’au premier étage... proposer au mannequin tout ce qu’il se faisait de mieux sur le marché en plein expansion de l’équipement outdoor ultra spécialisé. Les vendeurs de sexe masculin et quelques filles aussi ; les temps changeaient. Les glaciers rejettent tout, contrairement aux marchands qui en plus ne donnent rien. Sous vêtements respirant et sans odeur, soutien gorges au maintien croisé ultra technique dans des coloris nuancés à l’infini... L’ensemble testé, éprouvé par des teams de conseillers techniques aux noms réputés sur les sommets les plus prestigieux de la planète... certains fabricants renommés vont aujourd’hui jusqu’à proposer des lignes de vêtements aux propriétés chauffantes et réglables en température, le tout relié à un système d’alimentation par batteries extra plates et souples, totalement invisibles entre plusieurs couches de tissu élaboré pour évacuer tout excédant de sueur et le large éventail de fragrances livré avec. Des vêtements rechargeables sur n’importe quelle prise de courant électrique comme celles recouvertes d’épicéa véritable, dont disposent les bons clients des hôtels quatre étoiles flambant neufs du centre-ville chamoniard. Brigitte avait tout acheté en double de façon à pouvoir enchaîner plusieurs jours d’ascension sans être contrainte de redescendre faire nettoyer son linge sale par les femmes de service du Grand hôtel des Alpes. En double... et chaque équipement complet choisi à l’identique, mais dans des teintes déclinées à partir de la couleur de la veste principale. Cassis pour l’une... ou plutôt prune ! vert sève de sapin pour l’autre.&lt;br /&gt;Devançant sa jolie cliente de plusieurs pieds —une estimation à l’anglaise qu’il avait appris a respecter entre ses riches clients et sa posture de guide sur les arêtes effilées des sommets tout comme en ville pour éviter de se marcher dessus tout en demeurant prêt à enrayer une chute toujours déplacée devant l’entrée des grands restaurants— Zian s’élança, sac sur l’épaule et piolet tête en avant, bien calé sous son bras vers la petite gare touristique du Montenvers. « T’aurais dû prendre l’autre. La verte... tu aurais dû choisir ta veste verte pour monter. » surenchérit Zian avec un sourire contenu. « Pourquoi... la prune n’est pas bien. Tu n’aimes pas la prune ? Brigitte avait marqué le pas pour se reluquer dans un reflet de la dernière vitrine du haut de la rue Michel Croz, un marchand de bouffe rapide à emporter dans le train. « Si, bien sûr que j’aime la prune, le bleu te va très bien ». « Violet ! » insista Brigitte agacée. « Prune, cassis, ça n’a pas d’importance... mais (le guide s’appliqua à prononcer sa vanne dans le français le plus précieux qu’il connaissait), je crois qu’il eut été plus judicieux d’adopter la couleur qui s’accorda tout à fait au programme de la journée. Le monte-en-vert... » Zian s’écroula littéralement de rire sur la vitrine de sandwichs SNCF et l’image confondue de sa cliente qui se réfléchissait dedans. « Très drôle, vraiment très drôle ! » rétorqua la cliente qui détestait l’humour de potache autant que les blagues vides des emballages de carambars. « Je croyais m’être endormi dans les bras d’un type tout ce qu’il y a de plus raisonnable pour espérer franchir les montagnes en totale sécurité derrière lui et voilà que je me réveille avec un comique, un joyeux drille ». « Un quoi ? » Zian accéléra d’un coup en direction de la gare. Zian et sa posture bien apprise de guide de haute montagne, l’attitude sérieuse et professionnelle qui convenait à la demoiselle un peu pimbêche, mais qui payait « seulement »... une petite grimpeuse parisienne au cul de danseuse étoile qui s’offrait les services d’un beau guide indépendant pour occuper ses nuits de vacances à la montagne. Un guide « Indépendant »... comme il s’en trouve de manière majoritaire aujourd’hui. « Indépendants » par opposition à ceux... membres privilégiés de la compagnie officielle de Chamonix qui doivent dorénavant concéder un peu de leur monopole historique face à l’effervescence du marché des loisirs d’aventure et certaines prérogatives du commerce mondial qui contraignent tout le monde à tolérer la concurrence sur son propre terrain. Plus de deux siècles après sa création, la célèbre compagnie des guides de Chamonix tient encore bon la corde médiatique tout à l’avantage de son prestige romantique, de l’intérêt financier de ses deux cent sociétaires et de leurs nombreux amis triés sur le volet. Un commerce de plus en plus schizophrène, condamné à professionnaliser sa communication jusqu’à l’outrance pour tenir son chiffre d’affaires (plus de 2,5 millions d’euros en 2006) tout en s’agaçant des commentaires journalistiques réputés défavorables à l’image du métier. C’est le président de la compagnie lui-même, Xavier Chappaz, qui - lors de la préparation d’un entretien que j’envisageais de filmer sur l’idée d’un risque « acceptable » pour la société soumis à l’expérience de l’espace montagnard - m’avait confié ses propos : « Les journalistes des grands médias viennent ici toujours pour la même raison, faire du spectaculaire, du morbide, ils viennent compter les morts sur le Mont-blanc. Chaque année pendant l’été, des demandes de reportages ou d’interviews affluent du monde entier au bureau de la compagnie. Des jeunes journalistes sont envoyés par leur rédaction pour photographier ou filmer du macabé, recueillir des témoignages à sensations ; des reporters sans expérience et qui ne connaissent rien à la montagne. À chaque fois, on essaye de leur expliquer deux ou trois choses élémentaires sur la culture du milieu. On fait ça tout le temps pour qu’ils évitent de dire trop de conneries dans les journaux. On fait aussi souvent que possible l’effort de les emmener, d’organiser des séances encadrées sur le terrain. On essaye de leur dire que les accidents, les morts... ce n’est quand même pas ce qui fait l’essentiel de la pratique. Des morts, il y en a, un peu, c’est vrai... mais bien moins que des gens qui se noient pendant leurs vacances à la mer et sans aucune sorte de comparaison possible avec le nombre de tués sur les routes ». Du monde, de plus en plus de monde sur les sommets et quelques morts spectaculaires dans les journaux... de sorte que d’année en année, les voix, de plus en plus fortes, s’élèvent jusqu’au plus haut niveau de l’état pour réclamer des réglementations plus strictes, des permis de grimper ou autres sortes de taxes d’ascension censées vouloir réguler l’anarchie sur les cimes. Un débat de plus en plus vif qui oppose les défenseurs du droit à la liberté fondamentale de chacun d’aller et venir, de grimper, de dormir ou il veut ; et les pourfendeurs du droit aux secours gratuits pour tous, du droit de quiconque à chercher à exister comme il l’entend y compris dans la perspective d’y laisser sa peau. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il faut faire du prosélytisme&lt;/span&gt; dit encore Jean-Michel Asselin, journaliste et écrivain de montagne. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il faut dire aux gens : Oui, vous pouvez encore mourir en montagne. Quel chance !&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Les années passent, la télé, les journaux... et ce débat-là s’envenime entre les uns et les autres, ceux d’en haut qui préfèrent encore grimper sous la lune sans rien avoir à demander à personne et ceux dans bas qui souhaiteraient réserver les étoiles à une clientèle de privilégiés. Coupables... les vingt-cinq à trente mille personnes qui chaque été réclament leur part de gloire sur la route du Mont-blanc. Jusqu’à mille personnes sur les deux voies « normales » certains jours d’affluence. De plus en plus d’étrangers, des anglais... mais pas seulement. Des russes, des polonais, des tchèques et des bosniaques... de plus en plus de japonais, de chinois et maintenant les indiens.&lt;br /&gt;Denis Ducroz, guide et cinéaste, s’était dévoué pour représenter le point de vue de la compagnie, face caméra. Un plan serré sur ses trente ans de carrière incrustés dans les yeux à l’arrière duquel le portrait en noir et blanc du grand Armand Charlet, un des plus nobles représentants de l’Olympe chamoniarde, prêtait toute sa solennité. « Pour ces journalistes-là... » souligna l’alpiniste en préambule de notre rencontre « soit tu arrives au sommet et tu es un héro, soit tu tombes... et on te traite tout de suite d’inconscient. » La formule était simple, efficace, et représentait bien ce que j’éprouvais bien souvent moi-même lorsque j’exerçais mon métier de rapporteur de nouvelles télévisées. Une sorte de mode opératoire de la pensée générale exprimée en langage binaire qui caractérise l’essentiel de la culture journalistique télévisuelle. Une « culture » ou plutôt, une façon de penser, pressée, commode et bon marché, rôdée à jeter l’anathème sur tout ce qui se trouve du mauvais côté de la caméra et sans distinction de la matière choisie. La quintessence de la pensée unique, de l’intelligence arbitraire et du prosaïsme de masse. Et il en était de cette belle et simple façon profane de traiter « l’information » pour tout un ensemble de sujets qui traversaient le champ des caméscopes de plus en plus faciles d’emploi, des faits-divers sur les routes à la promotion excessive des loisirs de plein air. Le guide un peu amer, en avait un peu contre les journalistes, mais surtout contre une « nouvelle » clientèle consumériste. « Il faut les voir... » reprit Denis Ducroz « débouler au bureau, habillés comme sur un catalogue Décathlon et demander ce que ça pourrait bien leur coûter pour faire le Mont-blanc. Un tas de gens qui n’ont jamais mis les pieds sur le moindre sentier d’alpages, qui n’ont jamais vu un névé... des gens qui ne feraient pas la différence entre l’arnica, une branche de génépi ou une fleur de rhododendrons. Ceux-là veulent aujourd’hui consommer de la montagne comme on entre dans n’importe quelle salle de sport. Une heure de tennis, un Mont-blanc et puis ils passent à autre chose ». Le guide me parla longtemps... de la montagne qu’il aimait, évoqua encore, ces longues années d’initiation à la progression régulière sur les sentiers, l’indispensable apprentissage des marches d’approche à la lueur des frontales, le souvenir précieux des premières ascensions sur des sommets réputés secondaires, le bonheur de grimper sur les traces des anciens avant de s’élancer un jour soi-même dans la grande aventure d’une « première ». On dit à tous ces gens qu’il faut un peu de temps, qu’il n’est pas idiot de commencer par le commencement, que pratiquer l’alpinisme c’est souvent l’affaire de toute une vie. Pour un alpiniste, le Mont-blanc peut constituer un objectif, certes ! mais ce n’est qu’un objectif parmi des dizaines d’autres projets. »&lt;br /&gt;J’évaluais la colère contenue sur ce visage marqué par des années d’un travail difficile en altitude et les attaques qui visaient de plus en plus la profession qu’il avait choisi d’exercer, sa posture réfléchie, responsable devant l’objectif de la caméra, mais qui dissimulait mal sa rancœur, son ressentiment face à la débauche de moyens médiatiques et judiciaires qui s’opposaient dorénavant à ce qu’il considérait être « le bon sens » des gens de son métier. « La parole du guide, sa bonne foi, son jugement, pour faillible qu'il soit... tout est laminé par la Parole journalistique, qui se substitue à la vérité ». Denis Ducroz se souvenait de la mise en examen menottes aux poings, de l’inculpation et pour finir, de l’incarcération du guide de haute-montagne Daniel Forté, dans le cadre de l’affaire de l’avalanche des Orres en 1998. L’avalanche avait causé la mort de onze personnes dont plusieurs enfants placés sous la responsabilité du professionnel, et le jugement avait fait grand bruit à l’époque. Mon interlocuteur était « remonté », mais c’était aussi son tempérament habituel ; le guide, un peu électron libre de l’avis de ses confrères, était remonté et c’était tout de même la moindre des choses pour un montagnard ! Les glaciers rejettent beaucoup de choses, continuerais-je de répéter inlassablement, mais la presse, elle, récupère tout... le Mont-blanc, les annonces publicitaires des grandes marques qui encouragent les embouteillages sur les sommets, les quelques soixante-dix morts par an en moyenne sur l’ensemble des massifs français, la tragédie des hommes, de leurs familles endeuillées, et un tas de témoignages un peu scabreux qui les accompagne parfois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De plus en plus de monde sur les principaux sommets ; une clientèle pressée, frivole ; les conséquences pour un environnement réputé fragile ; des guides condamnés dans l’exercice de leur activité professionnelle pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;atteinte involontaire à la vie de leurs clients&lt;/span&gt;, et des journaux qui en rajoutent un peu... oui, les temps changeaient à Chamonix, un véritable temps de chiens, leurs grosses pattes toutes sales qui laissaient des traces récalcitrantes devant les hôtels de luxe et les beaux restaurants. En réaction, depuis le mois d’août 2005, le maire et conseiller général UDF de la commune de St Gervais, Jean-Marc Peillex, s’est lancé dans une croisade médiatique tout au bénéfice de son accueillante petite station thermale campée, elle aussi sous le plus haut sommet des Alpes occidentales. Son programme : « le tri sélectif » au départ le « la voie royale (1) ». Soit l’idée d’un péage aux portes du massif comme il existe déjà des droits d’accès payant à l’entrée des parcs naturels américains ou des permis de grimper aux prix exorbitants sur les pentes un peu rêches de l’Himalaya.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Nom désignant l’itinéraire réussi en 1855, soit soixante-neuf ans après la conquête du Mont-blanc par la voie chamoniarde, pour accéder au sommet depuis la commune de St Gervais. Cet itinéraire est aussi le chemin réputé classique, le plus simple et de loin le plus emprunté, parcourant tour à tour : les 12km en train à crémaillère qui séparent la station des thermes à la gare d’arrivée du Nid d’aigle ; un tas de cailloux tout rouges parfaitement balisé sur 900m de dénivelé jusqu’au refuge de Tête rousse ; un couloir, le plus meurtrier de toutes les Alpes pour ses chutes de pierres intempestives et puis de grimpeurs en mal de sensations fortes ; un câble de sécurité tiré sur l’aiguille du Goûter et relié au refuge bondé du même nom pour être sûr de ne pas passer à côté ; un terrain de camping sauvage pour ceux qui n’auraient pas les moyens ou l’envie de passer une nuit de merde au petit coin précité... un camping à la belle... et ses odeurs de chiottes récalcitrantes à l’air libre juste au pied des premières neiges éternelles ; une large piste de ski à prendre en plein milieu de la nuit dans le sens contraire de la descente et à pied ; et puis tout droit, un col et deux bosses jusqu’au sommet. « La voie royale » est également un roman d’André Malraux et puis aussi la voie sur laquelle le PS s’est engagé à partir de l’automne 2006 et ça ne lui avait pas forcément réussi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;St Gervais... « l’autre pays du Mont-blanc ! » À en croire l’homme du centre rallié aux troupes de Nicolas Sarkozy au soir du vingt-deux avril... le Mont-blanc constituerait la propriété de sa seule commune -1-.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1 - et en dépit de la publication, en 1944, d'un arrêté préfectoral faisant courir une ligne de copropriété le long de l'arête sommitale, la partie « française » du versant « italien » étant attribuée à la commune de Saint-Gervais-les-Bains. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tout est à nous ici... » déclare le maire à qui veut bien faire l’effort d’écouter sa litanie. « Un pays de propriétaires... » martèle en d’écho le candidat de l’UMP dans ces meetings depuis le mois de décembre 2006. « mon premier projet... » proclame le leader de la Droite « est de faire de la France un pays de propriétaires, parce que la propriété est un élément de stabilité de la république, de la démocratie et de la nation ». Oui, bon, d’accord... va pour une jolie France de p’tits proprios et tutti quanti de gens chez eux comme il leur plait sans voisins maghrébins pour les faire chier. Ok, dacodac, faites comme il vous sied ! « Tout est à nous... » vagit dans son coin monsieur le maire de Saint Gervais-les-Bains™ et en dépit des rires sarcastiques de quelques élus chamoniards. Mais pour mettre la main sur ce sacré foutu Mont-blanc avec la signature du vendeur en bas du contrat, je vous le dis tout net et comme je le pense : faudra repasser... revoir son histoire de France et celle de l’Italie avec ; considérer à la loupe l’imbroglio géographico-nationaliste qui régit les tentatives infructueuses d’établir un dessin politique définitif sur les arêtes faîtières. Une controverse récurrente dont le premier épisode s’appuie sur la restitution par la Sardaigne du territoire de Savoie à la France le 24 mars 1860 et qui tergiverse depuis dans les méandres des écoles d’érudits de part et d’autre des glaciers sommitaux. ...mé pi, pas pi ! comme disaient les savoyards du temps des bouquins du grand Frison... Jean-Marc Peillex, « propriétaire » de « son » Mont-blanc « à lui » côté français du centre droit allié à l’UMP veut jouer les nettoyeurs sur tous les fronts. Débarrasser sa cité alpestre de la racaille de l’Est et d’un tas d’autres mauvais payeurs des pays émergents qui dorment dehors sans permission ; trier les clients de la bonne couleur et refouler aux frontières de l’élite touristique les bohémiens, les sans le sou, les va-nus-pieds... qui font taches sur les cartes postales du refuge du Goûter avec son joli câble municipal tiré d’ssous pour sécuriser la progression des grimpeurs « d’élite ». &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Saint-Gervais Mont-Blanc est placé sous le signe de la pureté et de la liberté avec une démarche environnementale résolument tournée vers l’avenir.&lt;/span&gt; Peut-on lire à la première page d’un dossier de presse expliquant la démarche de l’opération La montagne à l’état pur lancée par monsieur le maire et qui vise à dénoncer l’anarchie de la surfréquentation sur les belles cimes de l’Alpe. Une opération médiatique relayée par des personnalités de l’audiovisuel ou du spectacle (Patrick Poivre d’Arvor, Gérard Holtz, Sarah Lelouch, Didier Gustin...) toutes invitées et « guidées » en toute sécurité sur le sommet par une équipe de professionnels, afin de devenir &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les Ambassadeurs&lt;/span&gt; d’un Mont-blanc plus propre, plus pur... plus conforme aux caprices de son hypothétique propriétaire St Gervolains surtout. « À la solution de l’interdiction, j’ai préféré celle de la responsabilisation » affirme dorénavant l’élu de la république droit dans ses bottes, après avoir tant fait parler de lui grâce à ses grandes idées sur la prohibition « choisie ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pensais : les temps changeaient, les esprits s’échauffaient... peut-être à cause des glaciers qui fondaient ; les temps changeaient sous des glaciers carrément remontés à Chamonix comme dans cette belle petite ville de St Gervais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Arrête Zian, tu vas trop vite ! » Brigitte s’inquiétait de l’allure imposée par son amoureux de jeune et beau guide qui la faisait transpirer depuis la gare supérieure dite du Montenvers. « À ce train-là, je te jure... je pète une durite dans moins d’un quart d’heure mon p’tit Zian ». Juste le temps qu’il fallait justement à la cordée pour rejoindre par un sentier scabreux, jugé carrément vertigineux par la fille du banquier parisien, un empilement d’échelles métalliques rivées à la roche permettant de rejoindre facilement les rives décharnées de la Mer de glace cent mètres en contre bas. « À vaches ! » avait dit Zian. « À vaches... Tu parles ! ». Brigitte grommelait tout en essayant de se concentrer sur les dangereuses aspérités du chemin de biques accroché à l’abîme. « À vaches... » Zian, d’un coup, marqua franchement le pas, de façon à ce que sa cliente puisse le rejoindre d’assez près pour lui tomber littéralement dans les bras. « Mon Zian ! » fit Brigitte en fermant les yeux, la tête blottie contre la poitrine rassurante de son « marronnier (1) » (où l’on peut encore vérifier que les corps s’attirent grâce aux lois de la gravitation et d’autant plus dans la perspective d’un vide menaçant qui s’approche).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Ce terme de « marronnier » désignait les habitants des hautes vallées, chasseurs, cristalliers, bergers... qui louaient leurs services aux voyageurs pour passer les cols d’altitude. Il signifie par ailleurs, l’angle de traitement journalistique d’un événement récurent prévisible et semble t’il malgré tout, incontournable... comme - dans un ordre hiérarchique purement aléatoire - les morts sur les routes de la Toussaint ou encore le chassé-croisé des juilletistes et aoûtiens au milieu de la période de vacances d’été ; le bilan de la saison touristique des vacances d’hiver ou le prix du carburant qui augmente à la pompe, la date limite d’envoi de la feuille d’impôts simplifiée, la rentrée scolaire ou les épreuves du baccalauréat, les avis d’arrêts de travail à la SNCF ou dans le métro parisien, les soldes de printemps, ceux de l’automne et la fête des mères. Des marronniers comme... les accidents de montagne au mois d’août, quelques morts aux morts au Mont-blanc et une bonne interview de gendarme pour mettre en garde les touristes inconscients. Des marronniers... et on se demande bien ce que les journaux et la télévision feraient sans eux.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il pleut à Chamonix, ou plutôt, il grêle. Plus rien ne se meut nulle part à part les verres sur les comptoirs et les pulsations d’un vieux morceau de blues qui passe au Bar des sports, la musique préférée du patron juste avant de lancer l’apéro. À part les filles qui boivent aussi, beaucoup, beaucoup trop... Un taux de consommation d’alcool qui dépasse largement la moyenne nationale. Une plaie endémique dans la haute vallée de l’Arve. Une tradition sous les sommets, pour arrêter de s’faire chier pendant la mauvaise saison ; une coutume, pour savoir quoi faire de tout le fric amassé en hiver dans les hôtels, les restaurants, les magasins de sport ou les remontées mécaniques ; pour pas penser trop vite à la comptabilité de l’été qui s’amène, aux tiroirs-caisses tellement plus calmes du printemps qui se termine... un rituel, avant d’échafauder tout le business qu’il reste encore à faire les saisons prochaines. Je pensais : Les glaciers sont conservateurs, des glacières libérales... mais qui finissent quand même par tout rejeter à la fin. Maintenant que j’y réfléchi... je crois qu’on pouvait même picoler chez McDo, se bourrer la gueule à la bière pour deux fois moins cher que dans le reste des bars de la station. Un beau geste du machin jaune aux cheveux rouges en forme de clown américain aussi célèbre que le père noël et qui fait Waouhh... sur les publicités à l’adresse des gamins. Une saloperie d’Auguste qui fait dans les poches des mioches à la sortie des écoles, Ronald McDonald... un pantin de foire bariolé à la mayonnaise et au ketchup qui semble dire sur les affiches publicitaires : « Si toi n’on plus tu n’as pas assez de tunes pour te bourrer la gueule avec les grands, viens chez McDonald picoler avec tes potes. En plus, si tu achètes un sandwich, tu peux réussir à péter ton score de lipides et rejouer pour faire pareil avec ton taux de cholestérol ». Sacré McDonald ! avec un M qui veut dire : « Mange vite, laisse-nous ton fric et barres-toi ». J’imaginais la tête des membres de la section chamoniarde du Club Alpin Français, installée juste en face de l’établissement, lorsqu’ils ont vu pousser sous leurs fenêtres les grands logos jaunes de la chaîne industrielle de fast food... Le Club Alpin Français... vénérable institution nationale longtemps dédiée à la sauvegarde des traditions montagnardes héritées du point de vue britannique (1) de la moitié du XVIIIe siècle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- L’Alpine club fut fondé à Londres en 1857 et constituait à l’époque la première et toute puissante organisation représentative de la pratique de l’alpinisme. En suisse, en Italie, en Allemagne et en France un peu moins de vingt ans plus tard, la « façon » britannique a constitué le socle de références pour bâtir un réseau de sections départementales ou régionales réunies aujourd’hui sous leur propre fédération.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le CAF donc ! constitue si vous voulez, une sorte de haute autorité de régulation pour l’entretien de la pensée alpine sur le territoire français (représentant surtout ce pouvoir pour elle-même et son hôtellerie d’altitude en situation de quasi-monopole au-dessus d’une limite moyenne de 2500m). En conséquence de son point de vue de propriétaire, libre et indépendant d’appliquer la politique tarifaire qui lui convient : consentez de devenir un membre du club contre une cotisation en partie destinée à l’entretien du patrimoine immobilier précité ou acceptez de vous acquitter du double du prix pour passer une nuit à l’abri du bruit des séracs qui s’effondrent et des odeurs de chiottes libertaires qui font beaucoup parler d’elles depuis qu’un certain Jean-Marc Peillex fait de la politique. Aussi et pour parfaire l’habit du moine hébergeur bien accroché à ses monts affreux, il fut un temps pas si lointain où le prélat rechignait même à vous vendre sa carte sans la bénédiction d’un parrain réputé dans l’association. Une pratique, toute à la ferveur d’un folklore despotique qui avait fait ses preuves en son temps de l’autre côté de la Manche. Mais encore une fois, les temps changeaient... continuerais-je d’assener, de marteler, de clouter... de pitonner pour que l’affaire soit bien fixée. Les temps changeaient... comme les ecclésiastiques et leurs chapelles avaient aujourd’hui besoin de renouveler leurs dévots, au dessein bien évident de garantir leur position dominante sur le marché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À quelques centaines de mètres de la section locale de l’institution ci-dessus désignée et du vendeur de bouffe rapide sous ses fenêtres : « La terrasse » un établissement de construction art déco version bois naturel chamoniard et entièrement recouvert d’une peinture rose assez déconcertante, s’est muée en bar de nuit. L’architecture inscrite aux monuments classés accueille désormais des pop stars de pub anglais qui parlent la même langue que les passeurs de disques payés des fortunes pour les faire tourner à l’envers ou les arrêter entre les rayures. Écrans larges sur les murs et rap à fond pour suivre les rencontres Manchester Liverpool en VO.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brigitte fut arrêtée par un vide effrayant. D’un seul coup d’œil par-delà les lèvres du terrible précipice, Il lui sembla que mille horreurs parfaitement renseignées sur son plan, s'accordaient maintenant pour l’attirer dans sa perte. Des profondeurs horribles... toutes disposées à engloutir l’opportune ripaille. « Un festin commode »... spécula la jeune grimpeuse « pour un gouffre de cette envergure et certainement habitué à des banquets plus rudes ». « ne t’inquiètes pas » fit Zian « C’est cool ! » Brigitte n’avait pas broncher d’un ongle de petit doigt les yeux fixé sur le premier barreau d’un engrenage d’échelles tirées dans la fosse du glacier sur une hauteur qui lui sembla... infinie. « C’est cool... » reprit en son for intérieur la jeune femme qui pensa justement à ce qu’immanquablement, il allait devoir se passer au cas où elle choisirait de faire confiance à cet enfant de sal... de guide à la noix, d’inconscient de la pire espèce de skater infantile et débile profond ! « Pourquoi pas me jeter dans le vide tout de suite » s’égosilla la cliente comme pour se libérer d’un tas de démons qui lui bouffaient l’estomac. « Il y a quand même d’autres manières d’en finir avec une fille quand on a décidé de rompre. Si tu ne voulais plus de moi, tu pouvais juste me le dire gentiment avant de m’obliger à prendre ce train pété de touristes et de me retrouvée mitraillée au bord d’une échelle comme une conne par une bande de photographes japonais en mal de souvenirs originaux.&lt;br /&gt;Brigitte éclata en sanglots.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;See tonight, come tomorow&lt;/span&gt;... érupte la pop star de comptoirs accroché à son pied de micro customisé pour réceptionner plusieurs cannetes de cervoise à la fois. Zian aurait sûrement adoré. Les deux serveuses surtout ! affublés d’une sorte de déguisement en forme de pandas géants. Les deux ours en peluche asexués débitent des bocks de gueuze au rythme d’une succession de vieux tubes anglais flingués par le musicien bourré et sa Stratocaster reliée à des machines. Le type, sa gratte synthétique et le volume un peu fort de l’ampli s’arrangent même avec le côté trip hop des Pink Floyd... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Hey ! Teachers ! Leave them kids alone !&lt;/span&gt; « Hey ! Teacher... » Zian, à fond dans les basses, ne sait déjà plus ce qu’il dit « Hey teacher leave us kids alone ! » balance t’il a Brigitte, complètement déconcentré par l’extrait massacré de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;The wall&lt;/span&gt; qu’il adore. « Hey ! zian, tu débloques ou quoi ? Tu vois pas que je flippe comme une bête... et toi tu me crache les Pink floyd dans les oreilles ». « Je t’aime ! » finit-il par chuchoter pour se racheter de sa conduite de hooligan.&lt;br /&gt;- Je t’aime... et maintenant tu vas tranquillement te décider à prendre cette échelle à deux mains et te laisser descendre jusqu’au glacier sans pleurer.&lt;br /&gt;- C’est vrai Zian, tu m’aimes vraiment ? Dis-moi encore une fois que tu m’aimes.&lt;br /&gt;- Je t’aime seulement.&lt;br /&gt;- Seulement quoi ? pourquoi tu dis seulement ?&lt;br /&gt;- C’est une expression d’ici&lt;br /&gt;- Seulement...&lt;br /&gt;- On dit seulement comme les marseillais disent souvent « con » à la fin d’une phrase.&lt;br /&gt;- Seulement... je trouve ça vraiment trop con !&lt;br /&gt;Brigitte revenait doucement à elle ; décida franchement de passer outre sa trouille grâce à toute l'ardeur affectueuse de son Zian et pris la décision dés cet instant précis, de suivre son amour de guide jusqu’au bout du monde en commençant par les quelques dizaines de mètres d’une via ferrata qui les déposeraient au pied de cette foutue saloperie de pente rocheuse un peu forte. La cordée réconciliée s’enfonça dans l’abîme au son d’un morceau de U2 ou de quelque chose dans le genre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi vingt-huit avril. Le galop des moreaux distancé par une bise de garance a fini sa course matinale cédant à une couleur du ciel &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Petit bateau™&lt;/span&gt; pour garçons. Entre les deux lignes de crêtes qui délimitent la vallée, le manège tourne ainsi définitivement à l’avantage d’un azur explicite qui prévoit « beau » pour le reste de la journée. L’isotherme a dégringolé de quelques dizaines de mètres pendant la nuit et la pression barométrique est à la hausse. Oui, mesdames et messieurs : Belle journée à Chamonix mont-blanc. Madame, monsieur, rien ne va plus... et le casino vous propose : Une dernière Vallée blanche avant la fin de la saison de ski ; une escalade facile sur la voie normale du Tacul pour essayer vos pompes toutes neuves au-dessus de 4000m ; un parcours de golf et son club house bien fermé pour éviter les balles ; une descente rapide en hélicoptère si vous coulez une bielle en plein brouillard avec vos pompes toutes neuves ; une bonne séance de tennis pour vous remonter le moral après la fondue aux quatre fromages dont un vieux Comté qui vous reste sur l’estomac à cause de ses trente six mois d’affinage et du vin blanc de Savoie avalé avec pour faire passer... Madame, monsieur, faites vos jeux !&lt;br /&gt;Samedi... jour de marché, le reblochon fermier AOC à 5,50 euros l’unité sur les étales. Samedi... jour de cueillette pour le PGHM (1). Une demi-douzaine de jeunes excités imbibés d’une bonne dose de matière alcoolique vomissent leur match du vendredi soir sur la clientèle offusquée des terrasses un peu chères pour le sport qu’elle pratique (ou lorsque la tribune Boulogne se déplace à Chamonix « Une rencontre au sommet »). Samedi 28 avril... 37 euros l’aller retour à l’Aiguille du midi, et quelle que soit la saison. (Compter la moitié du prix au tarif d’hiver pour ne pas dépasser l’étage inférieur et si vous n’avez vraiment rien d’autre à foutre pour ce prix-là !... comme monter en train à la Mer de glace pour 20 euros, ou tenter de vous rendre au sommet du Brévent pour le même prix et malgré que le téléphérique soit fermé jusqu’au mois de juin). Samedi... jour d’affluence sur les pistes. 100 euros la semaine pour un forfait Multipass... plus 150 euros si vous devez louer des skis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Groupe d’élite de la gendarmerie, habituellement réputé pour ses interventions de secours en montagne.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi vingt-huit avril, lendemain de séance de conseil municipal. Depuis plusieurs mois, le maire de la commune, Michel Charlet, peste sur plusieurs fronts à la fois. Dans un ordre aléatoire et la liste est loin d’être exhaustive : La proposition par la direction du casino et dans le cadre du renouvellement de son cahier des charges avec la mairie, d’un taux de prélèvement sur les jeux jugée inacceptable par l’administration de l’hôtel de ville. Une discussion de sourds, pour le moins exacerbée par l’entretien de relations exécrables entre les deux parties. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’américanisation du système judiciaire&lt;/span&gt; qui profite d’un droit grandissant des victimes à requérir des réparations. Un risque « omniprésent » pour la vallée, considérant sa profession d’une nature extrême et vendue librement à l’adresse du plus grand nombre. Un risque qui implique la responsabilité du premier magistrat de la ville en vertu du code des collectivités locales énonçant clairement que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;le maire est responsable dans le cadre de ses pouvoirs de police, de la sécurité sur l’ensemble du territoire de sa commune, que ce soient des lieux publics ou privés.&lt;/span&gt; Un risque « omniprésent » poussé dans ses retranchements les plus concrets, dès lors que le domaine public ou privé concerné se conjugue à des milliers d’hectares de roches vertigineuses soumises à la pression considérable d’au moins autant de matière gelée en mouvement. Le débat fait rage depuis le milieu des années quatre-vingt-dix entre les défenseurs d’un ordre législatif contraignant le régime de liberté qui s’exprime dans les massifs, et un lobby de « philosophes » qui ne pesaient pas forcément toujours très lourds dans la balance électorale. Laissant de côté les soubresauts démagogiques d’un Jean-Marc Peillex, J’ai eu loisir d’interviewer un nombre important de personnes sur le sujet, sans pour autant voir s’imposer une réponse définitive. Le débat est agité, passionné. La controverse révèle en réalité l’abîme qui sépare une société mercantile, toute dédiée à la consommation et l’équation poétique de toute une somme de raisons humaines qui conjuguent une nécessaire prise de risque, au bonheur ultime d’échapper à quelques-unes de ses conséquences dramatiques. Des fous... penserez-vous peut-être ? comme ce couple de touristes du nord de la France cramponné aux barrières d’une des plateformes panoramiques surpeuplées du sommet de l’Aiguille du Midi et qui répondait à mes questions pendant qu’une équipe de TF1 filmait les cordées en formes de points noirs sommaires, loin, très loin sur les glaciers. « Si c’est dangereux... » répétait la dame derrière un surplus de crème solaire qui coulait sous un bob imprimé aux couleurs publicitaires de la station « si c’est dangereux, faut interdire... vous dites : Madame, monsieur, c’est interdit et c’est tout ! Oui, faut interdire... » Son mari et sa paire de jumelles braquées sur les parois acquiesçaient. « Regarde celui-là ! » le lillois désignait un premier de cordée accroché à ses piolets dans un itinéraire classique du Triangle du Tacul. (une pente de glace suspendue au ciel et un tas de cailloux qui l’assiégeaient) « il fait du hors piste non ?... » semblait s’indigner le monsieur sous sa casquette assortie aux nuances vives de sa dame.&lt;br /&gt;Des aliénés... mais pas seulement ! Car le litige est en réalité schizophrène et tout en contradictions. Prenons l’exemple particulier du maire de Chamonix Mont-blanc justement. Premier concerné quant à son exposition au risque d’être tenu pour responsable d’un accident de montagne sur sa commune comme lors de l’avalanche de Montroc (1) en 1999, celui-ci n’en est pas moins peut-être à classer dans la catégorie des « philosophes » à l’unisson des amateurs, des professions de guides et de sauveteurs en montagne ; dénonçant son collègue du val Montjoie (2) dans sa politique de censeur. Oui, mais la belle affaire de clochers serait encore trop simple. Comprenez plutôt que pour le raisonnement de Michel Charlet réélu à son poste depuis mars 1983, l’entrée en vigueur d’un règlement d’état quel qu’il soit en la faveur des hautes terres de la vallée de l’Arve, consisterait avant tout en cette possibilité qu’aurait celui-ci, de percer la première ligne de défense d’une citadelle ultra-libérale, entièrement vouée à l’exercice de son commerce de propriétaire libre et indépendant depuis la deuxième moitié du XIXe siècle. Là où je sens poindre la perplexité, une somme d'impressions dubitatives chez le lecteur, tenté qu’il eût été sur ce thème juridique d’espérer de l’auteur un éclairage plus explicite. Oui ! spéculais-je encore... et le lecteur a toujours raison, formé par la presse quotidienne et la télévision a toujours tout comprendre du monde qui l’entoure, obligé à tout assimiler rapidement pour passer très vite à autre chose juste après la pub. Oui, bien sûr, considérais-je de toute ma perspicacité... oui ! mais bientôt... bientôt on aurait Nicolas sarkozy... Ses idées de droite et celles d’une gauche décomposée vendues avec. Pas une politique du centre, non ! Mais la gauche et la droite, l’extrême gauche et jusqu’à l’extrême droite... toutes réunies dans le même panier pour en finir une bonne fois pour toutes avec les dogmes et les mille et une manières de penser la France qui pense contre celle qui dépense sans compter. Une France qui ne sait plus trop ce qu’elle dit, mais qui se contredit tout le temps. Bref ! Un Nicolas superstar... le premier ! (à ne pas confondre avec « Le grand » ! ex gendarme de l’Europe, tsar de toutes les Russies et plutôt violent avec le monde ottoman, non !) Nicolas... premier en tout et surtout pour faire parler de lui dans les milieux politiques depuis plus de trente ans, et les banlieues... pour changer un peu. Un Nicolas superstar de l’opinion publique... et Chamonix pouvait continuer de dormir tranquille, rêvasser devant sa statue de Jacques Balmat et son doigt en bronze qui indiquait le chemin du tiroir-caisse à son pote genevois qui passait par là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Le 17 juillet 2003, le maire de Chamonix fut condamné à trois mois de prison pour "homicides et blessures involontaires" après la mort de douze personnes dans l'avalanche de Montroc. Il était reproché à Michel Charlet, seul prévenu de ce dossier, de "n'avoir pas fait usage de son pouvoir de police qui l'autorisait à faire évacuer le couloir d'avalanches", où se trouvait le hameau de Montroc.&lt;br /&gt;Vingt-trois chalets avaient été balayés par la coulée du 9 février 1999. Une année « maudite » pour le premier magistrat de la ville. Le 24 mars de la même année, moins de deux mois après le drame de Montroc, 39 personnes disparaissent brûlées vives sous le tunnel du Mont-blanc. Une catastrophe dont l’épilogue judiciaire se terminerait en appel le jeudi 14 juin 2007 par la condamnation du chef de la sécurité du tunnel, Gérard Roncoli à six mois de prison ferme, et la relaxe de... Michel Charlet. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;2- on dit aussi « Val Montjoie » pour indiquer l’endroit de la commune de st Gervais-les-bains.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Enfin, et avant d’évoquer le dispositif de vote pour le second tour de l’élection présidentielle, monsieur le maire dut revenir sur les conditions de l’évacuation prochaine du parking Grépon par les forces de l’ordre. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;De plus en plus de travailleurs saisonniers s’entassent chaque hiver dans des camions ou des caravanes d’occasion aux portes du centre-ville,&lt;/span&gt; ne disposant ni d’eau courante, ni d’électricité, faute d’une rémunération suffisante qui leur permettraient de se loger convenablement. « Un spectacle désolant offert aux clients à l’entrée de la station » du point de vue du maire comme de son opposition, qui réclament aux employeurs locaux « de prendre toutes leurs responsabilités sur le sujet ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ils marchent depuis plus d’une heure et remontent maintenant le glacier immense, à peine incliné, dépourvu de neige, montrant toutes ses crevasses. Zian poursuit sa route sans hésitation, il l’a parcouru tant de fois ! Mais Brigitte s’étonne des brusques détours qu’il fait sans raison apparente. Pourtant ceux-ci se justifient toujours et elle s’aperçoit que le guide devine de très loin l’endroit exact où une crevasse peut se franchir...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Extrait de La grande crevasse &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;R. Frison-Roche 1948&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soleil accable la cordée depuis trois bonnes heures maintenant. Une chaleur insupportable et d’autant plus difficile à braver, que Brigitte s’était préparée pour affronter des conditions de froid arctique...&lt;br /&gt;- C’est normal toute cette chaleur Zian ?&lt;br /&gt;- C’est normal, sur un glacier en plein soleil, et surtout pour une fille qui ne veut pas enlever sa belle veste toute neuve de peur qu’elle se froisse au fond de son sac.&lt;br /&gt;- Mais je n’ai rien dessous...&lt;br /&gt;- Tu as encore ta laine polaire...&lt;br /&gt;Brigitte, le visage émacié par l’effort et une couche de sueur commençait à s’énerver sérieusement.&lt;br /&gt;- Je peux continuer à poil aussi, si tu veux !&lt;br /&gt;- Tu fais comme tu l’entends. Plaisanta Zian. Et j’envoie les photos à Paris Match. Ça les changera des macabés sur le Mont-blanc.&lt;br /&gt;Peut-être que tu te crois drôle, mais je te jure que je commence à en avoir ma claque de ramer comme une conne dans la glace et les cailloux qui roulent sous mes godasses depuis le début de l’après-midi.&lt;br /&gt;- Je ne cesse pas de te dire de marcher régulièrement plutôt que de t’arrêter tout le temps. On perd le rythme et ça casse les jambes.&lt;br /&gt;- C’est ça ! et comment tu veux que je boive en même temps que je marche ?&lt;br /&gt;- Tu aurais enlever ta veste dés le départ, tu n’aurais pas eu besoin de boire autant et on aurait marché plus vite.&lt;br /&gt;- C’est ça Monsieur le guide, fais le fier. Profite bien de ce que tu peux jouer les Monsieur-je-sais-tout, jamais peur et même pas soif ! Tu me fais chier Zian ! je te jure que j’en ai vraiment marre là. J’ai chaud, j’ai les pieds enflés comme des outres et en plus j’ai envie de pisser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’image était apparue simultanément à vingt heures sur toutes les chaînes généralistes présentes sur la TNT, la même chose deux heures plus tôt sur pas mal de sites Internet basés à l’étranger. Le candidat hongro-savoyard venait d’emporter l’élection présidentielle avec 53,06% des suffrages exprimés, soit une victoire sans concession, avec plus de 7 points d’avance sur sa concurrente socialiste. Oui... les temps changeaient... et selon les propres termes de l’ancien maire de Neuilly, le temps était enfin venu ou la France allait devoir se relever les manches pour changer vraiment sa manière de penser.&lt;br /&gt;Au soir du 22 avril, Chamonix comptait dans ses urnes 66,57% pour « l’enfant du pays ». Une manière de penser presque unanime dans la vallée ; Chamonix, ses dix mille habitants... et ses anglais. Un millier de résidents de sa majesté recensés, et le flux migratoire britannique à destination des glacières ne cesse d’augmenter. Les anglais ! une tradition chamoniarde depuis le milieu de XVIIIe siècle. Chamonix... et un certain « fluide » britannique qui continuait de laisser des traces sous les glaciers les plus célèbres du monde. Ce « &lt;span style="font-style: italic;"&gt;fluide&lt;/span&gt; » sous la plume de George Sand, qui témoignait d’une rencontre en 1836 avec ces premiers voyageurs aristocrates d’outre-manche, découvreurs de la grande Alpe mythique un peu moins d’un siècle plus tôt, et faiseurs de légendes un peu rapides qui couvriraient d’or un petit monde rural oublié de tous et qui n’en n’aurait jamais espéré autant. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je me suis demandé&lt;/span&gt;, écrit G. Sand à propos de « ce fluide » qu’elle avait remarqué la première &lt;span style="font-style: italic;"&gt;quel pouvait être le but de tant de pèlerinages lointains, périlleux et difficiles, et je crois avoir fini par le découvrir grâce au major que j’ai consulté assidûment sur cette manière. Voici, poursuit l’écrivain, Pour une anglaise, le vrai but de sa vie est de réussir à traverser les régions les plus élevées et les plus orageuses sans avoir un cheveu dérangé à son chignon. Pour un anglais, c’est de rentrer dans sa patrie après avoir fait le tour du monde sans avoir sali ses gants ni troué ses bottes.../... Ce n’est pas leur personne, c’est leur garde-robe qui voyage, et l’homme n’est que l’occasion du porte manteaux, le véhicule de l’habillement. Aussi, je ne serais pas étonné de voir paraître à Londres des relations de voyages ainsi intitulées : Promenade d’un chapeau dans les marais pontins. Souvenirs de l’Helvétie par un collet d’habit. Expéditions autour du monde par un manteau de caoutchouc. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;G. Sand. Lettres d’un voyageur&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les chamoniards et leurs amis reconnaissants&lt;/span&gt; est-il inscrit dans la pierre d’une statue érigée « tardivement » en mémoire de Michel Gabriel Paccard, vainqueur du Mont-blanc... Un souvenir en résine de synthèse élevé quelques mètres derrière le bronze officiel de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Balmat dit Mont-blanc&lt;/span&gt;. Des chamoniards... tout à leur gratitude pour leur panthéon savoyard fameux... qui devraient avoir aussi l’obligeance de convoquer sur une stèle de granit, le voyage d’un certain William Windham, dans l’espoir de transmettre le goût de la politesse à quelques sagouins de leur riche progéniture, plus apte à pisser des litres de Guinness sur les murs, plutôt qu’à savoir comment une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Goldie Barley wine&lt;/span&gt; mûrie en fûts de chêne ou une &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Samuel Smith Pale ale&lt;/span&gt; continue d’être dégustée tiède dans un pub du Yorkshire ou à Southampton comme depuis des siècles. Régulièrement, la municipalité doit procéder au nettoyage de graffitis d’une rare délicatesse adressés à ces buveurs de moisissures chaudes, comme : « Putain d’anglais » ou « english go home » pour être sûr qu’ils comprennent. Des perles de la littérature savoisienne, adressées aux descendants des agents publicitaires les plus doués de la grande école de tourisme d’Angleterre. William Windham et son extraordinaire réclame descriptive à propos des glaciers alpins. Sa relation d’un voyage aux glacières de Savoye date de 1741 et marque le lancement de l’opération de marketing la plus géniale que l’on puisse imaginer. Windham, le premier... et tellement d’autres « english » inspirés après lui !... militaires, riches marchands, savants de tous poils, journalistes, peintres, écrivains et jusqu’au prince de Galles, futur Edouard VII... Le coup de pub de ce Monsieur Windham, sujet de sa majesté George II, avait su conduire le meilleur sang d’Angleterre ainsi que toute la crème d’Europe, jusqu’à cette étonnante Mer de glace... et transformer d’un coup la vallée « maudite » en véritable affaire commerciale. Une sorte de parc d’attractions des choses naturelles de roc et de matière givrée les plus extraordinaires qu’il puisse se voir à l’époque sur le vieux continent ; le Luna park des monts affreux et autres abîmes caractéristiques qui ne valaient pas mieux depuis la fin de l’empire romain. Une affaire commerciale... une des plus rentables dans l’histoire du tourisme. Un tas de glaces et toute une prose romantique qui s’étalerait dessus... Un tas de neiges en supplément plutôt élevé qu’on baptiserait bientôt le Mont-blanc, la belle histoire un peu arrangée de son ascension sous la plume d’un écrivain spécialisé dans les sagas héroïques... et le tour était joué ! Chamonix made in La mer de glace, made in Mont-blanc™, made in... une sacrée bande de lascars descendus de leur vieille Angleterre pour en découdre avec l’épopée alpine et son futur tiroir-caisse. Une bande d’aristos bien sapés qui n’avaient pas non plus grand-chose à foutre d’autre que de réfléchir à ce qu’ils allaient s’acheter pour rester bien habillés ; une bande de petits frimeurs habitués à coller leur nom partout comme sur les étiquettes qu’ils portaient ostensiblement jusque sur les sommets des montagnes. Les temps changeaient, me souvins-je avoir dit ! mais pas toujours les Anglais... Mille petits soldats du libéralisme triomphant, qui, en quelque sorte, revenaient aujourd’hui récolter un peu de ce que leurs aïeux avaient semé, deux siècles et demi plus tôt. Des anglais forts en pub, des fortiches du marketing et qui savaient aussi acheter des cafés, des hôtels à rénover, embaucher des serveurs, des chauffeurs de taxis non déclarés et aussi jouer les agents immobiliers sans patente... des anglais, épatants... - et il en fut heureusement des meilleurs - qui s’arrangent avec les choses du fisc, celles des impôts, le droit du travail et la concurrence déloyale. Des anglais qui parlent l’anglais... mais maintenant, on avait Sarkozy !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au mois de mai, un jeudi - altitude (environ 2300m), quelque part sous le glacier de Blaitière - température 17° - léger fœhn de face. Des cumulus s’amoncèlent doucement à partir de l’ouest et puis du sud qui n’annoncent rien de bon pour la suite. Je marche dans la direction de l’aiguille de l’M et des petits Charmoz sur la trace de neige la plus haute sous les barres de granit (lire barres de Gran™ en patois commercial). Un arrangement de cathédrales gothiques de la hauteur d’au moins trois tours Eiffel superposées se disputent les miracles lumineux de l’aurore magnifique. « Les déserts à tout le monde » écrivait Samivel... et sur mon désert de neige et d’éboulis ce matin, tour à tour se croisent : une vingtaine de chasseurs alpins, une section entière de militaires en rangs serrés qui défilent droits et cons à la fois, derrière leur chef qui adorait sûrement ça ; un type en short qui râle sur une plaque de neige toute blanche parce qu’il ne trouve pas l’endroit du « Lac bleu » qu’il a sous les pieds ; au moins douze photographes japonais shootant les cimes à la même vitesse ; une classe de seconde qui profite du décor pour se bécoter derrière les cailloux ; des mouches, un tas de mouches énervées par les grésillements de mon iPod mal branché et... des anglais. Le mois de mai... la saison la plus calme à Chamonix. La moitié des bars sont fermés, une bonne partie des boutiques de fringues aussi, un tas d’anglais qui se font chier. Je pensais à elle à ce moment-là, juste à ce moment-là je pensais à elle étendue sur une plage et qui se posait sûrement des questions sur son mouchoir un peu humide qui lui servait de serviette de bain. Elle, nue dans les vagues, un type qu’elle aime qui préférait nager seul pour souffler toute son écume de l’hiver loin des mers éternelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Adieu Zian ! t’as fait les soldes ou bien... » Le jeune gardien du couvercle avait cette drôle de manie de prononcer les choses dans une langue baroque de son invention panachée de l’ensemble des principaux dialectes articulés dans son établissement. Dans les mille et une façon de dire qu’il avait mariées... une sorte de patois suisso-savoyard très altéré par des incursions lexicales à consonance arabes ou anglo-saxonnes, avait quand même retenu sa préférence. « C’te bombasse... man... et rien que du Peak™ sur le cul ! » poursuivit l’amateur de tirades étrangères. « Laisse seulement » répondit le guide « c’te fille fait la cliente pour me ! » (Le gars des Praz connaissait évidemment son patois comme tout le monde et en usait d’autant plus naturellement que l’altitude s’élevait) Zian, un peu gêné, décocha un regard de connivence à l’endroit de Brigitte, qui, toutes forces rendues depuis le passage des Egralets, n’était plus à une vulgarité près.&lt;br /&gt;- Bon sang... elle a l’air rudement cuite ta gazelle, shouffe... elle est toute mouillée de chaud.&lt;br /&gt;- C’est ça ! On a fait les soldes toute la nuit pour lui trouver de quoi s’âfeublêr un peu classe et puis ça s’est payé le reste de la journée au dessus des fentes.&lt;br /&gt;- Pose ton cul là gy, on va s’arroser les trois. J’ai une Cervoise que je kiffe dru, tu vas voir seulement.&lt;br /&gt;- Ouais, mais alors juste une tombée. Fit Zian en s’asseyant et qui ne voulait pas faire de la gôgne avec le patron.&lt;br /&gt;- Avant, faut qu’je pisse.&lt;br /&gt;Brigitte était restée debout, son sac Nepal EVO GTX™ lady sur le dos, ses deux pieds enflés dans sa paire de Sportiva™ toute neuve, le visage tiré sous une couche de sel dilué à l’ambre solaire. Près de six heures... six longues heures et leurs minutes interminables à mettre un pied devant l’autre et vice-versa sous un soleil de plomb. Le tout, sans réussir à pisser une seule fois de peur d’avoir à montrer ses fesses à des milliers de tonnes d’éboulis pressés dans la glace. six heures pour rallier le Couvercle depuis le Montenvers... soit à peu près le double du temps prévu par un topo destiné sûrement à des martiens qui décideraient de passer leurs vacances dans le coin. Six heures... et la moitié aurait déjà suffi pour faire disparaître le moindre des côtés petits-bourgeois de l’aînée de la lignée des Collonges. Brigitte Collonges, fille du Baron du même nom, toute sa tune ; les bonnes manières de son rang, les singularités de sa classe sociale et son envie de pisser comme tout le monde.&lt;br /&gt;-Putain, vous avez mis six heures !... Marrhhh c’te gogne oh... et t’as dû la tirer dans les échelles ou bien?&lt;br /&gt;-Elle a moinner tout du long... on a dû s’arrêter dix fois pour éssoustyer les marmottes et kwêdre les branches de rhododendrons toutes rassis de l’année dernière. Et puis j’ai dû lui expliquer un par un, tous les sommets depuis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;les arêtes déchiquetées des charmoz, les pentes effrayantes du glacier de la Thendra&lt;/span&gt;, jusqu’à la face nord des Jorasses. Elle voulait connaître où ça passait dans le bas du Linceul. T’imagines ! le Linceul... et pourquoi pas la Walker non plus ! Hein Johnny ! la Walker... Johnny Walker...&lt;br /&gt;- Ayooohhh... c’te marrée !&lt;br /&gt;-Allez, laisses y ! fait péter ta &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Kro&lt;/span&gt;, vinzou...&lt;br /&gt;Faut qu’j’te dise, c’te fille a lu tout un tas de vieilleries juste avant de venir faire sa belle à Cham. Et elle croyait que la yaute, ce serait comme dans un bouquin de Frison-Roche.&lt;br /&gt;« Sacré Frison... Quelle mordache c’lui-ci ! un sacré gy quand même... » fit le Johnny du couvercle en remettant une tournée de Cervoise sur le compte de la cliente qui sortait des toilettes.&lt;br /&gt;- et vous comptez aller haut d’main, les deux, ou bien ?&lt;br /&gt;-Les Courtes et Ravanel-Mummery si on traîne pas trop... Hein ma Brigitte !&lt;br /&gt;Zian avait attrapé la jeune femme par-dessus son épaule et secoua sa carcasse déconfite dans un geste empirique de réconfort viril.&lt;br /&gt;- Allah Akbar ! psalmodia le gardien bientôt lugé, son verre levé à l’intention du Moine et de toute la chaîne des Ecclésiastiques (1) qui trinquaient juste au-dessus de la cabane sacrément modernisée. Alors, tout d’bout à une heure, ça va bien aller. Fit encore le Johnny des Jorasses avant d’avaler toute sa mousse d’un seul coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- La chaîne ainsi désignée, se compose d’une succession de proéminences rocheuses baptisées dans l’ordre à partir du nord et de sa célèbre aiguille Verte : le Cardinal, l’Enfant de chœur, l’Évêque, la Nonne... pour se terminer par les 3412m de l’aiguille du Moine à son extrémité sud. Une forteresse de pierres érigée en forme de défense redoutable qui protégeait le glacier de Talèfre et son joli jardin planté dessus.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Ouh là !... lâcha la cliente, les yeux r’piqués dans la couleur mal rendue de son demi un peu chaud. Et Brigitte aurait préféré un grand bol de thé brûlant et puis des gâteaux secs pour se rabibocher en attendant le dîner.&lt;br /&gt;L’odeur... c’est ça ! une somme indéfinissable d’exhalaisons animales enfumaient la salle principale de l’établissement planté sous le paquet de pierres pieuses de l’aiguille du Moine. Un parfum d’écurie. Brigitte ne pue dès lors penser à autre chose qu’à cette odeur de transpiration humaine d’un tas de corps mélangés. À son envie de pisser, succédait maintenant une envie de gerber, décuplée par les effets de la différence de pression atmosphérique et la couleur déplorable de son demie. Les autres... un tas d’autres alpinistes, randonneurs, ou simples touristes... autour d’elle, parlaient, buvaient, toussaient, reniflaient, au moins cent. La jeune femme fit un effort de concentration pour fixer dans son esprit une image à laquelle elle pourrait se cramponner pour ne pas se répandre tout de suite au milieu d’un tas d’inconnus et sur les pompes son guide préféré. « Le jardin de Talèfre » juste en dessous du refuge... Brigitte, les yeux révulsés, bloqua sur l’idée d’un jardin merveilleux où ils auraient pu marcher ensemble, elle et son Zian, ses beaux yeux. Un jardin de pierres magnifique où ils auraient pu marcher et dormir ensemble seuls au monde. Un jardin secret où ils auraient pu s’embrasser des heures entières sans téléphone portable ni sauce américaine sur les lèvres... Un jardin et les jolis yeux de Zian dedans, suspendu très loin de la moiteur malodorante des gens. Un jardin accroché aux neiges éternelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’te soir... Omelette de tartiffles et gratin d’Diots à la polenta, une chtiote soupe à l’oignon et au Beaufort râpé pour commencer. La kefta de la yaute ! yes madame... le tajine du bassin de Talèfre et son potage au fromage de chez nous ! The best cooking than you will find anywhere in this area et dans tout le valais... In cha-a-lah ! (et que tous les bonzes de l’Himalaya puissent m’entendrent, seulement... aurait pu rajouter Johnny-cooking) Attention ! pas de raufe devant la marmite, y’en aura pour tous les gentlemen de ces messieurs et pour leurs dames aussi.&lt;br /&gt;Ça va la minçolette, ou bien ?... »&lt;br /&gt;Brigitte, claustrée sous les deux bras de Zian croisés sur ses p’tits seins, avait fini par rendre la Cervoise sur l’épicéa naturel de la grande table à manger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Elle » s’était enfin résolue à m’appeler ou plutôt, à bredouiller des lambeaux de phrases un peu vagues en langage SMS. Un message de la « mr »... pour dire que nous deux et un faîte aussi grave par-dessus, c’était un peu trop. « Toi » m’écrivait-elle... que j’avais porté au pinacle. Toi, ta montagne, ta hauteur, ton éperon ; ta terre entière... dure sous mes pieds nus torturés par les graincements du sable et les embruns qui m’inondent. « Elle » avais-je aussitôt répondu. Des corps en prêt, tout ce sex à la mer pour un amour plagié. « Elle » désinvolte, déshabillée... décor obscène, écœuré. Paysage de l’âme exhiB. (Où l’on aurait pu vérifier qu’il y avait toujours quelque chose d’un peu opaque dans la transparence des sentiments. Le côté Baudelairien du message d’amour en mode numérique). À cet instant, le type pense aux ombres des séracs, à la matière bleutée des photons montagnards qui prospéraient au crépuscule avant de suffoquer dans la lumière du jour. Le type pense à ses ondes lumineuses qui paniquent un peu dans la couleur d’un ciel aussi versatile. Alors voilà, ce jeudi-là du mois de mai juste après les résultats de l’élection présidentielle en France, le type, un type qui a pris des couleurs tragiques avec l’altitude de ses impressions, se trouve un peu seul avec son stylo vert et sa clope sous le nez des nouveaux touristes écolos, un verre de rosé pour arrêter de tousser. Un type un peu largué, sa chambre d’hôtel merdique comme on en trouve de tas à Chamonix derrière les façades clinquantes des palaces, une salade au « Sérac » avant d’aller se coucher ; un peu de pluie entre un café serré et son lit-wc-baignoire-télé câblée. Un type... qui spéculait sur une fille qui préférerait la montagne, une liaison trépidante sur les cimes, un paquet de lumière bleue dans le fond des crevasses et des jolis rais de lune dans les yeux d’un garçon qui désirait continuer de dormir sous les étoiles. « ça fait mé pi pas pi » répètent souvent les gens du Faucigny pour se rassurer d’un ciel variable dans les nuances de gris qui se déchirent au-dessus de leurs têtes. Un patois qui signifie: « On fera avec ! Tout n’est pas au mieux, mais il faut bien faire avec... » Mais je digresse... Un type, n’importe lequel, ses pensées amoureuses... un ciel pourri du mois de mai dans la vallée de Chamonix. Une digression. C’est ça ! vous penserez d’emblée à la digression d’un auteur paumé dans sa rédaction et qui pète un câble au milieu de l’action principale.&lt;br /&gt;« fais y donc ! tu nous meules avec tes histoires... » Une digression ? mais pas seulement ! Il serait aussi tellement facile de dire en forme de réponse toute faite : les sarabandes de l’esprit, les farandoles de l’âme... lorsque perchés à ces hauteurs considérables, suspendus aux lèvres des abîmes et d’un tas de gouffres affreux... le sentiment des étoiles vous submerge. « La montagne de l’âme » écrivait Gao Xingjian. Cette montagne-là, écorchée vive. Une montagne d’introspection, par opposition à une plaine de sens commun et facile d’emploi pour le cœur. Une montagne de raisons profondes, une montagne de larmes... et les cimes, les crêtes, clochers, clochetons, aiguilles, dômes et autres pinacles en étaient tout barbouillés depuis deux siècles au moins de la grande histoire des Alpes occidentales. Cette montagne-là, à l’image d’autres aspérités plus lointaines du monde sensible de l’Orient ou d’Asie, ne cessaient d’écrire les chapitres intérieurs de la tourmente humaine depuis l’aube de l’espèce. Une montagne cérébrale... et je regardais la cohorte de touristes se disputer les numéros des bennes pour gagner les premiers, le piton de l’Aiguille du midi. Un ticket à trente-sept euros l’aller-retour et par personne. Un ticket pour le paradis ou l’enfer... via les 3842m de la protubérance de pierres et d’acier, son snack, son croq’en bouche et sa cafétéria au choix variés de sandwichs chauds, salades et petits déjeuners complets ; ses plateformes panoramiques lancées sur le vide et son « sanctuaire de liberté ». De cette montagne invisible pour les yeux, de ces pierres qui gueulent le gel qui les assaillent la nuit pour les vomir le jour, de ces combats féroces livrés par quelques hommes dans les parois abruptes de leurs raison pure ; de cette bataille à la loyale entre les choses immuables de la nature et le temps précipité des gens... oui, de toute cette charge transparente qui fluidifie les sens au-dessus de trois mille mètres d’altitude... ces touristes-là à trente-sept euros de chiffre d’affaires par unité n’en sauront rien. Je repensais aux paroles de ce guide, Denis Ducroz : « Ces gens-là... » s'obstinait-il les sourcils circonflexés jusqu’au crâne « viennent consommer du Mont-blanc... » Et pour ces milliers candidats au voyage en ascenseurs vers les sommités éternelles, il n’était même pas question de ce Mont-blanc-là... juste une image, un ticket à 37 euros juste pour voir « la chose » d’un peu plus près, et pouvoir dire ensuite « Je l’ai vu ! » Oui, voilà « J’y étais, j’lai vu ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi 4 juin. Le Dauphiné libéré note : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Quatre sorties pour le PGHM. Deux alpinistes égarés dans le brouillard à la descente de la Tour ronde, un alpiniste ukrainien victime d’une ophtalmie sous le grand Rognon, un autre encore, perdu dans la face nord du Tacul&lt;/span&gt;... Ce jour... le procureur de Bonneville a fait procéder à l’interpellation par hélicoptère d’un artiste danois décidé à repeindre en rouge la calotte sommitale du Mont-blanc. Marco Evaristti (un plasticien déjà réputé pour avoir gribouillé sur un iceberg au large du Groenland en 2004) prétendait vouloir sensibiliser l’opinion publique sur la réduction à l’échelle de l’économie de marché, de quelques-uns des plus fabuleux joyaux naturels en péril sur la planète. De la belle ouvrage politico-médiatique façonnée à la peinture bio (une marmelade composée d’extraits de fruits rouges, à priori tout à fait inoffensive pour le milieu). Mais la tentative d’un « Mont-rouge » éphémère en lieu et place du Mont-blanc™ n’a pas vraiment convaincu les autorités locales. Un projet qualifié de « stupide » par Michel Charlet juste après avoir balancé aux flics le « profanateur » scandinave. En garde-à-vue, l’impie nordique et ses pinceaux aux fruits pour faire réagir les gens n’a pas pour autant laissé tomber son idée fixe de réussir un de ces jours à confiturer le fameux sommet. « Qu’il aille faire ses cochonneries ailleurs » a encore insisté la mairie, rappelant face à la presse que Le Mont-blanc... est un site classé en vertu de la loi (1) du 2 mai 1930 qui interdit &lt;span style="font-style: italic;"&gt;toute transformation de la nature, de son état ou de son apparence&lt;/span&gt;. Un site classé... Le moins que l’on pouvait faire pour protéger le précieux colosse de neige et sa montagne de bénéfices livrés avec ! Le Mont-blanc, un site classé... (comme plus de 2500 autres lieux censés présenter un caractère d’intérêt pour le patrimoine français comme l’Abbaye d’Ardenne, les murs à pêches de Montreuil, le clos de la Chaînette à Auxerre, le lac de Lamoura, l’allée de buis du presbytère de la commune de Ste-Lumine de Coutais ou la motte de Vesoul et ses 375m de hauteur pittoresque...) une protection « minimum » pour le massif du Mont-blanc™... et rappelez-moi que je vous en cause quand on se connaîtra mieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Un site classé est un site de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque, dont la préservation ou la conservation présentent un intérêt général. Toute modification de l'état des lieux est soumise à l'autorisation spéciale du ministre chargé de l'environnement, après avis de la commission départementale des sites et, si le ministre le juge utile, de la commission supérieure des sites. Pour les travaux de moindre importance énumérés par le décret du 15/12/1998, l'autorisation est du ressort du préfet de département.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le fait de détruire, mutiler ou dégrader un monument naturel ou un site inscrit ou classé est puni des peines prévues à l'article 322-2 du code pénal, sans préjudice de tous dommages-intérêts. Article L341-20 du code de l’environnement.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Mardi 5... 21h30 - Temps de merde. Les bières pleurent au Bar des sports. Le patron a fait un break avant d’ouvrir la comptabilité de l’été, Bob Marley en profite, à fond la caisse sur les cubes Bose™ accrochés au plafond. Un verre, un coup de blues sans les tubes préférés du boss... une vraie nuit de merde... et le type pensait : On projette dans le présent un passé idéalisé... Bon, oui, et alors ! De quel passé parlions-nous déjà ? « Elle » une certaine Héloïse et qu’on appelait plutôt Julie. De quoi parlions-nous ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zian fait la gueule, Zian tire une gueule de cent pieds de long à cause de Brigitte qui se lève pas ! Ceux de « la Verte » et d’autres en route pour « les Droites »... ont déjà pris le large depuis trois bonnes heures alors qu’un peu de rouge pointe trop tôt sa couleur pourpre sur la dentelle des Courtes. Zian et sa mine des mauvais jours. Zian, à deux doigts de boeller, prêt à jeter l’éponge maintenant ! prêt à planter-là sa Brigitte de cliente un peu chiante, sa peur du vide, ses problèmes d’odeurs et le reste de ses états d’âme à propos de tout un tas de types « un peu louches » qui avaient passé la nuit à côté d’elle d’un peu trop près. (Le minimum - pensa Zian - auquel un alpiniste doit devoir faire face avant d’espérer se lever du bon pied pour attaquer un sommet avec la forme des grands jours). Le refuge du couvercle et ses cent cinquante places couchées pour près de deux cent nuitées payantes cette nuit-là. Il y a des jours... et puis quelquefois des nuits comme ça...&lt;br /&gt;« T’aurais quand même pu me prévenir ! on aurait pu se payer une chambre au formule 1 juste avant, l’histoire de ne pas être trop dépaysé... » Brigitte venait d’entrer dans la grande salle commune où Zian terminait d’avaler son troisième bol de café au lait. Les premières lumières d’est commençaient d’iriser les brocs en inox alignés sur les tables, des reflets d’or enluminaient par réfraction les yeux collés de la jeune alpiniste bougonne et mal réveillée. Cette odeur... la fragrance détestable de la veille tenait encore bon l’oxygène raréfié où Brigitte tentait d’inhaler un peu d’air respirable, des relents insupportables de vapeurs humaines, rendus plus délétères encore à cause de la température tièdasse de la nuit au-dessus des glaciers qui fondaient. « Un éther pourri ! » aurait dit les gens de la renaissance. Oui, un été vraiment pourri...&lt;br /&gt;« T’as encore envie de gerber... » Zian s’acquitta comme il se dut, d’un devoir de mâle exacerbé par sa fonction de meneur de cordée. « Celui qui va devant » disait-on naguère, présuppose cette noblesse, cette grandeur d’âme dévouée qui sait honorer ses dames de compagnie, leur ouvrir la porte des refuges comme celles des palaces où elles crèchent, monter les escaliers derrière elles et les redescendre assez vite devant pour avoir le temps de leur servir un café encore chaud. Zian, sa gueule des mauvais jours... mais qui tenait à sa réputation.&lt;br /&gt;Brigitte but son bol à deux mains pour capter toute la chaleur du breuvage sur ses doigts, engloutit deux morceaux de pain, puis deux autres encore tartinés d’une épaisse couche de gelée de myrtilles sur presque la moitié d’une motte de beurre, rajouta bien trop sucre dans une deuxième tournée d’arabica plein de flotte, et ingéra la confiserie écoeurante avec le gras et les miettes qui flottaient d’dans. La jeune femme s’enquérit encore auprès du Johnny des « hauts-fourneaux » et son patois du Couvercle, pour savoir s’il fut possible qu’on lui servit son rab de saucisses, le gratin « peut-être un peu lourd ! » qu’elle avait rendu au service du soir après son demi. Poliment, Zian attendit sans un mot que sa cliente termine gentiment de s’essuyer les lèvres pour entreprendre la demoiselle à propos de ce qu’il considérait maintenant comme urgent qu’elle se pressa le bouton (ou, pour paraître plus convenant... que la dame comprenne que celle-ci dut se manier le cul en plus de ses jolis petites fesses, et de toutes les pointes de ses crampons avec !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par chance de l’orientation de la grande pente sud qui défendait le col de la tour des Courtes, un gel relatif poursuivait sa lutte en l’emportant d’un cheveu sur le soleil levant. Ce fut à dire que Zian n’y alla pas de main morte les heures qui suivirent, pour tenter de rattraper le précieux temps perdu au refuge. La pente, glacée... permit une ascension franche et sans risque particulier. Le guide, en tête, tirait la gamine autant que celle-ci n’eut pas à trop se plaindre de la cadence un peu sèche et des coups de bouts transmis sur la corde.. « A hue !... » répétait le guide à chaque pas. « A dia... » rétorquait Brigitte, sensible aux équilibres rythmiques des sonates de Bach et des séances de baise dont elle avait pris l’habitude de synchroniser ses manières grâce à une collection vidéo chapardée en douce à son père. « A hue... A dia... A hue... » la cordée se hissait dans l’inclinaison avec une persévérance doublé d’un style remarquable. À chaque pas la même tactique « A hue... » le piolet bien planté dans un mouvement parallèle à celui du corps qui s’élève à l’aplomb du sommet. « A dia... » un coup net du pied gauche auquel le pied droit répond en mordant la glace à son tour d’un geste incisif et spontané... « A hue... A dia... » Derrière eux, les pointes de leurs crampons dessinaient la géométrie parfaite d’une belle ligne de Z aux grandes branches bien équilibrées. Et plus le vide se creusait sous leurs pieds, plus ces deux-là semblaient s’entendre comme le meilleur des vieux couples bien assortis. De sorte qu’à la monotonie qui caractérise habituellement ces périples glaciaires et sans obstacles particuliers, la nature, ce matin-là, avait semblé vouloir riposter par un concert de mille substances galvanisées du corps et de l’esprit lorsqu’il arrive quelquefois mais fort rarement que celles-ci soient réunies à la perfection. Oui mille matières en totale fusion précipitées dans l’abîme... parurent ce matin-là, s’approprier les droits du plus grand, du plus beau... du plus merveilleux des spectacles du monde. (Où l’on répétera encore et jamais suffisamment, que les glaciers réchauffés rejettent pas mal de choses... mais ce jour-là, ce matin des premiers jours d’avril à quelques encablures du sommet du Mont-blanc, cette fin de nuit à quelques minutes du jour et de milliards de milliards de particules de lumière bleue qui expireraient dans l’air pur des montagnes ensoleillées du Valais, de la Savoie et puis du valdôtain pour n’oublier personne... oui, ce jour-là, ce glacier-là de Talèfre et sa pente des Courtes un peu chiante juste au-dessus quand il faut tout de même la remonter alors qu’on y voit encore qu’un peu de noir sous la lune... s’étaient dit « qu’après tout ! un si gentil montagnard et une gosse aussi belle comme Brigitte qui lui courait après... ça ne se voyait quand même pas tous les jours ! » et qu’ils pouvaient bien faire un effort pour conserver un semblant d’amour propre au lieu de dégueulasser encore une fois toute la neige à cause d’un tas de cailloux qui leur seraient tombé d’ssus « par hasard ! » ou une saleté de crevasse un peu large qui aurait privé le lecteur d’une chute un peu moins mal préparée).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pensais à Rousseau, oui ! juste à ce moment-là, le type pense à Jean-Jacques Rousseau ; à cette « Julie » de « nouvelle Héloïse » de J.J. Rousseau empêtrée dans son histoire d’amour avec Saint Preux, son obligation de vertu sous la plume d’un écrivain romantique (ou presque) qui lui fend carrément le cœur. Saint Preux, rapidement condamné à l’exil par égard du bouton chaste de sa dame de cœur qui l'exhorte à fréquenter les monts affreux du valais et ce, pour prendre un peu de recul sur leur relation amoureuse. Saint Preux qui rongeait son frein par-delà les précipices et les profondeurs insondables de la grande Alpe. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;J’étais parti&lt;/span&gt;, écrit Saint Preux Lettre XXIII À JULIE &lt;span style="font-style: italic;"&gt;triste de mes peines et consolée de votre joie ; ce qui me tenait dans un certain état de langueur qui n’est pas sans charme pour un cœur sensible. Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme que j’avais pris pour être mon guide, et dans lequel durant toute la route j’ai trouvé plutôt un ami qu’un mercenaire. Je voulais rêver, et j’en étais toujours détourné par quelques spectacles inattendus. Tantôt d’immenses roches pendaient en ruine au-dessus de ma tête, tantôt de hautes et bruyantes cascades m’inondaient de leur épais brouillard, tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n’osaient sonder la profondeur, quelquefois je me perdais dans l’obscurité d’un bois touffu.../... un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes où l’on eût cru qu’ils n’avaient jamais pénétré.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Julie ou la nouvelle Héloïse – Jean-Jacques Rousseau.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Oh Zian, tu rêves ?... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le chamoniard se tenait droit, debout sur le fil de neige ténu qui constituait le point de jonction de deux nuances de couleurs complémentaires dans leurs valeurs de saturation maximales. Un bleu outremer duquel la cordée venait de se débarrasser en un peu moins d’une heure et tout en pointes avant. Et un jaune généreux, acidulé dans un degré de rouge... qui voilait les graves contrastes des faces nord les plus raides du bassin d’Argentières sous leurs pieds. Un vide considérable de près de 800m. « Ouh là !... » fit encore Brigitte toute verte, déboulant à son tour au sommet du col escarpé.&lt;br /&gt;Zian toujours prostré, n’avait même pas pris la peine de ravaler la corde qui retenait sa Brigitte de cliente, les yeux vagues au bord du ravin avec sa couleur verdâtre qui coulait d’dans. Cinq mètres d’anneaux 9mm Joker/Beal™ posés en vrac au lieu d’être bien ajustés (une attache solide comme il eut été convenable que ce lien fût serré de manière indéfectible entre un guide et son client qui paye quand même assez cher pour ça, merde ! pardonnez-moi l’expression). Zian, le regard planté droit devant lui quelque part plein Est au-dessus du Dolent et une boule de braise incandescente qui le submergeait complètement. Zian, un solide gaillard et ses mains calleuses comme il se doit qu’il les eut dans quelques romans d’aventures un peu simples de la grande tradition littéraire alpine. Une baraque en granit incassable, ses yeux bleus pour plaire aux lectrices... une paire d’yeux perçants pour repérer de loin les mille dangers embusqués sous l’apparente blancheur immaculée de la neige éternelle ; son côté transparent (et je repensais... Il se trouve toujours quelque chose d’opaque dans la transparence...) Zian, un sacré bon p’tit gars bien bâti et gentil comme tout. Zian, son côté rustique, un paysan rompu à la coupe des foins mûrs de juillet, l’oreille habituée aux sonnailles des étables, aux vaches qui meuglaient derrière la cuche tout l’hiver, leur odeur de chiottes incommodante pour une jeune citadine comme Brigitte. Zian, bouleversé face au soleil qui s’était levé trop tôt ce jour-là, condamné à accélérer la cadence, quitte à épuiser sa cliente avant la fin. Zian, un peu les boules d’avoir à porter un nom pareil sur les montagnes et surtout sur sa planche de skate quand il avait décidé de frimer devant les touristes avec ses potes des Praz. Zian... et il eut vraiment préféré qu’on l’appela Scott, Jimmy, Clyde ou même seulement « Mathieu ». Mathieu, seulement ! Les autre des Praz et d’ailleurs l’auraient surnommé « Mate » Mate seulement.... Comme « Shouffe » en arabe. « Shouffe la gazelle ! » qu’les autres auraient dit pour s’marer quand ils croisaient des filles en ville. Des parisiennes, des lyonnaises ou des genevoises... un tas de petites anglaises alcooliques et des yougoslaves aussi ; des polonaises, des slovaques ou des ukrainiennes... (Il se trouvait même des iraniennes, quelques yéménites et des saoudiennes auxquelles jamais personne n’aurait songer qu’elles purent un jour se voiler la face jusque sous la chaîne du Mont-blanc !) toute un flambée de gisquettes d’importation qui cherchaient à s’amuser pendant leurs vacances au lieu de vouloir se marier tout de suite comme Brigitte Collonges qui allait faire quand même une belle connerie dans les bras de son paysan savoyard un peu rustre malgré ses yeux bleus. « Mate »... et son nom en aurait jeté quand même d’avantage sur son site Internet de guide indépendant. « Mate un peu la belle course que je te propose de faire avec moi et un bon de réduction de vingt pour cent si tu cliques deux courses à la fois dans le même panier ». www.matelamontagneavecmoipourpascher.fr et une liste de course à cliquer d’ssus facilement. mate.l’arête.des.cosmiques ; mate.la.contamine.grisole et sa descente par la voie normale du Tacul pleine à craquer de gens qui continuent de se grimper d’ssus à n’importe qu’elle heure du jour et de la nuit, son sérac un peu chaud et tout ce qu’il emporte avec lui dans le repos des belles neiges éternelles. mate.la traversée des arêtes de Rochefort un peu lointaines pour les clients trop pressés d’aujourd’hui. mate... Les Drus et sa célèbre face ouest, son pilier Bonatti disparu sous l’effet de plusieurs éboulements consécutifs dû certes ! à un processus morphodynamique compréhensible du point de vue de la vigueur tectonique, mais aussi peut-être à un certain réchauffement de la planète. Mate le Mont-blanc et ses beaux itinéraires classiques transformés en échangeurs autoroutiers, un tas d’étrangers qui pissent dessus et qui ne prennent même pas la peine de redescendre leurs poubelles ; leur piolet en plastique pétés en route (et ceux-là auraient au moins dut faire l’effort d’aller faire un tour chez Snell pour s’acheter une vraie pioche comme il faut avec une bonne marque™ collée sur le manche !) Mate-moi tout ce bordel au pied des téléphériques les jours d’affluence, les parkings bondés et les tonnes de ferraille toute neuve sur les pistes malgré tout le boulot des associations qui continuent de se battre pour protéger la nature des gens comme il faut. Mate... ses 250 000 visiteurs par jour l’été, entassés dans les rues de « la capitale mondiale de l’alpinisme » pour essayer de voir les grimpeurs se casser la gueule et leur râler d’ssus juste après, parc’qu’après tout ! c’est bien avec leur pognon qu’on est obligé d’aller redescendre ces gens là, inconscients, inutiles... et qui feraient mieux d’aller bosser comme tout le monde, payer leurs impôts, cotiser à la sécu et se payer une bonne mutuelle pour compenser tout ce qu’on ne rembourserait bientôt plus automatiquement comme une descente en hélico vers l’hôpital de Chamonix et son service de chirurgie déménagé sur Sallanches suite à la fusion des deux unités hospitalières réalisée dans le cadre du projet général de santé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Zian !... hey Zian... ça ne va pas ? » Brigitte secouait la carrure paralysée de son guide depuis deux bonnes minutes. « T’inquiètes seulement ! » répondit Zian Mappaz, comme extrait d’un seul coup d’un monde d’écrans plats superwide superposés en pixels de couleurs hallucinantes qui dévoraient le bassin d’Argentière. « Je crois que j’ai du avoir un spam, c’est tout ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En face La terrasse, le grand café rose terra cotta plein d’anglais à craquer au bord de l’Arve, les deux gars en bronze, verts de rage d’être encore vissés dans leur pierre légendaire sans pouvoir bouger avec tout le mauvais temps qui leur est déjà passé dessus, sont emperlés d’un grain qui dure depuis le début de la journée. Vendredi 15 juin... deux jours seulement avant le deuxième tour des législatives et une fameuse « vague bleue » annoncée dans l’ensemble de la presse française (comme elle a l’habitude de tout annoncer à tout le monde, sûre d’elle-même et d’un tas de sondages foireux qui font les gros titres). À Chamonix, tout est « plié » depuis le premier tour. Le député sortant de la troisième circonscription, Martial Saddier (1), a mis tout le monde d’accord avec près de cinquante-six pour cent des voix. Loin, très loin derrière lui, Jean-Marc Peillex, « le preux », a dû rendre les armes avec moins de 9,5% des suffrages exprimés. Les temps changeaient... me lassais-je tout de même de me répéter, comme le Mainate, le grand mainate religieux de la jungle de Bornéo ou de l’île Java (Gracula religiosa), qui s’égosille derrière ses barreaux à imiter les gens pour trois bouts de figue mûries dans les réserves d’un supermarché ; querelleur, sale et bruyant comme l’étourneau. Oui ! un passereau qui la ramène tout le temps au contraire du Choucas, qui préfère rêvasser peinard le long des parois et jouer les éboueurs sous les sommets derrière les touristes sans en faire une montagne... (un Chocard à bec jaune Pyrrhocorax graculus pour être précis... mais les gens préféraient continuer d’appeler ces oiseaux-là comme ça leur plaisait ! comme ils se plaisent souvent à penser ce qu’ils veulent ou ce qui les arrangent surtout ! Où l’on peut encore vérifier que les mythes ont la vie dure, le folklore comme les fables et autres inventions qui plaisent aux touristes à l’instar des électeurs ou de la clientèle des journaux qui font l’opinion).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Martial Saddier, chiraquien. Technicien agricole, spécialisé dans la culture des pommes... Membre du conseil municipal de Bonneville et secrétaire général de l’association nationale des élus de montagne.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref ! un mainate qui parlait fort, bien gavé derrière les barreaux de sa cage, et toute dorée qu’elle fût... se trouva tout de même bel et bien plus con qu’un Chocard des montagnes libre comme l’air, qui continuait de ne point trop en faire et néanmoins parfaitement rassasié sans avoir à flatter personne...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où le type... bien calé au fond d’un bistrot anglais à cause de la pluie, ne fait là que s’amuser d’une digression ornithologique à partir d’un petit mot de William Shakespeare : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le corbeau critique la noirceur&lt;/span&gt;... écrivait l’auteur du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Roi Lear&lt;/span&gt;, ou dans un français correct : Mieux vaut être méprisé et le savoir qu’être méprisé et s’entendre flatter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les temps changeaient... (le FN tombé à 6% sur la circonscription du Mont-blanc tout au profit d’une nouvelle droite bien décidée à faire tout le sale boulot à sa place) comme les glaciers continuaient de fondre malgré tout ceux qui essayaient de dire le contraire, et les bonnes vieilles idées de Jaurès continuaient de se dissoudre aussi dans les temps déréglés de ce début de troisième millénaire un peu trop chaud. Jaurès, qui ne savaient plus sur quel pied danser entre la gauche socialiste qui perdait la mémoire et une droite sarkozyste qui s’en était acheté une toute neuve pour plaire à tout le monde. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La république&lt;/span&gt;, avait dit Jaurès &lt;span style="font-style: italic;"&gt;c’est le droit de tout homme quelle que soit sa croyance religieuse, a avoir sa part de souveraineté&lt;/span&gt;. Un message entendu fort et clair sur les hauteurs catholiques et libérales du Faucigny, plutôt réputées pour ne pas se laisser emmerder par un tas de jacobins écolos qui tenteraient de leur clouer le bec quant à leur « libre » façon de penser, de construire des hôtels un peu chers et des équipements de ski un peu moches à côté des réserves naturelles et des espaces protégés... Oui, en Faucigny, et peut-être plus qu’ailleurs... le héro de l’affaire Dreyfus, celui des grandes grèves de Carmaux, le fondateur de l’Huma, l’auteur érudit de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La réalité du monde sensible&lt;/span&gt; ; Jaurès... le pacifiste, l’homme de gauche, mais indépendant... aurait pu taper dans l’œil d’un jeune électeur comme le p’tit Zian des Praz, guide de haute montagne, skater à ses heures, qui ne dénigrait pas la fondue, mais préférait bouffer avec ses potes chez MacDo. Un Jaurès de gauche... dévoré par une droite « progressiste », comme tout le monde aujourd’hui se réclame contre toutes les formes de conservatismes susceptibles d’empêcher la récupération de tout ce qui fond... au pied des glaciers comme dans la mémoire défaillante des milieux politiques. Zian (mais qui eut préféré qu’on le baptisa « Mathieu », « Mate seulement » pour ses potes). « Mate » prince des guides d’une littérature un peu vieillotte, se souvint d’un Jaurès de son histoire scolaire comme il se souvenait très bien de plusieurs stations du métro parisien lorsqu’il avait tenté sa chance dans le commerce de planches de skate board peintes à la main. (Et je vous vois déjà venir... qui eussiez préféré la thèse d’un Zian bien planté dans sa terre natale et tout dévoué à sa belle profession de montagnard, un tableau idyllique inspiré de la sociologie sentimentale des contes naturelles d’Albrecht Von Haller (1), ou d’un monsieur Rousseau qui avait un peu pompé sur le grand docteur suisse pour monter le décor lénifiant de sa belle &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Julie&lt;/span&gt;. Oui, de ces deux précurseurs d’un pittoresque alpestre bouffi de superlatifs et d’une foule d’écrivains français qui n’y avaient pas non plus été de main morte comme Nodier, Balzac, Hugo, Musset ou Flaubert... excusez du peu ! Des écrivains français et puis des anglais comme Byron, Ruskin et Shelley... tous équipés du même style « romantique » ampoulé, et je ne parle pas des allemands !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Considéré comme un « Génie universel » du XVIIIe siècle, né à Berne, devenu célèbre après la diffusion de son poème &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Die Alpen&lt;/span&gt;, une œuvre qui consacra le stéréotype du bon montagnard protégé des bassesses matérialistes du monde citadin par la rudesse et les beautés audacieuses de son décor naturel. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Toutes les peines sont légères où règne la liberté, les rochers y portent des fleurs, et Borée y adoucit son souffle impétueux. Heureux qui est privé de ces avantages dangereux ! Les richesses n’ont aucun bien qui égale votre indigence. Chez vous, l’union habite dans les âmes pacifiques, parce que la vanité séduisante n’y sème jamais des pommes de discorde. Ici, le plaisir n’est accompagné d’aucune crainte inquiète, on aime la vie sans haïr la mort.&lt;/span&gt; A. V. Haller 1752.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tu voulais devenir peintre !... » Brigitte regardait Zian lover la corde en anneaux bien serrés autour de son coude. C’est-à-dire que Zian aima la peinture depuis qu’il était gosse ; la peinture et puis la poésie aussi, des trucs de William Blake surtout et puis Joyce... mais il n’avait jamais osé le dire à personne. « Tu as déjà lu Ulysse ? » Brigitte au bord de l’hypoglycémie, n’avait pas répondu tout de suite. Oui ! Zian, le pt’it gars des Praz, un grimpeur exceptionnel à en croire tous ses potes, le plus doué de sa promotion de guide... se serait plutôt vu peintre comme Rauschenberg, cracheur de vers comme Rimbaud, empaqueteur d’immeubles comme Christo ou tireurs de bandes de 8,7cm de large comme Daniel Buren. Zian, un p’tit gars doué pour tout, mais qu’les autres préféraient voir comme un bon p’tit savoyard, son métier de guide et sa culture limitée au décor du Faucigny pour finir de vernir le beau tableau comme on en vend partout dans les galeries d’art régionales pour faire plaisir aux touristes. Des chalets d’alpages sous la neige ou des couchers de soleil dans les champs de blé. Un tas de vaches bien rangées, des paysans courbés par l’effort et les mille peines du laboureur ridées sur son front ; l’amour d’un décor qui l’a vu naître au fond d’une paire d’yeux levés au ciel pour remercier dieu quand même de l’avoir si bien doté et de finir un jour accroché dans un cadre Ikea sur le mur d’un salon rustique vraiment moche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ouh là... Bein comment y nous cause lui ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et je pensais à Chateaubriand. Juste à ce moment-là un peu aigri de ma réflexion suspendue aux idées arrêtées d’un paquet d’amateurs d’art de décoration qui préféraient les vaches un peu cloches aux belles gens créatives de leur temps. Oui, juste à cet instant précis, le type pense à François-René de Chateaubriand, à sa manière à lui, d’avoir dépeint les peines et les beautés des gens encastrées entre les parois austères du pays des monts si chers à ce monsieur Rousseau qu’il détesta plutôt. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le savoyard&lt;/span&gt; écrivait le vicomte &lt;span style="font-style: italic;"&gt;appelle la plaine « le bon pays » et ne prétend pas que des rochers arrosés de ses sueurs, sans être plus fertile, soient ce qu’il y a de meilleur dans les distributions de la providence. S’il est très attaché à sa montagne, cela tient aux relations merveilleuses que dieu a établies entre nos peines, l’objet qui les cause et les lieux où nous les avons éprouvées : cela tient aux souvenirs de l’enfance, aux premiers sentiments du cœur, aux douceurs et même aux rigueurs de la maison paternelle&lt;/span&gt;. Et je m’étais à nouveau plongé dans les mémoires d’outre-tombe de l’homme politique autant que l’écrivain LIVRE DIX-SEPTIEME, CHAP.3 &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Madame de Staël visita le lendemain madame de Chateaubriand à Genève et nous partîmes pour Chamouny. Mon opinion sur les paysages des montagnes fit dire que je cherchais à ma singulariser ; il n’en était rien.../... Il n’y a qu’une seule circonstance où il soit vrai que les montagnes inspirent l’oubli des troubles de la terre : c’est lorsqu’on se retire loin du monde pour se consacrer à la religion. Un anachorète qui se dévoue au service de l’humanité, un saint qui veut méditer les grandeurs de Dieu en silence, peuvent trouver la paix et la joie sur des roches désertes ; mais ce n’est point alors la tranquillité des lieux qui passe dans l’âme de ces solitaires, c’est au contraire leur âme qui répand sa sérénité dans la région des orages.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi 15 juin 2007. Quatre-vingt-mille-six-cent-dix-neuvième jour de détention pour Jacques Balmat dit : Mont-blanc (tout embronzé malgré la pluie, la grêle, la neige et tout ce qu’il lui tombe quelquefois dessus en même temps). Jacques Balmat, prisonnier de son image de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Conquérant de l’inutile&lt;/span&gt;. Une image reproduite à des millions d’exemplaires sur les clichés des touristes, les cartes postales, les sets de table ou les plaquettes publicitaires malgré la fraude avérée, malgré le certificat irréfutable signé par les deux principaux témoins dignes de foi de la première ascension qui prouverait s’il en était encore besoin, la diablerie historique colportée par un tas de gens comme il faut comme Bourrit, Saussure ou Dumas, sans omettre de citer le vénérable Charles Durier responsable du CAF et rapporteur en 1877 d’une saga du Mont-blanc couronnée par l’académie française, mais toute empreinte de la même sottise. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Inutile&lt;/span&gt;... à part de considérer le paquet de dollars, de yen, de francs suisse, de livre sterling ou d’euros que ce gars-là continue de faire fructifier à son insu et grâce à son pote docteur oublié de la statue d’à côté qui l’avait aussi bien aidé. Inutile... autant que mon téléphone portable qui ne sonne plus depuis des jours. Inutile, comme « Juliette-Bravo-Lima », l’Alouette III de 1972 qui vient de rejoindre le musée aéronautique du Bourget après trente-deux ans de secours en montagne dans le massif du Mont-blanc et le chiffre de 16083 personnes sauvées grâce à l’adresse des équipages du PGHM récemment dotés d’un EC 145 Eurocopter™ dernier cri. Un bourdonnement incessant dans le ciel chamoniard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Stop !… » hurla Zian à sa délicieuse cliente en passe de faire un saut de l’ange dans l’immense vide de la face nord des Courtes. « T’as huit cent mètres de gaz sous tes pieds ma p’tite ! Un pas de plus et tu déballes &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la voie des suisses&lt;/span&gt; toute d’bout avec la corniche... » La clientèle, fripée de peur, n’osa plus faire un geste... accablée par la perspective de battre un record de vitesse de descente sur l’horrible toboggan verglacé qu’elle devina d’un coup sous ses semelles rigides. D’un geste franc, rapide ; le guide rappela le corps tout dur de Brigitte jusqu’à lui. Les seins collés contre la poitrine de son « auteur préféré » (comme on devina aisément qu’il fut déjà le chouchou de la demoiselle pour la profession qu’on lui connaissait mieux jusque-là) ; les yeux dans les yeux, la gosse déglutit un « Zian... » de roman de gare plein d’amour et de reconnaissance éternelle à l’adresse de celui qui venait de la tirer in extremis d’un si mauvais pas. « Brigitte ! » répondit langoureusement le chamoniard avant de l’embrasser sur la bouche de toutes sa force virile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Mate-moi ce vent d’Est ma Brigitte. Écoute le ronflement de la bise dans les couloirs de feu. Sens la chaleur encore insignifiante de l’aube te monter doucement dans les yeux. Mate-moi cette putain de montagne de sentiments, ces nuées déchirées d’âmes rebelles qui galopent au fond du ciel. Mate-moi ces brumes en lambeaux, leurs corps perdus dans l’aurore, ces citadelles d’abîmes, leurs flèches écorchées vives... et ce serait pas plus beau que la mer ça ?!... Ce serait pas plus merveilleux qu’un banc de sable empli de parasols et qui pue l’ambre solaire ?... » Zian s’était mis à pleurer comme un enfant.&lt;br /&gt;« Je t’m... » avait chuchoté Brigitte en rapprochant ses lèvres du visage complètement cramé de sa baraque de coureur des cimes pour le consoler d’un sentiment qu’elle ne comprenait pas vraiment. Julie... Sa Julie disparue en quelque abîme méditerranéen depuis le début du mois d’avril. Julie, le beau teint de sa couleur mate d’origine du nord de la France du côté de Laon, et un bronzage de plus de soixante jours par-dessus qui la rendait plus désirable encore auprès d’un tas de types qui la dévoraient des yeux. Son « Héloïse de Julie de son cœur dévoué et tout acquis à la cause de son grand édifice philosophique. Julie... son cœur de cible, une flèche empoisonnée plantée au milieu. Zian enfonça le manche de son piolet Charlet™ jusqu’à la garde et planta sèchement les douze pointes de ses crampons petzl™ Sarken Leverlock dans la direction du sommet. « Allez... A hue seulement ! » prenant d’un seul coup plus d’un mètre de dénivelé. « A dia... » riposta la cliente qui continuait de ne rien y comprendre. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;De là : suivre l’arête faîtière neigeuse jusqu’au sommet (3856m) ; si au-delà de l’épaule (3841m), le fil de l’arête est aigu ou corniché, on peut se tenir juste en contrebas sur un rebord rocheux du versant Talèfre (1h à 1h30). Itinéraire classé PD. 5h à 5h30 depuis le refuge jusqu’au sommet.&lt;/span&gt; &lt;span style="font-style: italic;font-size:85%;"&gt;Extrait de la nouvelle édition du guide Vallot « Sélection d’itinéraires » Tom II. Tous droits réservés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi 30 juin, 24°. Premier week-end des soldes. Les travaux de réfection de la place Balmat sont terminés depuis quelques jours seulement. Juste à temps pour accueillir la première vague de vacanciers sur une dalle éblouissante de roches métamorphiques taillée à la disqueuse électrique, un gneiss plein de mica, de plagioclase et de quartz étincelant sous les pompes des touristes. Un revêtement antidérapant adapté aux semelles à clous, aux sabots en caoutchouc, aux Doc martens, aux tongs, aux Armani... aux Stan Smith, aux Reebok, aux Nike, aux Salomon modèle trail XA Pro 3D, aux Timberland, aux Etnies, aux Converse, aux Birkenstock (indémodable !) aux surbottes himalayennes (compter plus de cinq cent euros pour un modèle testé à –60°) même chose pour une paire de mocassins Chanel vendue dans la boutique juste en face du magasin de matériel de montagne le mieux achalandé des Alpes. Un beau sol bien fait pour faire ressortir les chaussures à la mode des clients et les pattes de leurs chiens. Des gens qui marchent comme partout, mais pas « seulement ! » Des gens qui promènent leurs pompes pour gonfler leurs chiens, leurs bobs informes, leurs casquettes bien vissés sur leurs cerveaux, leurs paires de lunettes de soleil aux montures largement agrandies cette année dans toutes les marques, leurs jeans remontés (fini le slim, obsolète les tailles basses... cet été, on achète cinq taille trop grandes et on remonte le tout très au-dessus du nombril.) Des gens qui trimballent leurs sapes avec des étiquettes voyantes au milieu. Des gens... toutes sortes de gens avec des chemises à fleurs et une laine polaire par-dessus au cas où ! une grosse montre jaune au poignet qui fait fonction de baromètre et qui donne l’heure aussi, un truc énorme en plastique un peu lourd au bout du bras, un mode GPS intégré pour retrouver sa route entre le bistrot des Sports et le parking de l’hôtel Richemond. Des gens... un tas de mecs qui promènent leurs montres pour donner l’heure aux dames qui promènent leurs kleps. Des dames un peu classes qui se font chier, les déjections de leurs chiens, tout ce qu’elles oublient de ramasser dans leur robe bien trop chique pour çà ! Des gens... une garde-robe hétéroclite qui fait prendre l’air à tout un tas de gens selon la bonne vieille méthode des voyages à l’anglaise. Des gens... l’oreille collée à leur téléphone portable... « Ayyo, c’est ouame... on est arrivé à Chamoni-x Ouais, y fait carrément beau... mais y disent que ça va pas durer ! Le Mont-blanc ?!... ouais... mais on l’calcule mal là, y’a une grue qu’est juste téplan d’vant d’où j’te parle... Ouais ! y’a plein de meufs aussi... genre taspé, des gadjis plein d’artiche. Ouais... et puis un tas d’english genre hralouf, des bâtards qui carburent à la Fisher de partout... Ouais, mais t’es ouf toi, on est pas v’nu pour la stonb ! Attends, laisses tomber, dégage là, t’es chelou gy ! » Un autre : « C’est moi... Je suis à Cham. Non, on n’a pas réussi à trouver de place en ville pour garer la BM, du coup, on a dû porter tous les sacs jusqu’à l’hôtel... Non ! le parking était plein de caravanes, des types qui vivent là à l’année. » Un autre : « ...J’suis à Chamo. Ouais, c’est cool !... Non, on a apporté les skis, mais ils disent que pour faire une « vallée » c’est plus l’époque, que c’est plein de cailloux au pied de la piste... on va manger des frites au lac Blanc et puis essayer de faire du canyoning ou du raft. Il paraît que le type qui organise l’activité a déjà descendu l’Everest à la nage (1)... ouais c’est cool ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- André Peyraud, « repreneur » français de l’invention de la nage en eaux vives. La discipline consiste à contrôler sa descente un peu rapide dans une rivière en pente, équipé d’une paire de palmes et une combinaison en caoutchouc renforcée.&lt;br /&gt;André Peyraud... comment vous dire ?! Un type... la quintessence de ces « nouveaux aventuriers » à la mode au milieu des années quatre-vingt, promus vedettes de télévision par la force de ce que tout le petit écran s’évertuait à trouver d’un peu nouveau pour remplir ses cases vides entourées de publicités. André Peyraud et sa combinaison de plongée, avait d’abord fait parlé de lui en glissant sur le ventre sur toute la longueur du glacier d’Argentières. Sacré Dédé ! Un athlète d’un mètre cinquante, qui rêvait de devenir un héro comme Herzog mais qui ne savait pas vraiment grimper non plus. Un peu casse cou, le type avait quitté son emploi de commercial dans la moquette et les revêtements de sol en général pour surfer sur la nouvelle vague de l’exploit sportif en tout genre. « Le yeti en caoutchouc » comme l’avaient surnommé les sherpas au Népal. Car le type s’était mis dans la tête de descendre la rivière la plus haute du monde à la nage ; la Khumbu Kola, le torrent de l’Everest. J’avais découvert les images en visionnant un extrait des « Carnets de l’aventure » diffusés à l’époque sur Antenne 2, alors qu’un producteur m’avait confié la réalisation du film de « sa vie ». La folle vie du nageur « le plus haut du monde », ses exploits dans le Colorado, dans le torrent du Mont-blanc ; son rodéo dans la Traful au Chili... j’avais d’abord trouvé son « press book » impressionnant... le type : plutôt sympa.&lt;br /&gt;Dédé venait de fêter ses cinquante ans. Une nouvelle expédition terminait de boucler ses malles pour l’emmener sur les traces de son « record du plus haut nageur de la planète ». Mieux !... le baigneur des hautes cimes tenterait de se battre lui-même de quelques mètres supplémentaires. Rien que ça ! 4807m, l’altitude symbolique du Mont-blanc. Propriétaire d’une société d’exploitation d’activités nautiques sur les bords de l’Arve, le « héro » d’&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Incroyable mais vrai !&lt;/span&gt;... (l’émission de Jacques Martin), avait éprouvé le besoin d’en remettre une couche pour redonner un petit coup de jeune à ses affaires brinquebalantes.&lt;br /&gt;Et voilà comment cette année 1999, juste avant la saison des pluies ; la vallée du Khumbu, ses Sherpas, ses lodges remplies de touristes en mal de sensations fortes, ses moulins à prières, ses yaks et leurs sacs North face™ sur le dos, ses ponts pittoresques en aluminium refaits à neufs grâce à la générosité de la confédération helvétique... oui, voilà comment cette vallée mythique des hauteurs bouddhistes considérables et leurs sherpas xénophobes envers les porteurs, les ethnies locales des étages inférieurs ; comment la plus haute vallée du monde et ses odeurs de thé beurré acheté chez les soldeurs chinois, a vu revenir « Dédé la moquette », ses palmes d’occase et toute une équipe de cinéma pour filmer l’aventurier à l’heure du bain. À dire vrai ! j’avais accepté ce contrat avec quelques réticences, mais la perspective d’être payé pour planter ma caméra en plein milieu des paysages grandioses de l’Himalaya et quelle que soit le sujet commandé, m’avait convaincu de fermer les yeux sur ce que j’avais cru entrevoir de cette belle escroquerie. Chargé de notre demie tonne de matériel de tournage, rendez-vous fut pris dans un palace de Katmandu pour suivre l’expédition d’André Peyraud. Un avion de brousse plus tard et au bout d’une dizaine de jours d’une marche d’approche excessivement lente... le matériel acheminé sur le dos d’une quinzaine de porteurs fut donc déposé comme prévu à la côte 4807 au pied de la langue terminale du glacier de Khumbu, un chaos glaciaire provenant directement des pentes sommitales de l’Everest. Une mise en scène digne d’Hollywood. Dédé, dans sa panoplie d’homme-grenouille, un masque de plongée qui l’empêchait de respirer... prit son élan depuis un minuscule promontoire rocheux et se jeta du poids de ses cinquante ans bien nourris, dans une flaque d’à peine 3mm d’une eau bleue turquoise. Plouf ! Le photographe de Paris Match grilla une pellicule entière dans la seconde qui sépara le début du « saut de la mort » à la phase d’immersion du « nageur le plus haut du monde » sur son petit tas de cailloux arrosés de gel. Tant bien que mal, notre « Herzog » des torrents de montagne, fit ce qu’il put pour perdre quelques centimètres de dénivelés dans sa pataugeoire pleine de pierres avant de s’avouer vaincu face à la caméra, les deux bras en l’air en signe de victoire. « J’lai fait ! » erupta le yeti en caoutchouc dans sa peau de gomme toute foutue. « Record du monde !... » souffla encore le héro dans son tuba rempli de sable. Plusieurs semaines plus tard, l’image, exagérément ralentie fit la une du journal de Claire Chazal sur TF1. La « performance » fut homologuée dans le Guiness book des records dirigé par la fille de l’ancien président Giscard d’Estaing. Quelques dizaines d’heures de travail furent encore nécessaires afin d’enregistrer plusieurs secondes d’un ballet aquatique digne des meilleurs films comiques, qui mises bout à bout finirent par donner l’illusion d’une descente intégrale très sérieuse dans les dangereux rapides de l’Himalaya. L’ensemble de « l’expédition la plus débile de tous les temps » prit également la forme d’un film de près d’une heure dont on m’assura - producteurs, chaînes de télévisions et responsables de festivals de cinéma compris - qu’il constituait une surprenante prouesse cinématographique. Il fut même un ancien journaliste politique de TF1 promu directeur d’une chaîne de télévision dédiée aux documentaires qui m’avait félicité d’avoir si joliment su rendre « le côté simple et honnête du personnage ». Gérard Carreyroux (celui qui grâce à son analyse perspicace, donnait Ségolène Royale grande gagnante de la présidentielle 2007) avait encore rajouté : « On sent bien que ce gars-là aime la nature et les animaux... » D’un esprit peut-être un peu lent, je n’avais pas compris d’emblée cette référence aux « animaux » dans un film qui ne comprenait en tout et pour tout qu’une seule séquence d’un yak avec ses gros sacs sur le dos en guise de prouesse zoologique sur la belle nature humaine des gens doués pour l’analyse critique et qui feraient mieux de la fermer quand on ne leur demande rien. Sacré Gérard !... Ma carrière toute neuve de « metteur en scène » de films d’aventure s’était arrêté-là. Pour finir... Dédé me laissa un jour un très sympathique message de remerciements sur ma boite vocale. Je crois ne lui avoir jamais répondu.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis un type très énervé : « Non, je n’ai toujours pas retrouvé mes clés... J’te dis que je suis sûr de les avoir perdues là-haut sous le glacier rond. Si... juste quand je t’ai envoyé le texto avec la photo du sérac... Oui, je sais qu’on ne voit pas vraiment ce que c’est sur la photo, je t’avais dit d’acheter un téléphone avec un écran plus grand... mais oui, je t’aime... Putain de portable !... Non, je dis : je t’aime... » Une jeune femme qui fait la queue devant le marchand de glaces italiennes : « C’est pas vrai !... Brigitte ?!!... mais tu m’appelles d’où ma chérie ?... Non !... oui, je sais c’est moi qui t’appelle... mais si j’attends après toi ?!... » La jeune femme en combishort Stella McCartney couleur taupe lève la tête comme pour tenter de repérer le gore tex prune de son interlocutrice dans la blancheur torride étalée au-dessus d’une couche de mélèzes naturels un peu fade au-dessus des enseignes commerciales. « Les Courtes !... mais de quelles courtes tu me parles... avec un guide... génial ! comment il est ?... Oui, un soleil magnifique, c’est génial !... Je suis chez Richard, la pâtisserie rue Paccard... oui... je fais la queue pour m’acheter une glace à la crème... tu sais que j’adore... trois boules, rhum raisins, praliné et yaourt... extra ! mais y’a un monde fou... Je suis descendu au Mont-blanc... oui... bon, c’est à moi, je te laisse. On se voit quand mon p’tit chou ?... »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« C’était Claire, ma cousine... » Brigitte rangea son Nokia™ à l’intérieur de la poche zippée découpée sur sa poitrine « On ne s’arrête pas pour bouffer ? » La cordée venait tout juste de dépasser le sommet des Courtes pour plonger sur le versant opposé de l’arête faîtière. Zian, concentré sur l’horaire et tout le retard accumulé à force de parler de Rousseau, de Chateaubriand ou du bruit un peu chiant des hélicoptères qui déglinguaient les neurones des Chocards, avait choisi de jouer la montre plutôt que d’faire de la poésie à propos d’un peu de neige sur le tas de cailloux le plus haut de sa petite virée amoureuse avec Brigitte et néanmoins rémunérée comme une course normale. Un peu moins de huit cent euros plus les frais de bouche, les suppléments de transports et la facture d’une nuit encombrée en sus. Près de mille euros pour tirer la langue pendant deux jours comme une conne derrière un mec pressé... et Brigitte devrait encore se serrer la ceinture entre midi et deux. Le guide gardait les yeux rivés sur le cadran de son bracelet ordinateur Suunto™ X9 et qui donnait l’heure aussi passée de midi... et il fallait encore rejoindre l’aiguille Chenavier, brasser un paquet de neige chaude prête à se faire la belle dans sa face nord, tirer un rappel de vingt mètres pour basculer sur le côté Talèfre et sans coincer les brins ; continuer de descendre dans les éboulis de l’aiguille Croulante, rejoindre la base de celle qui Remue... pour enfin prendre pied sur le col des Cristaux (3601m) d’où s’élevaient les « fameuses » Ravanel-Mummery.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- J’ai vraiment cru que ça ne finirait jamais, vraiment !&lt;br /&gt;Brigitte, affalée contre un rocher à même la neige, dévorait à pleines dents un morceau de Tomme AOC des Aravis au fenouil puis bu au goulot un Jacquère 2001, un blanc sec et sa robe jaune à moitié congelé dans le sac d’escalade de son guide qui avait prévu de lui faire la surprise.&lt;br /&gt;- Comment tu trouves ma petite réserve ?&lt;br /&gt;- Je trouve qu’elle a surtout l’air engourdi.&lt;br /&gt;- Non mais sérieux !... mate-moi cette belle robe... Tu sais ! on dit que le vin se bonifie avec l’altitude. Et puis... rien de tel qu’un p’tit coup de blanc pour requinquer son homme non ?!&lt;br /&gt;- Ah oui ! et il aurait dû prendre une petite laine aussi, un truc pour l’empêcher d’attraper la mort même si tu n’arrêtes pas de dire qu’il fait trop chaud. Trop chaud... 0° ! et avec ce vent...&lt;br /&gt;Zian mis l’humeur de chien de sa cliente sur le compte d’une fatigue bien compréhensible ; une succession de passages vertigineux que Brigitte avait dû franchir en fermant les yeux derrière lui depuis le début de la matinée. Des heures à ravaler sa langue, les lèvres sèches, le ventre serré au-dessus des précipices. Des coups de chaud, les uns sur les autres et puis ce froid maintenant ! toute cette glace au fond des yeux...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Tu ne m’as pas vraiment dit ce que faisait ton père... Quoique cela ne me regarde pas, mais c’est toi qui avais commencé de me parler de lui lorsqu’on grimpait aux Gaillants. Tu me disais qu’il avait fait beaucoup de sommets quand il était plus jeune.&lt;br /&gt;- Il travaille chez Lazard. Il administre un service de gestion de titres pour des groupes industriels importants ou quelque chose comme ça.&lt;br /&gt;- Lazard... c’est bien la banque qui vient de monter le coup avec Danone pour refourguer Lu™ aux américains ?&lt;br /&gt;- Peut-être ! je ne sais pas, je ne m’occupe pas vraiment de ses affaires tu sais.&lt;br /&gt;- Ouais, bein, moi je te le dis... Ces enfoirés sont spécialisés dans les cessions d’entreprises, les affaires de fusions à une échelle énorme... Des types qui pèsent des milliards de dollars pour faire la pluie et le beau temps dans l’économie mondiale. Je t’achète, je te revends, je te prends, je te jette... et maintenant c’est au tour des Lu™ (1) de payer la note de frais de ces chiens de la finance internationale. Y’à trois mille mecs qui bossent en France pour cette boite, tu te rends compte ! Trois mille types qui peuvent déjà prévoir d’aller pointer à l’ANPE avant l’été prochain. Et tout ça pour quoi ?... pour engraisser une bande d’actionnaires en retraite de l’autre côté de l’Atlantique ou pour remplir le portefeuille des types déjà pétés de fric comme ton père !... Putain, je te jure, ça m’énerve ça !&lt;br /&gt;- Mais qu’est-ce que tu racontes Zian !... T’es communiste ou quoi ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- L’acte de vente datait du 5 juillet et concluait la cession de la branche biscuits du groupe Danone à l’américain Kraft foods pour une somme totale de 5,3 milliards de dollars. Le feuilleton économique de l’été 2007, et qui entrait forcément en résonance avec l’épisode captivant de « patriotisme économique » de juillet 2005. Qu’on fasse l’effort d’essayer de se rappeler... La menace d’OPA lancée par le groupe Pepsi sur le numéro 1 de l’agroalimentaire français avait alors suscité un tollé de la part de toute la classe politique, droite et gauche réunie. Jacques Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin, Patrick Ollier alors président de la commission des affaires économiques de l’assemblée... oui, tous s’agitaient, piaffaient... tous faisaient bloc pour empêcher l’entreprise de Franck Riboud de foutre le camp chez l’oncle Sam. « Notre » Danone tricolore et sa belle image bâtie sur la santé, l’équilibre nutritionnel de la bonne bouffe de chez nous... au pays de la « junk food » ?!... Mais voyez-vous ça ! Absurde, impensable... L’affaire avait débouché sur l’adoption d’une nouvelle législation censée protéger les groupes français contre les OPA étrangères hostiles. Et pour le secteur agroalimentaire concerné, les députés avaient voté en décembre de la même année, un amendement Danone, rien que ça !... proposé par le ministre des finances Thierry Breton. « Plus jamais ça ! » semblait dire la classe politique gauloise sous les ordres d’un chef du gouvernement de droite et pour que les choses soient tout à fait claires... un p’tit peu libéral aussi malgré ce que cette action médiatique aurait pu laisser supposer. « Tous pour Danone ! » supputions-nous d’entendre dans la bouche des élites nationales. « Tous derrière les emplois français ! » piaillait-on en substance sur les bancs du palais Bourbon ce si merveilleux été 2005 (« Tous derrière nous »…et j’eusse tout de même préféré que tous ceux-là « gardâssent » le plus longtemps possible une distance respectable, loin devant nous… ce, pour resté poli avec tout le monde et n’avoir à dénoncer personne !) « Lu et approuvé » clamait la pub… et François Fillon aurait donc mal entendu… Le nouveau locataire de Matignon aurait mal traduit le sens de la publicité laissée par son prédécesseur, Sûrement ! car la cession, aujourd’hui, d’un pan entier d’un des fleurons de l’économie française au géant américain N°2 mondial sur son secteur, n’aura cette fois fait l’objet d’aucune critique particulière de la part du gouvernement nouvellement promu. Pour seul commentaire, le premier ministre de Nicolas Sarkozy s’est contenté de déclarer à la presse ne pas voir dans ses attributions un droit quelconque d’intercéder dans les affaires qui relevaient du domaine privé. Un signe politique « fort » s’il en était encore besoin d’insister sur le sujet... pour marquer son territoire philosophique d’une nouvelle pensée toute prête à laisser les gens se démerder tout seuls dans leur coin, acheter ou vendre ce qu’il leur feraient plaisir de paquets de petits beurres nantais ou de barres moelleuses aux fruits rouges (en l’occurrence, des barres de Grany™ réputées dans le petit monde de l’escalade à cause de la prestation mythique de Patrick Edlinger dans les publicités des années 90. Grany... parce que je le vaut bien ! à moins que je ne confonde avec une marque de shampoing, mais ça n’a pas forcément beaucoup d’importance...) Une sorte de patrimoine économique de l’alimentation industrielle made in France, qui dorénavant pouvait aller se faire voir ailleurs si ça lui chantait ! Les gâteaux secs du père Louis Lefèvre-Utile&lt;span style="font-style: italic;"&gt; pas le biscuit britannique&lt;/span&gt; disait dans les derniers jours du dix-neuvième siècle, le fondateur des petits Lu™ &lt;span style="font-style: italic;"&gt;sec comme une anglaise, fade comme le navet bouilli dont raffolent nos voisins d’outre-manche... non ! un biscuit vraiment français, vraiment breton, avec une pointe de sucre, un nuage de lait et un doigt du meilleur beurre d’Armorique&lt;/span&gt; , le père Louis Lefèvre-Utile... son fils, Utile lui aussi ! qui lui succède à la tête de jeune entreprise en 1883 pour battre les anglais sur leur terrain ; et son petits fils… Utile à son tour ! pour importer les méthodes révolutionnaires de gestion américaines, un patron Utile… qui avait fini par se faire virer de son poste grâce à sa politique toute neuve de fusions-acquisitions... La famille « Utile » de père en fils, leurs bonnes gaufrettes à la vanille, les petits écoliers, les Pim’s, les Prince, les barquettes Trois chatons ; les biscottes... et 3000 salariés français « utiles » eux-aussi pour les fabriquer ! « Cocorico ! » faisaient les gâteaux secs nationalistes durant la campagne de l’ex ministre de l’intérieur promis à la plus grande fonction de l’état... Mais les temps changeaient... serait-il encore circonspect de conjuguer sur le modèle d’un libéralisme qui pouvait dorénavant se lâcher complètement.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Rien, laisse seulement !... c’est juste trois heures ma Brigitte, et je crois qu’on va devoir abandonner l’idée d’aller aux aiguilles. À l’heure qu’il est, on devrait déjà être en train de redescendre la Ravanel tu comprends ? et puis regarde... ça bourgeonne déjà sur l’Italie. Mange tranquille et on se mettra en route.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Attends là ! tu veux dire qu’on est venu jusqu’ici, juste pour goûter ton vin de Savoie minable à moitié congelé ! que ça fait deux jours qu’on risque à tout moment de se rompre le coup dans les ravins... qu’on commence par crever de chaud sur un glacier pollué de ferraille et de retombées de gaz d’échappements, avant d’avoir les lèvres et les doigts complètement gercés le lendemain sur un col plein de vent à cause de ce que tu oses appeler un été trop chaud !... qu’on dort dans des conditions exécrables dans un refuge blindé de populot empuanti et pour faire quoi ?!... pour m’entendre dire des saloperies sur ma famille et qu’on abandonne au pied de la dernière difficulté ! qu’il est trop tard, qu’il risque de tomber trois gouttes d’eau ou je ne sais quoi encore ! c’est bien ce que tu es en train de me dire Zian ? et je paye huit cent euros pour ça ?!... huit cent euros pour jouer mon rôle de jolie cliente ingénue sans la ramener depuis deux jours, huit cent boules pour jouer les niaises devant un gardien de refuge qui a cherché à me peloter le cul toute la soirée en se payant une demi douzaine de bières tiédasses sur mon compte. Oui, ton Johnny et son accent d’opérette... parce que tu crois quand même pas que tu pouvais me faire gober une histoire pareille non ? tu croyais quand même pas que tu allais me faire avaler ces histoires de Keftas savoyardes préparées par un salarié du CAF qui par dessus le marché avait appris l’arabe sur le Jardin de Talèfre et qui maintenant que j’y repense... ne tchatchait même pas un traître mot d’italien (1)... Qu’est-ce que tu croyais Zian ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Il faudrait bien reconnaître que sur ce point, Brigitte n’avait pas tord. À la vérité, le « Johnny » du couvercle... s’appelait Michel et gardait le refuge avec sa femme Pascale Tavernier de la manière la plus convenable que l’on puisse trouver à ces hauteurs. Des gens formidables, oui... et on se demande bien qu’elle mouche avait piqué l’auteur de cette perfide digression à propos de gens comme il faut, comme il en fut des nombreux gérants de cabanes historiques depuis les temps reculés de l’hôtellerie des « Grand mulets », la première des pensions construite toute exprès sur la route du Mont-blanc pour faciliter la vie aux voyageurs intrépides qui trouvaient là le réconfort d’une nuit agréable à mi chemin du sommet. Un premier bâtiment fut construit en 1866 par les guides chamoniards sur l’emplacement de l’aire de campement traditionnelle sous les étoiles. Fort du succès de ce qui n’était encore qu’une auberge de fortune, la municipalité de Chamonix décide en 1896 d’agrandir les murs (deux étages sur cave, onze pièces, sept chambres de voyageurs chacune pourvue d’un petit poêle, cuisine, salle à manger). La véritable hôtellerie de haute montagne était née et déjà quelques furieux récalcitrants s’insurgeaient contre ce confort moderne transporté sur les pentes glaciaires et qui devenait un simple but d’excursion en soi pour les plus timides des ascensionnistes. L’édification de ce poste avancé permit en outre d’augmenter considérablement le nombre des tentatives d’escalade de l’ancienne « montagne maudite ». Aussi, entre 1883 et 1894, on compta 559 caravanes victorieuses, soit 785 ascensionnistes parvenus sur la cime la plus haute du Faucigny en douze ans. Oui, les temps changeaient à la fin du dix-neuvième siècle, comme ils ont inlassablement continué de changer depuis et quoiqu’on oublie un peu facilement qu’il en a toujours été ainsi du temps qui passe. Et les gardiens comme les guides... ont dû s’adapter à leur nouvelle clientèle. Des touristes en mal de sensations fortes, tentés par la vie rustique au milieu du monde sauvage, mais qui préfèrent se laver à l’eau chaude, dormir sous des draps qui sentent bon et manger des petits plats comme à la maison.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Mate, appelle-moi « Mate »... Au-dessus de 3000 mètres je préfère qu’on m’appelle Mate.&lt;br /&gt;- Mate ?! Quel Mate ?!...&lt;br /&gt;- Laisse seulement !... Zian répondit « seulement » comme il aurait tout aussi bien pu ne rien dire à ce moment-là, ce qui eut peut-être mieux valu pour l’état de nerf de la jeune femme et la suite de leur relation amoureuse.&lt;br /&gt;- Oui c’est ça ! laisses seulement... continue de me prendre pour une conne dans ton patois crétin. Mate !?... pauvre type ! minable ! Mate... mais pour qui tu te prends ?! Mate.... ça encaisse huit cent euros plus les frais pour monter faire prendre l’air à sa bouteille de blanc sous des sommets qu’il n’a même pas les couilles de gravir jusqu’en haut et en plus ça se prétend de gauche... Et dire qu’hier encore, j’avais envisager de me marier avec toi... un lâche, un communiste ! Mat... remarque que ça ne te va pas si mal que ça finalement. Mat... ça rime avec échec, perdant sur toute la ligne... un fiasco total ! Oui Zian, ou Mate... ou ce qu’il te plaira ! qu’est-ce que tu veux que ça me foute à l’altitude où on est ?! Mate !... oui, mate bien tout ce que tu vas te mettre en route maintenant pour honorer ton contrat jusqu’au bout ! Oui Zian, tu vas prendre ta petite corde en nylon Jokker™ machin... tu vas attraper la première prise que tu trouves au pied de la Mummery et tu vas tirer dessus avec tes petites mains jusqu’à ce que tu trouves le moyen de reproduire cette bonne manière de faire et autant de fois qu’il le faudra pour atteindre cette grande masse d’air limpide qui n’attend qu’un alpiniste schizophrène abêti par trois nuages sur l’Italie et sa prune de cliente à 800 euros pour donner un peu de sens à toute cette foutue glace en pareil ciel bleu. Je crois que je me fais bien comprendre, monsieur le guide !&lt;br /&gt;Zian regardait les étoiles se flétrirent dans les yeux de Brigitte, considéra malgré tout la beauté de son visage échevelé, se souvint encore de ce body blanc qu’elle portait très moulant sous ses vêtements de montagne et pensa sans trop bien savoir pourquoi au désespoir de Cavaradossi juste avant son exécution dans l’opéra de Puccini. Zian, ramassa son sac et refit quelques anneaux de corde sur l’air considérable de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la Tosca&lt;/span&gt;. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;E lucevan le stelle ed olezzava la terra&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est toute la montagne qui sembla d’un coup s’effondrer, une sorte de grondement sourd, morbide, suivi d’une brutale déflagration, un fracas inouï, rauque, augmenté par l’intensité d’un l’écho interminable et conclu par le pétillement d’une pluie de pierrailles subalternes au gros de l’éboulement général. Il devait être dans les trois heures de l’après-midi. Dayot un guide pourtant fort expérimenté, vit son client, un suisse, déballer d’un trait toute la Ravanel avec une partie de la muraille qui soutenait la cordée. Le monsieur, occupé à son rappel, n’avait pas lâché le moindre cri tant la stupeur avait emporté son âme plus vite que son cerveau n’eut le temps d’estimer les conséquences de ce bouleversement morphodynamique sommaire pour son intégrité. Brigitte avait tout vu. D’abord la lame de granit se détacher pour venir s’écraser sur la main du guide en train d’assurer la descente de son client, puis, comme par un effet de dominos, un bloc encore plus gros s’arracher de son agglomérat millénaire, entraînant dans sa chute une sorte de monolithe haut comme un immeuble. L’ensemble, comme un vaisseau de pierres désarrimé de son lanceur naturel, commença d’avaler l’espace d’abord au ralenti, pour l’instant d’après le dévorer à une vitesse vertigineuse ; l’espace, le bleu limpide qui habillait d’oripeaux les corps de granit réchauffé... et le monsieur suisse qui descendait « tranquille » sur les plis usés de la jupe d’une vieille dame qui en avait pourtant vu d’autres avant lui. « Ouh là ! » fut la seule note humaine prononcée dans ce concert de pierres macabre. Brigitte qui s’était blottie contre Zian, n’avait plus osé faire le moindre geste, sentit un vide immense l’envahir et la glace des minutes qui avaient précédé l’accident lui dégouliner des yeux. À cette montagne merveilleuse, fascinante des premières heures du jour où chaque pas conquis dans la pente solide comble de délices la progression vers les hauteurs mystérieuses, succédait maintenant une maçonnerie aléatoire, roublarde et hypocrite. Aux cathédrales élégantes et lumineuses dressées dans le panorama de la traversée des courtes se substituaient soudainement la réalité des abîmes effrayants, un gouffre sinistre embusqué de part et d’autre du col des Cristaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le p’tit gars des Praz connaissait bien le vieux Dayot. Un putain de type bien qui faisait encore le métier à l’ancienne. Un Dayot comme il en fut des Ravanel, des Devouassoud, des Simond ou des Couttet bien avant lui. Un Dayot comme tous ceux qui continuaient de forger la réputation des guides de Chamonix aux yeux d’une certaine littérature dont tout le monde se foutait pas mal aujourd’hui. Louis, qui n’avait jamais lâché personne et qui aurait donné sa vie sans rechigner pour sauver celle de ses clients. Un Dayot et ses trente ans de carrière sans anicroche, mais qui aurait quand même dû se méfier de cette saloperie d’été pourri et d’un paquet de nouvelles lois qui passaient derrière son dos depuis vingt ans. Un « moutelet » de cinquante-cinq piges passé, qui aurait dû réfléchir à deux fois avant d’emmener promener un touriste pété de tunes et son fils destiné à une grande carrière d’avocat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les titres s’étaient succédé pendant plusieurs semaines dans la presse nationale... « La montagne a encore tué. Un alpiniste dévisse dans le massif du Mont-blanc : son corps a été retrouvé sans vie au pied du massif des Courtes. Nouveau drame dans le massif du Mont-blanc : un mois de juillet meurtrier dans les Alpes (1). L’éboulement d’une paroi cause la mort d’un alpiniste dans le massif du Mont-blanc : Interrogé dans nos colonnes, un spécialiste du climat explique les conséquences du réchauffement de la planète sur la morphologie alpine. Drame dans le massif du Mont-blanc : Un guide de haute montagne voit son client mourir sous ses yeux. Le professionnel, choqué, est actuellement gardé à vue à la gendarmerie de Bonneville. Le client, un chef d’entreprise suisse était accompagné de son fils qui accuse le guide responsable de la cordée. Deux témoins du drame entendus par la brigade de gendarmerie chargée de l’enquête, un guide et sa cliente, une jeune alpiniste domiciliée à Neuilly, se trouvaient sur les lieux au moment de la chute tragique de l’industriel helvétique. Notre reporter a pu recueillir leur témoignage le soir de l’accident. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Au 15 août de cette année 2007, un premier décompte établi par l’agence France presse faisait état de 29 victimes en montagne pour l’ensemble des massifs français, dont 17 alpinistes et 12 randonneurs. La date du 24 juillet surtout, avait marqué les esprits (4 étudiants de différentes nationalités avaient décidé de marquer leur diplôme de fin d’études en réalisant l’ascension du Mont-blanc par la route de l’aiguille de Bionnassay). Le week-end qui précède le départ de la cordée, Yann Giezendanner, prévisionniste météo, annonce la certitude « d’une perturbation pour ce début de semaine par l’arrivée d’un courant de sud-ouest ». (Les Alpes se situent dans une zone tampon, entre l’air chaud qui vient du sud de la Sicile et de la Grèce, et la masse issue du nord, froide. « Plus le contraste entre les deux courants est fort » explique le météorologue « et plus le courant sera fort et plus la perturbation sera pluvieuse »). Le 25, au lendemain de la tragédie, le capitaine Bozon, commandant du PGHM de Chamonix soulignera son incompréhension « Les gens ne font même plus attention à la météo... c’est n’importe quoi !... » Le mardi matin, jour du drame, un vent de sud-ouest souffla donc comme il était prévu sur les sommets du massif à une vitesse de 100 km/h. À 4000m, il était tombé 40cm de neiges en quelques heures et la jeune cordée inexpérimentée venait de passer la nuit sur l’arête de Bionnassay par une température de moins vingt degrés sans espoir de réussir à faire un pas supplémentaire. Partis du refuge Durier le lundi à 3 heures du matin, les étudiants avaient atteint le sommet de l’aiguille vers 10 heures avec les pires difficultés et sans la moindre intention de jeter l’éponge au moment où une retraite était encore possible. Les conditions météo sont déplorables et ils n’ont qu’un équipement rudimentaire pour se protéger de la tempête. Vers 15h, à bout de force, ils décident enfin d’appeler les secours avec leurs téléphones portables, mais la visibilité est nulle et ne permet pas à l’hélicoptère de la gendarmerie d’intervenir. Les coups de fils se succèdent toute la journée et la nuit suivante. Le gendarme qui reçoit les appels de détresse diagnostique très vite des signes importants d’hypothermie et d’œdèmes cérébraux. Un à un, les alpinistes décèderont sans que personne ne puisse rien faire pour eux. Deux jours plus tard, le 26, ce sont deux alpinistes qui sont emportés par une corniche sur la même arête. Le lundi 6 août, une cordée d’alpinistes allemands est retrouvée gisant au pied d’une variante d’ascension de la voie clasique du Mont-blanc. Une trentaine de victimes au total... et il aurait peut-être fallu mettre en perspective les 478 tués et 9649 blessés dans un accident de la route pour le seul mois de juillet 2007 sur les routes métropolitaines, dont seul la chute d’un car polonais causant la mort de 26 personnes avait défrayé la chronique. 478 tués... et malgré les 20 000 policiers et gendarmes mobilisés cet été pour assurer la sécurité sur le réseau routier. (En 2006, ce sont 4709 personnes qui perdirent la vie dans ces conditions un peu « banales » pour les premières pages des journaux français). Selon la même AFP, on relevait cet été moins d’accidents mortels dans le massif du Mont blanc par rapport à l’année précédente, et ce, au même moment où l’ensemble de la presse française titrait sur le mythe de la montagne tueuse. Une tradition estivale dans le métier, un marronnier... qui provoquait chaque été les mêmes émois auprès du public qui n’avait certainement pas grand-chose d’autre à foutre que de commenter l’inconscience de quelques « fous dangereux pendus aux façades des abîmes affreux... » et qui coûtaient « forcément » très cher à tout le monde. Lors d’un débat organisé à Grenoble en janvier 2007, l'Observatoire des Pratiques de la Montagne et de l'Alpinisme et le Groupe de Haute Montagne faisait mention de ce que « la question du risque et de son acceptation est en effet devenue un fait central de notre culture. Dans une société qui semble gagnée par l’obsession sécuritaire, où de fortes contraintes sociales incitent à « rester dans les clous », on peut donc légitiment se demander s’il y a encore un espace disponible pour ceux qui entendent s’écarter des chemins balisés et des sites aseptisés ? ». Le débat n’est pas nouveau. (L’accident du docteur Joseph Hamel, conseiller de l’empereur de Russie, pris dans une avalanche qui emporta ses guides l’année 1820, le premier... dont la presse avait fait ses choux gras. La tragédie de la conquête du Cervin surtout, en 1865, quatres morts sur les sept membres de la cordée légendaire emmené par Edward Whymper... qui devaient innaugurer le débat de la pratique de l’alpinisme et de ses risques « inconsidérés ». Au lendemain du terrible accident, la presse victorienne s’était déchainée. The Globe stigmatise « l’imbécile témérité de Whymper ». All the year round, la revue de Dickens dénonce « le scandale de ses morts secondaires et d’intérêt égoïste comparée à celle d’un soldat sur le champ de bataille ». La reine Victoria, elle même, demanda à son ministre sir William Gladstone, d’imaginer une solution pour prévenir des conséquences de cette discipline « violente » qui emportait le meilleur sang d’Angleterre... Oui... qu’allait-il faire là haut, qu’allait faire ce Whymper en haut de ces mystérieux précipices ?... Whymper qui avouait « voir chaque nuit ses cammarades glisser sur le dos, les bras étendus, en ligne et dans l’ordre, à égale distance, bien rangés... » un Edward Whymper accablé de remords jusqu’au soir de sa mort où un journaliste l’avait encore interviewé à ce sujet. Et il y eut encore l’histoire de Toni Kurtz en 1936, pendu, mort d’épuisement au bout d’une corde dans la terrible face nord de l’Eiger, un Allemand qui grimpait pour la grandeur du Reich. Maurice Herzog de retour en France les mains gelées après la conquête de l’Anapurna. L’attente dramatique de Vincendon et Henri l’hiver 56 sous le sommet du Mont Blanc, un véritable feuilleton médiatique qui tenu en haleine la France entière pendant plusieurs jours de tentatives invraissemblables pour essayer d’extirper les malheureux de leur tombeau de glace. La dernière photo du bivouac mortel au pilier central du Freney en 1961 qui fit couler tellement d’encre obséquieuse à propos du grand Bonatti...) Charles Durier, dans son célèbre ouvrage publié la première fois en 1877 comptait 25 victimes du Mont-blanc depuis la date de la première tentative d’ascension en 1775. 25 victimes... dont 11 pour la seule caravanne de Joseph Rendall, un américain du Massachussets le 6 septembre 1870. la plus épouventable des catastrophes dont le Mont-blanc fut le théâtre.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, mon bon Louis ! les temps changeaient... et tu n’avais rien vu venir ! toute cette glace qui fondait et toute cette sacrée saloperie de caillasse qui dégringolait avec. Oui, mon vieux Louis... tout ce qui ne tenait plus debout nulle part dans ce bas monde en pleine mutation, la décrépitude des valeurs morales qui régissaient naguère les relations entre un guide et son client ; l’acceptation du risque qui accompagnait forcément toute idée d’aventure et le minimum de respect, de reconnaissance à celui qui daignait vous faire profiter de son expérience au détour d’un de ces magnifiques voyages de l’âme sur les hauteurs resplendissantes de la nature sauvage. Tout ce qui se consumait un peu rapidement des bonnes manières de faire à ton ancienne manière à toi de tout ce que tu essayais de partager de ta passion avec les touristes de passage... Tout ce qui ne demandait qu’à cramer tranquillement sous les feux des projecteurs d’une télé pressée de bronzer aux rayons X de sa façon de penser un bel été de vacances électorales pour avoir bon teint sur les plateaux politiques tout neufs de la rentrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le type pensait : la télé racontait tellement de conneries déjà ! et le type pense ça tout à fait par hasard à ce moment-là. Le type pense à ça à cause de son écran de télévision et d’un tas de chaînes un peu débiles livrées avec sur lesquelles il est tenté de zapper quand même pour savoir ce qu’il se passe en temps réel au cas où il se passerait vraiment quelque chose d’important à ce moment-là. Ces chaînes-là, les « grandes » chaînes qui l’énervaient et toutes celles auxquelles il pourrait aussi s’abonner pour profiter des prix de lancement et des cadeaux de bienvenue. Ce type-là pense comme ça à cause aussi d’un tas de sites d’information sur Internet et consultables pendant qu’il regarde ses programmes de télévision préférés. Oui, juste à ce moment-là, ce type-là, un type comme un tas d’autres types avachis devant leurs écrans plats, pense qu’on raconte quand même des sacrées conneries à propos de tout et n’importe quoi. Comment par exemple... dans la nuit du 4 au 5 août 1952 sur la RN96, le père Dominici avait assassiné Jack Drumond et sa femme de 6 coups de carabine en plein dans le mille, comment ce type de 77 balais, un bon paysan honnête et droit (de l’avis de tous ceux qui le connaissaient bien mais qui ne vivaient pas non plus tous les jours avec lui !) avait aussi massacré leur petite fille à coup de crosse juste après et lavé son fute tout seul avec ses petites mains pour qu’on ne puisse pas retrouver de traces de sang sur lui le lendemain ! Comment on avait aussi dit exactement l’inverse en préférant la thèse d’un assassinat perpétré par une équipe de tueurs à gage en service commandé par une intelligence étrangère. Comment en 1923... la justice préféra déclarer Guillaume Seznec coupable du meurtre d’un marchand de bois opportuniste, alors qu’aucune preuve matérielle ne pesait contre lui et que personne n’eut jamais trouvé le corps de la victime présumée. oui... comment et sur une autre chaîne ! l’Irak de Sadam Hussein aurait pu disposé d’un arsenal nucléaire capable de détruire tout le continent nord américain, le reste du monde et l’univers avec ! juste avant de finir la tête plein de poux et à genoux dans un trou de chiotte en plein milieu du désert, dans l’attente qu’un yankee vienne le raser avec sa M-sixteen toute propre. Comment les tours du World Trade Center de New York se seraient effondrées un 11 septembre, sous le seul effet de l’incendie provoqué par le crash volontaire de deux Boeing 767. Comment l’immeuble d’à côté (la tour 7 abritant en autre des bureaux du F.B.I. et un département de la C.I.A.) serait lui aussi tombé tout seul et de la même manière quelques heures plus tard avec tout ce qu’il contenait de dossiers financiers compromettants sur Wall street. Comment son propriétaire, Larry Silverstein avait réalisé la plus belle opération financière de sa vie grâce à une toute nouvelle police d’assurance que celui-ci venait de contracter sur les conseils de quelques amis proches. Et vous vous souviendrez d’une analogie possible avec Monsieur de Rothschild dans une belle affaire de délit d’initié citée plus haut. (Bon, d’accord, je reprends pour les sourds... les chiens ou les malentendants : Deux avions, deux tours... et trois immeubles qui s’effondrent pour la même raison et d’une manière parfaitement identique ! Vous y êtes ?... non, pas cette chaîne-là, l’autre !... bon ok, laissez tomber !) comment on avait déclaré avoir retrouvé le passeport de l'un des terroristes, Satam Al-Suqami, juste au pied des Twins, et sans une marque de brûlure, alors que la fournaise considérable « aurait » dit-on, provoquer la fonte de l’acier qui composait la structure « indestructible » des tours jumelles... un document irréfutable qui prouvait à coup sûr que Ben Laden était à l’origine de tout ! Ben Laden™®AOC. Comment encore... l’oncle « Ben™ » avait envoyé le vol 77 d’American Airlines droit sur un mur du pentagone sans laisser de traces sur les photos ? Comment ceci, comment cela, comment Al-Qaida... comment le décor de King Kong et la jolie Jessica Lange dans la version de John Guillemin s’était écrabouillé ce jour-là ! comment Jim Hoffman, comment Dylan Avery et sa vidéo la plus regardée du monde sur Internet... comment la théorie du complot le plus fou de la grande histoire du monde moderne ; comment 9/11 (prononcez « nine eleven ») me faisait mal à la tête. Et pour ne pas s’arrêter en si bon chemin... oui, comment, plus loin de nous : comment un jeune communiste américain en pleine guerre froide complètement désaxé et quand même un peu copain avec une bande de ruskofs planqués dans leur kolkhoze, aurait dessoudé le président Kennedy en plein Dallas avec sa petite carabine achetée au marché, comment ce type-là, Lee Harvey Oswald™ (en multidiffusion sur toutes les chaînes de la planète depuis quarante ans), avait tiré 5 coups de fusil depuis plusieurs directions différentes en même temps depuis un dépôt de livres, et on se demande bien pourquoi le FBI n’a pas eu la présence d’esprit d’accuser tout de suite un ou plusieurs de ces satanés bouquins déjà « tirés » à pas mal d’exemplaires. (Comment plus tard, Oliver Stone avait filmé le meurtre à sa manière à lui sur les bases de l’enquête du procureur Jim Garrison, comme beaucoup pensent encore aujourd’hui que le meurtre avait été commis ce jour-là le 22 novembre 1963 sur les ordres de J. Edgar Hoover en personne et du futur président Johnson) Oui... une pile d’âneries ! un tas d’élucubrations romantiques... Comme cette histoire de W. Shakespeare où un certain Roméo aurait vénéré sa Juliette et vice-versa dans le buzz absolu de Baz Luhrmann, au point de se faire sauter l’un et l’autre la caboche, juste avant le générique de fin qui défile sur un morceau de Radiohead. Oui, comment les jeunes amants de Vérone s’étaient croisés la première fois dans la transparence d’un aquarium plein de jolis poissons jaunes et bleus fluorescents sur « Kissing you »... et j’en avais encore les larmes aux yeux, de la couleur plein les pixels. Un tas de balourdises sur les amours éternels du genre humain... et j’adorais ça ! des béguins à l’échelle interstellaire, des effusions cosmiques considérables, toutes ces flammes vigoureuses, tout ce qui s’embrase pour notre prochain et le p’tit cul de notre prochaine surtout ! un véritable bain de Vulcain qui bouillonnait pour ses p’tits seins. Comment encore... pensait le type, les neurones complètement déchiquetés par les fréquences mal rafraîchies de sa nouvelle dalle LCD... comment on avait marché la première fois sur la lune le 21 juillet 1969 à 3H56 (heure française) et comment on pouvait tenter de prouver le contraire à partir d’une image d’un drapeau qui flotte dans un espace dénué de la moindre particule d’air ; de quelques ombres croisées sur les photos de la NASA, d’éléments de décors superposables à la perfection derrière les astronautes des différentes missions Apollo. (Comment aussi, l’agence spatiale avait communiqué au mois d’août 2006 avoir perdu les 13 000 bandes originales de la mission historique... et juste pour l’anecdote, comment le « dernier homme » à avoir marché sur notre joli satellite en 1972 était tombé en panne aux commandes de sa jeep lunaire au beau milieu du pont du Mont-blanc à Genève au mois d’août dernier. Le vieillard faisait la retape pour une marque de montres suisses en combinaison d’époque.) Oui, et comment cet été 2007, le jeune président français et sa jolie femme pleine de ressources, avaient réussi l’incroyable tour de force d’obtenir la libération immédiate des infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus en Libye depuis 8 ans et demi sans aucune contrepartie. Oui, voilà pour finir et revenir à nos moutons... comment Maurice Herzog et sa coupe de cheveux bien mise, restait dans la tête des gens comme le plus grand alpiniste de l’histoire de France, du monde et peut-être de tous les temps aussi. Comment ce bon Balmat dont on tu longtemps jusqu’au lieu et aux circonstances de sa mort (1)... fut donc considéré comme le seul véritable vainqueur au sommet d’un Mont-blanc pris en otage d’une certaine manière de voir le monde, les montagnes et le reste à la mesure de l’intérêt le plus profitable du moment. Et considérez alors comment l’on fabrique des héros taillés dans l’espace de nos dimensions politiques les plus lugubres, comment on préfère aussi garder le beau mensonge intact pendant des siècles sur le bronze patiné des statues rentables plutôt que s’interroger à propos de tout ce qu’on vous raconte d’un peu simpliste et qui garantit l’audience la meilleure. Un miroir cynique de la raison du plus fort verni au principe de la bonne vieille vertu du suffrage universel pour faire avaler la pilule plus facilement. Une digression diriez-vous ? De quoi parlions-nous ?...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Le mystère plana longtemps sur la mort du héro chamoniard, à cause d’une mine d’or que le cristallier aurait peut-être pu découvrir au fond de la combe de Sixt grâce aux informations d’un chasseur de chamois de Valorcine. Interrogé alors que Balmat n’était plus réapparu chez lui depuis plusieurs semaines, l’homme, d’abord embarrassé, finit par révéler à ses fils l’endroit supposé où le vieux guide avait pu sombrer dans quelque précipice insondable à la recherche du filon. Prévenue, l’autorité locale (le syndic de la commune de Sixt) fit en sorte que l’histoire ne soit pas ébruitée par peur de révéler la découverte du minerai à quelques profiteurs étrangers. « Ceux-là , pensaient-on certainement à l’époque avec raison, n’auraient pas tarder d’apporter leur lot de calamités considérables sous les monts du haut Faucigny habitués au pire depuis que les romains s’étaient entendus à merveille pour réduire à l’esclavage les peuples des alpes afin d’en extraire leur ressources minières. Charles Durier, toujours, décrivit comment l’habitant des Alpes vit abattre ses forêts tutélaires qui, en maint endroit, étaient l’unique protection de son foyer contre les avalanches ; des émanations délétères se répandirent dans l’air qu’il respirait et décimèrent son bétail ; les produits du lavage des minerais, troubles et chargés de particules métalliques, vinrent corromprent l’eau de ses torrents. Lui-même, dépossédé, réduit à une servitude dure et rigoureuse, dut renoncer à la chasse, à la vie pastorale, à la lumière, à l’air libre des cimes, pour s’employer aux dangereux travaux des mines et passer ses jours dans une obscurité perpétuelle. Aussi, le secret de la disparition du vainqueur du Mont-blanc ne fut divulgué que dix-neuf ans après les faits. Une expédition fut montée à l’effet de retrouver les restes du malheureux et de lui offrir une sépulture digne de sa légende, mais la fissure effroyable où l’on présumait que Balmat avait péri ne permit à personne de descendre la sonder jusqu’au fond. Oui, ainsi fut la fin mystérieuse du Christophe Colomb de Chamonix comme l’avait surnommé Dumas et qui n’eut point même sa place au cimetière.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brigitte répondait aux questions des enquêteurs cependant que le type accroché à sa télécommande surchauffée réfléchissait à la possibilité d’une loi internationale qui réprimerait sévèrement le délit « d’abus d’opinion publique », une loi qui comprendrait un article sur la manipulation des masses par les images de télévision débiles et puis un autre encore contre l’excès où l’abus d’informations de quelque nature qu’elle soit. Une bonne loi qui enverrait en taule les pourvoyeurs de fables hypocrites et leurs commanditaires afin de réussir à dormir un peu tranquille pendant les périodes électorales. Des lois... mais l’arsenal juridique français en était déjà farci jusqu’aux yeux. 479 textes pour ces seules cinq dernières années, dont les 9 lois Sarkozy sur la sécurité. En 25 ans, mille textes législatifs avaient été adoptés et promulgués en France, une véritable inflation. Des lois, pour la plupart d’entre elles restées inappliquées, faute de mise en place de décret pour les rendre opérantes. (Selon un rapport sur le contrôle de l’application de ces dites-lois promulguées au cours de l’année parlementaire 2004-2005, le taux d’application des dispositions prévoyant un suivi réglementaire était à peine de 16,4%). Des lois... ou des purs « textes d’affichage ». Des lois de circonstance, votées dans l’urgence, qui suffisent en général à calmer l’opinion publique sur un cas en particulier. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À chaque fait divers, sa réforme législative ou administrative&lt;/span&gt; avait écrit une journaliste dans Libération pour rendre compte de la promesse faite aux français d’une nouvelle législation censée combattre la récidive des pédophiles. L’annonce avait été mise en scène sur le perron de l’Elysée au lendemain des aveux de Francis Edward, l’agresseur du petit Enis (Le président, bien au centre, face caméra, avec à sa droite Rachida Dati la toute « nouvelle » et jolie garde des sceaux, et à l’exact opposé... Roselyne Bachelot, ministre de la santé de la jeunesse et des sports, mais qui fut aussi ministre de l’environnement sous les gouvernements Raffarin I et II. Roselyne Bachelot... je n’ose même pas vous en toucher deux mots (1) !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Bon d’accord, mais alors vraiment deux, pas plus ! La Roselyne Bachelot de la loi du 17 juillet 2003 qui visait à déréglementer la chasse aux oiseaux sur le territoire français. C’était juste un an après les premières projections du Peuple migrateur. Un film d’une poésie magnifique, inspiré de l’expérience de Bill Lishman, « l’homme qui volait avec les oies »... Les oies, les grues, les bernaches, les canards, les cygnes, les cigognes en cinémascope... la gentille Roselyne et ses manières de 4X4 blindé avait décidé de faire un carton, l’organisatrice du tout nouveau ball-trap national devait avoir un problème avec les « pierrots » depuis qu’elle était petite, je sais pas ! ou alors elle n’avait pas du tout aimé le film... Heureusement le stand de tir de cette espèce de folle avait dû fermer ses portes avant d’avoir réussi à revendre son premier ticket ; un pétage de plombs du conseil d’état qui avait annulé le feu d’artifice juste avant le début de la saison. Roselyne Bachelot, une « écologiste » qui préférait quand même la chasse avec ses gros sabots, une chiraquienne, mais qui préférait quand même aussi Sarkozy.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des lois d’apparat... dont l’essentiel réside dans l’effet d’image que l’annonce produit devant les objectifs. Des lois... plutôt que de véritables moyens sur le terrain. Des lois, bien plus rentables sur le plan politique pour conforter son taux de popularité chez les électeurs. Oui... et on aurait aussi à réfléchir sur le principe des « lois d’été » votées au beau milieu des vacances des gens. Les lois Pécresse, Dati, Bertrand... (pour garder le fil de notre agenda 2007) qui s’activaient à l’assemblée dans le secret espoir d’un nouveau président de réussir à changer le monde en 5 ans. La réforme de l’université, le service minimum, la loi sur la récidive donc !... la défiscalisation... Tout était passé comme une fleur ou presque ; comme l’augmentation du montant des indemnités promises à chaque député non réélu. Un texte proposé par Jean-Louis Debré juste avant de quitter son perchoir et adopté à l’unanimité des représentants de l’assemblée. Le chiraquien, promu au poste de président du conseil constitutionnel avait préparé son cadeau de départ dans le silence médiatique le plus complet (5178€ net mensuel sur une période de 60 mois au lieu des 6 que la loi prévoyait jusqu’ici et 20% de ce traitement payé à vie à l’issue de ces 5 ans). Les temps changeaient, marmonnais-je tout de même dorénavant avec quelques réserves ?!... une bonne paye pour quelques chômeurs privilégiés, une bonne école pour les mômes, un vrai métier au bout ; des trains qui partent à l’heure même pendant les débrayages du personnel roulant à la SNCF tout en respectant le droit de grève des gens libres et égaux... des pédophiles derrière les barreaux et qui y restent pour se faire soigner ; moins d’impôts pour les plus riches et plus de thunes pour les autres, les gueux, les besogneux... moins d’impôts et un meilleur service public quand même pour les aider à s’en sortir ! Moins de profs et un enseignement bien meilleur à la fin... comme il existait déjà moins de trains, mais avec plus de place à l’intérieur et qui coûtaient forcément moins cher aux voyageurs. Une immigration régulée dans son ministère « flambant » neuf... (moins de péruviens, moins de togolais ou de maghrébins... et plus de suisses, de suédois ou d’anglais) je ne sais pas ! je ne sais plus... j’attendais de voir comme tout le monde... la fin des pubs avant le journal de vingt heures, la fin des grandes vacances, l’automne qui arriverait bientôt, et l’hiver qui suivrait avec « Elle ». Elle... et le type pense tout à coup qu’il était peut-être temps qu’ « elle » attrape enfin son téléphone pour se soulager un bon coup de tout un container de valoches qu’elle traînait sous ses yeux et qui n’arrangerait rien le moment venu pour voyager plus léger. Bon, d’accord !... le temps pourri installé sur Chamonix depuis le mois de juin n'encourageait pas nécessairement une fille comme elle et son bronzage de trois mois, à venir se faire chier toute la journée devant la télé d’une chambre d’hôtel à cause d’un flux de sud ouest dopé au viagra. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Travailler plus pour gagner plus&lt;/span&gt; ! expliquait encore Nicolas juste avant de partir se reposer chez des amis milliardaires qui disposaient d’une maison de campagne plutôt sympa à Wolfeboro (1)... (Quel rapport me direz-vous ?) aucun ! Rien, zéro, néant, peanuts… peau de balle ! sinon que cet air-là, martelé durant toute la campagne présidentielle, retentit aujourd’hui jusque dans le ciel du haut Faucigny avec un excès de zèle peu commun. Une coïncidence sûrement. Une répétition grandeur nature au firmament d’un putain de temps de merde, avant le grand concert de l’application de nouvelles mesures sociales et policières prévues pour tous dés la rentrée. Elle… et je commençais un peu à penser, qu’un tas de trucs comme des sentiments humains un peu forts avec la personne la plus importante de sa vie... valaient sûrement bien une montagne, même la plus belle du monde, même la plus haute de toute l’Europe occidentale (et oui… même si la protubérance mythique de l’ancien royaume de Sardaigne restât officiellement à faire redescendre de son piédestal historicisé en tant que « roi du continent européen » depuis qu’une certaine géographie victorienne se chargea de rétablir la gigantesque chaîne du Caucase dans nos frontières). Sacrés anglais ! et rappelez-moi ce fait plus tard si vous voulez bien ! Rappelez-moi l’idée de ce fait un peu flou pour que tout soit parfaitement tiré au clair... Oui, rappelez-moi ce fait d’une histoire des cartes, sujettes à la fluctuation de quelques esprits bien ordonnés et d’un ensemble de principes d’abornements... l’élaboration du grand cadastre universel ; cet élégant dessin de la propriété inaliénable à l’échelle du genre humain gentil comme tout et du bonheur considérable de vivre ensemble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Ne pas à confondre avec Waterloo. Lieu qui désigne la bataille perdue par les armées du nord le 18 juin 1815 où Le grand Napoléon dû s’incliner face au duc de Wellington, à cause d’un tas d’ordres contradictoires erronés, un peu stupides ou mal transmis par l’empereur. Pour Rothschild... ce fut l’occasion d’une opération financière extraordinaire. Informé assez tôt des événements, le banquier vendit tous ses titres qu’il racheta au dernier moment alors que les cours s’étaient effondrés. L’annonce, dans la capitale britannique le 22 juin, de la victoire des alliés provoqua une hausse considérable des cours et la fortune du célèbre financier.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle… mon Héloïse, ma Giulietta Capulet, ma Nathalie Wood, ma lady Chatterley. Elle… ma Pénélope, ma Bonnie Parker... Elle !... et je pensais à ces quelques lignes de François-René... qui m’accompagnaient jusqu’aux aires de bivouac les plus improbables de mes randonnées solitaires au milieu des pierres un peu rêches. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Malheureusement l’âme de l’homme est indépendante de l’air et des sites. Hélas ! un cœur chargé de sa peine n’est pas moins pesant sur les hauts lieux que dans les vallées&lt;/span&gt;. François-René, qui soit dit en passant, tacle un peu ce cher Rousseau, de 56 ans son aîné ; et franchement ! ce type-là aurait pu montrer un peu plus de respect pour son parent prolifique dans la chose du sentiment en général et de la nature profonde de la morale en particulier. Monsieur de Chateaubriand, et son art du « transport » exagéré, tout de même moins prompt à s’exalter de quelques tournants affreux au détour de son voyage dans les Alpes qu’à foncer tout droit dans les gais replis du grand précipice féminin. Et comme je le comprenais finalement. Oui, comme je comprenais que l’on pu ne pas s’emballer bêtement sous l’écrasant principe des hauteurs considérables au détriment des douceurs invisibles du martyr amoureux. Et « l’enchanteur » de poursuivre à propos de son éloge des montagnes : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Leurs têtes chenues, leurs flancs décharnés, leurs flancs gigantesques, hideux quand on les contemple de trop près, sont admirables, lorsqu’au fond d’un horizon vaporeux ils s’arrondissent et se colorent dans une lumière fluide et dorée. Ajoutons, si l’on veut, que les montagnes sont la source des fleuves, le dernier asile de la liberté dans les temps d’esclavage, une barrière utile contre les invasions et les fléaux de la guerre. Tout ce que je demande, c’est qu’on ne me force pas d’admirer les longues arêtes de rochers, les fondrières, les crevasses, les trous, les entortillements des vallées des Alpes&lt;/span&gt;. Sacré rené !... (ce texte fut étrangement oublié des plaquettes touristiques chamoniardes, ignoré jusque dans la Pléiade et on se demande bien pourquoi ?) quelques conjugaisons d’apparence triviales à propos des monts naturels les plus hauts par lesquels l’écrivain voyagea l’année 1805, et dont on pu à la réflexion, extraire secrètement la moelle épinière par le simple effet d’une transposition de son sujet principal par le jeu d’une métaphore discrète, une allégorie de ce que le génie du romantisme avait peut-être eu à fréquenter d’un peu trop près les vertiges de la scène politique parisienne et l’autorité d’un général passé maître de France puis de l’Europe toute entière aux conditions de sa seule petite ambition personnelle. Ce Chateaubriand peint par Girodet, la main droite ostensiblement rangée dans son plastron devant les ruines de Rome... plutôt que ce triste portrait de Guérin d’un type, le front abattu, sur fond de paysage escarpé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;21 juillet - ciel couvert toute la matinée - éclaircies probables en milieu de journée avant l’arrivée d’un nouveau front de précipitations. Elle... et je me disais qu’il nous restait encore quelques jours de vacances pour tenter de se retrouver à une altitude convenable... réussir quelques passages d’escalade débonnaires pour nous redonner confiance. Oui, elle… et je pensais qu’une arête de neige assez fine nous obligerait peut-être à faire encore un bout de route ensemble dans la même direction ; deux belles pentes assez raides et nous deux encordés sur un fil au milieu. « Allo... oui bien sûr que c’est moi, qui veux-tu que ce soit ?!... ça me fait plaisir que tu m’appelles... D’accord, à midi... Évidemment que je serai là. Non... je crois qu’il doit faire beau cet après-midi. Ta robe rose !... oui, la rose pâle, celle avec les petites bretelles en dentelle ?... Elle... et Imaginez ce type-là, son iPod bloqué sur un morceau de Bach depuis le début de la matinée… une variation pour piano interprétée par Glenn Gould (Sarabande – BWV 826). Un gars plombé sous une météo dégueulasse, incapable de décoller ses oreilles d’un morceau de Bach un peu chiant sous les cimes éternelles malgré la retraite considérable des glaciers et toute une biodiversité en danger. Un type... et son équilibre précaire, son attitude funeste face au péril climatique qui l’attend ; sa dépense d’énergie inutile qui multiplie nos chances de nous prendre un drôle de coup de chaud dans les décennies prochaines. Un type... ses modes de transports un peu rapides et tout ce qu’il rejetait dans la couche d’ozone depuis qu’on parlait ensemble ; une moyenne estimée à 6,8 tonnes d’émission annuelle de CO2 dont chaque français était responsable selon un dernier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Oui, et même si l’on pouvait toujours se gausser de ne pas faire figure de lanterne rouge en ce domaine des chiffres officiels et de leur démagogie arithmétique. Entre 1995 et 2005, ces seules émissions de gaz carbonique auraient augmenté de 20% dans l’atmosphère, contribuant à un réchauffement général dont tout un tas de gens respectables continuaient de nier la triste réalité, en partie à cause d’une planète Mars qui se réchauffait aussi et même trois fois plus vite que chez nous ; Mars... et que sais-je encore d’un tas d’hypothèses de toutes sortes, favorables à cette idée assez commode de laisser faire et voir venir (dans l’ordre que vous voudrez !) La terre se réchauffait... une somme importante de données scientifiques convergeaient partout dans le même sens, et dans les Alpes, c’était encore pire. (Depuis les années 90, la confédération helvétique, très en avance sur le terrain de l’analyse climatologique, continue d’enregistrer un rythme d’évolution des températures moyennes, trois fois supérieur au reste de la planète). Un diagnostic du climat alpin probablement valable sur d’autres points hauts du globe, mais il manquait des systèmes de mesures pour le vérifier comme dans les Andes ou en Himalaya. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À l’horizon 2080&lt;/span&gt;, nous dit encore le GIEC &lt;span style="font-style: italic;"&gt;la majorité des glaciers alpins auront disparu&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;La terre se réchauffait, les glaciers fondaient... tout foutait le camp à une allure considérable dans une sorte de catalepsie générale. Une vérité qui dérange selon le titre du célèbre document filmé d’Al Gore, l’ex « presque » président des États-unis d’Amérique, reconverti dans le lobbying écologique. Oui, bon, voilà... et on était bien avancé ! Un tas de saloperies dans l’air ; un tas de poubelles dont on ne savait pas quoi foutre ; des déchets toxiques... responsables de 47 000 morts par an, en majorité causés par des pesticides (1) ; l’eau... qui manquait a pas mal de monde (selon le PNUD (2), plus d’un quart de la population mondiale serait actuellement privée d’eau potable), mais qui débordait d’un tas de piscines un peu moches d’un paquet de gens qui eux, ne manquaient jamais de rien. La déforestation... Environ 7 millions d’hectares (3) de forêts disparaissent chaque année, si l’on tient compte des reboisements qui suppléent les forêts primaires détruites. Des forêts millénaires et leur précieuse diversité biologique remplacées par un tas de bouts de bois ordinaires. De la même manière, le chiffre courait de 16 millions (4) le nombre d’espèces menacées sur la terre, de l’esturgeon (Acipenser brevirostrum, A. sturio) à L'orang-outan de Sumatra (Pongo abelii) ; une vraie misère. Oui ! une véritable calamité pour le genre humain et tout ce qu’il foutait en l’air sans vraiment s’en rendre compte en bouffant des chips devant sa télé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Source OMS.&lt;br /&gt;2- Programme des Nations Unies pour le développement.&lt;br /&gt;3- Source FAO&lt;br /&gt;4- La "liste rouge" de l'IUCN (Union mondiale pour la Nature)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi 21 juillet... « Elle » m’avait fait la surprise de son arrivée le jour de la visite de Luc Chatel, secrétaire d’état au tourisme, en déplacement à Chamonix pour inaugurer la station météorologique « la plus haute d’Europe » et s’expliquer sur son projet de loi sur la consommation, sa réforme des classements hôteliers par étoiles, l’instauration d’une norme de haute qualité environnementale « HQE » pour affirmer la volonté de son gouvernement de travailler à cette vague idée de développement durable dans la pratique d’un écotourisme très à la mode depuis que Nicolas Hulot foutait le bordel sur les plateaux de télévision à la place des Verts occupés à voter qui d’entre eux aurait les épaules assez larges pour porter l’élégant sinople (1) devant les caméras du vingt heures. Jean-Marc Peillex (encore lui !)... avait profité de l’occasion pour inviter les médias sur le site qu’il avait retenu pour installer ses toilettes « les plus hautes du vieux continent ». Des chiottes à 4360m d’altitude sur la route du Mont-blanc ; des latrines... les plus chères d’Europe, aussi ! 145 000 euros le monument d’aisance le plus con de toute l’histoire des Alpes. Sacré Jean-Marc !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Un des émaux héraldiques de couleur verte (ligne diagonale descendant de la gauche vers la droite). Le mot provient d’une mystérieuse évolution de la langue française. À l’origine Sinopre, « rouge »... du gr. Sinôpis terre rouge de Sinope... (Et je vous laisse vous amuser de cette bonne fortune linguistique, comme elle m’est apparue au hasard d’une réflexion ludico-politique et sans perversité aucune de ma part).&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brigitte accepta volontiers de répondre à toutes les questions posées par les journalistes débarqués en hâte sur l’affaire d’un monsieur suisse comme il faut, liquidé en terres françaises à cause d’un tas de pierres un peu usées et d’un vieux guide qui n’avait rien pu faire pour les arrêter.&lt;br /&gt;- J’ l’ai vu « partir ». Il n’a rien dit à ce moment-là. Comme s’il ne se rendait pas vraiment compte de ce qu’il lui arrivait. Le guide se tenait la main, apparemment écrasée par une grosse pierre qui venait de se détacher du sommet. Je crois que c’est comme ça qu’il a lâché la corde.&lt;br /&gt;- C’est donc bien le guide qui a lâché la victime ?&lt;br /&gt;- Il n’a rien lâché du tout ! C’est la corde qui a cédé. En tombant, les blocs ont broyé jusqu’à l’âme la corde tendue sous le poids du client, et tout a fichu le camp.&lt;br /&gt;- Vous êtes qui ?&lt;br /&gt;- Oui, qu’est-ce que vous avez vu, c’est quoi votre nom ?&lt;br /&gt;- Je ne suis rien du tout, avait d’abord répondu Zian. Je vous dis juste que c’est la corde qui n’a pas résisté. Je suis guide... et je connais bien Louis. Tout le monde le connaît ici. Personne vous dira autre chose, demandez autour de vous... Louis est un type bien et qui connaît son métier. Non, jamais il n’aurait pu lâcher un client.&lt;br /&gt;- Vous deux, vous vous connaissez ?... Comment vous vous connaissez ?&lt;br /&gt;Le journaliste, un p’tit teigneux, joufflu et ses lunettes trop grandes sur le nez, répétait la question de toutes les bonnes manières qu’il avait appris à demander aux gens de quelle façon ils baisaient, à quelle heure et avec qui...&lt;br /&gt;Charlie Bahut... correspondant d’un grand journal du soir français fut lui aussi commandé de recueillir le précieux récit des deux seuls témoins oculaires de la scène tragique des Ravanel-Mummery. Un type, la gueule de l’emploi, plutôt réputé pour bosser sérieusement dans le milieu montagnard dont il s’était fait une spécialité reconnue par les uns et largement critiquée par les autres. Une preuve s’il en fut besoin, de l’intégrité du bonhomme... Un Charlie Bahut, assez rare pour être ici signalé, mis en exergue, extrait d’un pamphlet à l’adresse de toute une profession « modeste, perspicace, honnête et particulièrement exigeante sur le plan éthique ». Un Charlie Bahut... (oui, car en marge des arcanes d’un métier définitivement rattrapé par les lois du marché, étranglé par toute une bande de petits comptables éblouis par la perspective de réussir enfin à régner sur le monde des idées libres et insolentes, pour les empêcher de faire chier ! il fut tout de même aussi des Christian Brincourt pour frotter les alpinistes dans le sens du poil... des David Roberts pour remettre les petites histoires de quelques « grands hommes » de la grande et belle mémoire de l’exploration alpine à leurs places... et des reporters intègres comme Charlie Bahut, celui de la vérité sur l’expédition nationale italienne au K2 en 1954 ; le Charlie redresseur d’histoires de héros à dix balles sur le deuxième plus haut sommet du monde. Bref ! Charlie aussi (une véritable idole pour le Club Alpin Italien qui lui en voulait à mort...) fut de cette partie de questions à charges en forme de procès d’intention écrit d’avance et sans contrepartie possible pour la victime. Oui, Charlie, ce jour-là, fut lui aussi de la meute... mais à la différence près de ses petits camarades de jeu, qu’il finit par envoyer sa main dans la gueule d’un binoclard péteux ; un cabot qui ne voyait que d’un œil, mais écrivait quand même dans les journaux avec ses deux pieds. Sacré Charlie !&lt;br /&gt;Un autre, pas encore 25 ans, les cheveux tout gelés dans le sens de la meilleure pente possible et d’un poste de rédacteur en chef qu’il espérait obtenir rapidement à la télévision ; un fan du ministre de l’intérieur, qui bandait chaque fois qu’au téléphone, sa mère lui lisait les résultats du deuxième tour des présidentielles sur la circonscription de Neuilly (Nicolas Sarkozy : 28.398, soit 86,8% des suffrages exprimés. Ségolène Royal : 4.315, soit 13,2%). « Putain ! répète... Vas-y maman, répète le score de Sarko avec le nom de la grosse naze de « soce » derrière... vas-y, c’est trop bon ! » La mère : « Et tu fais quoi en ce moment mon chéri ? » Le p’tit morveux et ses ch’veux tout droits : « Je suis à Chamoni-x... Une enquête sur un mec qu’est mort à cause de son guide. Le type était trop vieux, tu vois... genre dans les cinquante balais passés ! Il a pas réussi à tenir la corde ou même y’en a qui disent qu’il l’aurait fait exprès... et le Suisse s’est cassé la figure en plein vide. Une chute d’au moins deux mille mètres je crois, ou peut-être plus... je sais pas, j’ai mal entendu... le flic parlait vachement bas. J’espère qu’on va quand même pouvoir exploiter son interview ». La mère (ex grand reporter au journal Elle, aujourd’hui productrice d’émissions de télé réalité) : « C’est horrible !... et avec ton équipe, comment ça se passe ? » « Faut les traîner... l’ingé son surtout ! genre : les trente-cinq heures... Faut s’arrêter à midi pile pour boire l’apéro... genre : des mecs de gauche qu’ont toujours rien compris au film. Sinon j’ai l’interview exclusif d’un témoin du meurtre ». « On dit une interview, mon chéri... interview, c’est féminin ». « Ouais si tu veux, mais la fille, c’est une bombasse, je te jure !... J’ai demandé au caméraman de resserrer le cadre au maximum sur elle pendant que je l’interrogeais et je vais commencer le sujet avec ça, juste quand elle pleure. Le red chef trouve aussi que c’est une bonne idée ». « Je suis fière de toi mon petit chéri. Ah oui, je voulais te dire aussi que j’avais dîné avec un ami qui travaille à la direction de France 3. Un type bien. On faisait du bateau ensemble avec ton père, tu sais ! le joli voilier sur les photos de Deauville ? Il est convaincu que tu devrais venir le voir pour que vous trouviez un terrain d’entente ensemble. Cette personne me doit beaucoup tu sais ! » « Mais maman, c’est nul France 3. C’est une télé de vieux, personne regarde ce truc... » « Tu te trompes mon chéri. Tu sais, Nicolas a promis de tout changer dans l’audiovisuel public, secouer les vieilles habitudes syndicales, virer les émissions culturelles ringardes, faire des trucs qui plaisent aux jeunes sur Internet... pour ça, il a besoin d’éléments comme toi, capables de s’adapter tout de suite à des postes d’encadrement importants. Tu devrais quand même y réfléchir sérieusement.&lt;br /&gt;Louis Dayot n’avait plus rien voulu répondre. La télévision, les radios, les journaux... L’avocat du guide, s’efforçait chaque jour de lui commenter un résumé des différentes versions du « drame de l’été » étalées dans la presse. Une information mixée, samplée d’un titre à l’autre, d’une déclaration officielle d’un procureur général aux élucubrations de la foule interrogée dans les nombreux micro-trottoirs ; du point de vue d’un expert de la neige fondue au-dessus de 3000 mètres à celui d’un spécialiste des problèmes de refoulement chez les personnes exposées quotidiennement aux problèmes du repli des espaces verglacées en période estivale. De sorte que le vieux « marron » présenta très vite les symptômes d’une aphasie totale face à tout ce qui pouvait ressembler à quoi que ce soit de susceptible d’en rajouter sur son sort et l’avenir de son joli métier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Rien... le vieux ne veut plus rien lâcher ! » s’énervait sur son téléphone portable le reporter farci de raclettes, de Pela des Aravis et de Talmouses au Beaufort. « Mais bien sûr que j’ai tout essayé pour lui tirer les vers du nez... oui... le Crepy, la Roussette, le Chautagne et même un St Jeoire je crois... Non... je savais même pas que ça existait le vin de Savoie ; c’est un type d’ici qui m’a donné la liste, mais je te dis qu’il boit rien. Le vieux ne boit que d’l’eau. Si je te l’dis ! ...Un peu plus de 120 euros... Oui, je sais que c’est cher pour faire parler un type qui ne dit rien, mais on peut aussi dormir dehors si tu veux ?! ça économisera les notes d’hôtels... on peut dormir dans la bagnole, et attendre tranquillement que le gars se décide à toquer à la portière pour nous prier de l’interviewer... « Oui, bonjour, voilà, je m’appelle Louis Dayot et je suis le guide qui a poussé dans le vide un milliardaire suisse. Je suis vraiment content de vous voir parce que je voulais vous raconter en exclusivité comment j’avais monté le coup de la chute de mon client pour lui piquer tout son pognon. Seulement voilà, l’affaire a mal tourné à cause de son fils qu’à t’nu bon et de deux témoins qu’étaient pas prévu dans le scénario. » ...Comment j’en rajoute ! Non, je ne rajoute rien... Tu rêves l’info le matin en te levant et il faudrait qu’on te ramène le film pour midi sans que ça te coûte une thune... c’est ça la vérité. ...Mais non je ne m’énerve pas. Oui, je sais que c’est toi le boss et que t’as rien d’autre à mettre dans ton édition de ce soir... oui, c’est ça le problème ! ... bien sûr que je peux te le répéter dans le bureau de la direction quand on rentre. ...Ça veut dire quoi : j’ai de la chance d’avoir « mon » syndicat qui « me » protège ?!... mais va te f... » Le reste de la conversation est tout à fait inutile à retranscrire ici, eussiez-vous cette inclinaison, ce fâcheux penchant... pour cette nature fort délicate des échanges humains, en particulier lorsqu’il s’agit de conflits hiérarchiques révélateurs de la bonne santé des entreprises et de la qualité de leurs relations sociales.&lt;br /&gt;Le journaliste... (c’était tombé sur lui au hasard d’un tableau de service établi de longue date par ses supérieurs hiérarchiques, dans leur souci de prévoir l’info très longtemps à l’avance et de passer complètement à côté le jour venu pour réaliser des économies d’énergie !) Ce reporter de télévision... débarqué à Chamonix accompagné de toute une équipe technique équipée pour le surf, était en charge de tout ce qui touchait au monde marin en général et aux faits-divers en particulier lorsqu’il ne s’occupait pas de sa rubrique consacrée à l’utilisation du plâtre doré dans l’architecture religieuse du nord de la France au XVIIe siècle... Bahut, le premier, fit quelques pas pour serrer la main de son homologue de France 3. Une simple politesse. Après plusieurs jours d’enquête, la conférence de presse organisée au tribunal de Bonneville devait enfin permettre de connaître plus précisément les faits retenus à l’encontre du guide chamoniard. Le fils de la victime était aussi présent, accompagné de son avocat, un ténor du barreau suisse. Libé, le Figaro, le Dauphiné, La tribune de Genève... Match... TF1, France 2, RTL, Europe, la RTBF, la TSR bien sûr ! NHK... Les « grands médias », mais aussi TV8Mont-blanc, TVmountain.com, TVtrucpoint chose... une forêt de micros, de caméras, d’appareils photos, de téléphones et d’ordinateurs portables braqués sur le perron du TGI s’étaient d’un seul coup précipités sur le magistrat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Aux vues des différentes investigations pratiquées ces derniers jours dans des conditions assez difficiles où je tiens à remercier le formidable travail conjoint des services de la police judiciaire et de la gendarmerie de Haute-Savoie, Je vous précise que selon la décision prise par le juge d’instruction chargé du dossier ; Louis Dayot, 55 ans, marié, exerçant la profession de guide de haute montagne à Chamonix Mont-blanc... a fait l’objet d’une mise en examen dans l’affaire dite des Ravanel-Mummery. Affaire qui je vous le rappelle, s’est tristement conclue par le décès d’une personne, un industriel de nationalité suisse, à la suite d’une ascension qu’ils effectuaient, lui et son fils, sous la conduite d’un professionnel rémunéré. Celui-ci a été placé en détention provisoire aujourd’hui à 14 heures. Il s’avère aux vues de faits relevés lors de l’enquête préliminaire, que le dit-Dayot n’aurait pas réuni toutes les conditions nécessaires à la garantie d’une entière et complète sécurité pour ses clients. Il a entre autres été établi que la météo, ce jour-là, bien qu’assez bonne sur l’ensemble du département... présentait néanmoins quelques risques d’évolution rapide à cette altitude et que le professionnel, sur cette base d’information, aurait donc pu renoncer à partir. D’autre part, il s’avère également que le guide aurait eu la possibilité de vérifier la solidité d’une roche déjà réputée pour son inconsistance, mais que celui-ci n’en a rien fait en préambule de s’engager avec ses clients dans cette voie. La deuxième partie de l’enquête devra déterminer si la chute de la victime est conséquente à une erreur technique du guide alors qu’il manipulait le matériel de descente... ou bien si les conditions naturelles seules ont décidé du dénouement tragique de cette aventure. Plusieurs personnes ont d’ores et déjà été entendues sur ce point, dont une jeune femme qui se trouvait sur les lieux au moment des faits et qui déclare ne pas pouvoir affirmer de façon certaine la thèse de la seule cause naturelle. Sur les souhaits du juge d’instruction, le témoin pourrait être à nouveau reçu par les services d’enquête dans les jours qui viennent ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le procureur général avait ensuite accepté de répondre à quelques questions.&lt;br /&gt;Le p’tit teigneux, son œil poché et un micro tendu à bout de bras : « Monsieur le procureur s’il vous plait, c’est pour RTL ! est-ce qu’il pourrait s’agir d’une affaire de vol qui tourne mal ? Dayot connaissait la fortune de son client et on sait que le guide avait du mal a finir ses fins de mois. Guide... c’est pas forcément un métier bien payé. » Le procureur : « Aucun élément ne nous permet d’étayer cette possibilité pour l’instant ». « Mais est-ce que vous le croyez coupable ? vous parlez de possibilité !... » La tête d’œuf et ses cheveux tout durs collés dessus, au téléphone avec sa mère : « Oui, maman... mais laisse-moi !... bien sûr que je lui pose... » « S’il vous plait, oui, pour M6... Il risque quoi ? Je veux dire... le type peut prendre combien au pire ? » « Pour le sept à huit de TF1... Est-ce que vous pouvez nous accorder de filmer Dayot dans sa cellule et en exclusivité pendant qu’il chiale ?... » France 3 : « On a pu rencontrer le maire qui nous confirme que Louis Dayot était plutôt un type bien, un bon guide nous ont dit encore la chambre de commerce, l’office du tourisme, sa femme et son chien !... » « S’il vous plait, pour la TSR... As t’on retrouvé le portefeuille et la carte bleue de la victime ou bien ? Avait-il du liquide sur lui ? » Charlie Bahut, dégoûté... : J’me barre, j’vais boire une bière.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À peine un clignement de l’oeil de l’avocat de la partie civile avait suffi pour que la clique se jette sur sa déclaration Une version des événements forcément objective ! « Un meurtre... oui messieurs, nous parlons bien là d’un horrible crime perpétré au motif de l’incroyable incompétence d’un professionnel qui aurait dû passer la main depuis longtemps. Mon client, le fils... de la « pauvre » victime a tout vu... comment celui-ci, pour reprendre ses termes avec exactitude... oui, comment il se traînait dans les pierriers dés le matin du drame ; comment il semblait marcher mollement alors que le terrain permettait presque de courir ; comment pas une seule fois, il avait accélérer la cadence... un rythme rébarbatif, d’une lenteur affreuse, harassante pour ses clients habitués à la vigueur du monde des affaires ; comment aussi, cet individu, ce barbon... répétait de manière sénile un vocabulaire pour le moins dénué de sens comme : « tends-y bien », ou « donne bien le mou »... Oui, messieurs ! et vous voudrez bien prendre note que la justice française ne semble pas faire beaucoup de cas de ce témoignage précieux, de cette « relation » sincère... la seule qui puisse réellement constituer une preuve de ce qu’il est vraiment arrivé ce jour-là aux Ravanel-Mummery. Oui, messieurs... Dans cette affaire, tout le monde sent bien que des intérêts convergent pour ne pas noircir le tableau d’une profession portée aux nues depuis des siècles et qui compromettrait les bénéfices de beaucoup, l’économie d’une région toute entière, l’image... la réputation nationale. Mais ce n’est pas parce que toute une littérature s’entend depuis toujours pour enrichir d’adjectifs « le métier le plus beau, le plus noble... le plus courageux du monde » qu’on n’est pas en droit de se poser les vraies questions sur l’état d’esprit qui l’anime quelquefois dans son arrière cour. Sachez messieurs, et je vous invite à lire un certain nombre de documents historiques que je tiens à votre disposition et entièrement libres de tous droits de reproduction. Oui, sachez que ces mêmes guides chamoniards, solidaires aujourd’hui pour dénoncer le funeste point de vue qui s’abat sur leur corporation, la juridiciarisation des rapports humains qui s’étend jusque dans leur jolie chapelle libertaire... sont ceux aussi qui ont oublié de briller par leur bravoure lors de l’affaire des pauvres Vincendon et Henri™ (1). Deux jeunes garçons morts dans des conditions atroces après avoir agonisés pendant quinze jours sous le sommet du mont-blanc l’hiver 1956, alors qu’un tas de gens biens, responsables de « la désorganisation des secours », se chamaillaient dans leurs coins au lieu de tenter de faire quelque chose d’un peu intelligent pour extraire les malheureux de leur tombeau hivernal ». L’avocat perspicace n’avait fait référence qu’à cette seule affaire emblématique, sachant qu’un jeune journaliste aurait du mal à s’intéresser à plus d’une information nouvelle pour lui à la fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Être secouru n’est pas un droit quand on s’est mis sciemment en position dangereuse&lt;/span&gt; pouvait-on retenir d’un plaidoyer de la Cie des guides cité dans un article du monde daté du mois de janvier 1997.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Pierre Chapoutot, écrivain et grand alpiniste amateur, avait un jour permis un rapprochement fort intéressant entre la grande histoire des deux hommes revenus gelés de la « victoire sur l’Annapurna en 1950 » et l’affaire de la mort des deux jeunes alpinistes ce Noël 1956. Je vous le cite dans un texte des annales du GHM (groupe de Haute Montagne) écrit en 2005. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;On était alors en pleine guerre d’Algérie, et l’aventure des deux garçons ne coïncidait en rien avec les schémas du moment. Il suffit d’écouter le colonel chargé des opérations héliportées : « Cela doit faire réfléchir certains sur ce qu’il y a de choquant dans le fait que des jeunes gens, courageusement sans doute, mais pour leur plaisir, nous entraînent à mettre en œuvre un matériel précieux pour l’Afrique du Nord. Nous risquons pour deux imprudents, de manquer de moyens pour en sauver là-bas un grand nombre qui s’y trouve involontairement, mais de grand cœur ». Ainsi deux hommes périssent gelés au Mont-blanc et c’était bien fait pour eux... puisqu’ils y étaient « pour leur plaisir ». Deux hommes étaient revenus gelés de l’Annapurna : c’était des héros&lt;/span&gt;. Deux hommes... Maurice Herzog, né à Lyon (une A.O.C. Neuilly s/Seine par adoption) et Louis Lachenal. « Simple » Guide à Chamonix™. Deux types... dont le premier au moins, ne fut jamais dupe (quoiqu’il se soit évertuer souvent à nier ce point précis en se contredisant tout le temps !) de leur véritable « mission » sur un des plus hauts sommets de la terre. Deux types en service commandé pour rabibocher le destin français avec son esprit de gloriole, son lustre passé, son vernis d’antan (la seconde guerre mondiale était passée par là et l’humiliation pesait encore sur « le génie » français). Louis Lachenal donc... un peu par hasard ce jour-là, ce 3 juin 1950 (car il aurait tout aussi bien pu s’agir de Lionel Terray ou du grand Gaston Rébuffat...) tous les trois guides à Chamonix, des professionnels de tout premier ordre, des légendes de l’alpinisme de ces années d’après-guerre, tous embarqués dans la même galère, et même si leurs noms ne disent plus rien à personne aujourd’hui. Louis Lachenal... qui accompagnait Maurice Herzog au sommet ! « Momo » pour les intimes, dont le véritable compagnon de cordée fut plutôt ce drôle de type et ses manières un peu austères, ce forçat du lobbying, un as de la prospective... Lucien Devies resté à Paris pour tirer les ficelles de « la plus grande expédition française de tous les temps ». Lucien Devies, à qui l’image du grand alpinisme national français doit à peu près tout de sa période d’après-guerre jusqu’aux années soixante-dix. Un grimpeur d’élite des années trente avant de réussir à prendre de la hauteur dans les ministères par le biais de ses nouveaux super pouvoirs administratifs acquis au sein de l’appareil institutionnel alpin. Devies, président de tout. Devies... qui détestât les petits, les sans grade, les tâcherons... comme il n’aimât guère les guides non plus : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ce n’est pas à la vie alpine que j’ai menée par la suite qu’ils doivent d’avoir pâlis dans mon esprit&lt;/span&gt; (retrouve t’on écrit dans les archives personnelles de l’artisan de l’Annapurna et de la grande majorité des expéditions françaises d’envergure qui suivirent jusqu’à ce qu’il se décide enfin de passer la main) &lt;span style="font-style: italic;"&gt;mais bien, quoiqu’en pensent les augures les plus autorisés, parce que j’ai abordé les courses de la plus mauvaise manière qui soit à mon avis, c’est-à-dire par l’alpinisme avec guide. J’imagine avec la force du regret d’un paradis perdu, quelle joie se doit être que de se lancer avec des amis aussi peu avertis que soi à la découverte de ce monde formidable et merveilleusement inquiétant, d’en percer peu à peu le mystère. Certes les guides sont parfois d’agréables compagnons et pour moi, j’ai eu l’occasion d’en apprécier plusieurs, mais leur présence dans des courses qu’ils connaissent tue presque à coup sûr toute aventure&lt;/span&gt;. Et je vous laisse méditer un instant sur ce décalage entre la pensée « deviessienne » dominante d’après guerre et celle pour le moins liberticide de notre manière actuelle d’appréhender la prise de risque en général et en montagne en particulier. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ce sommet de l’Annapurna&lt;/span&gt; écrit Michel Guerin au détour de quelques lignes qui préfacent la formidable enquête de David Roberts. Ce sommet... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;a coûté à Lachenal ses pieds et ses mains... pour Herzog, qui aura la gloire, ce sacrifice ne fut pas vain. Lachenal, lui a tout perdu. Avec ses pieds coupés, disparaissaient sa grâce et son génie d’alpiniste, son bonheur et le sens de sa vie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce Lucien Devies-là, pour n’y revenir qu’une seconde ; le président du Caf, l’homme clé de la supercherie nationale la plus haute de tous les temps ; Lucien Devies... et qui resserrait les boulons partout à la fois...&lt;br /&gt;- Lucien Dévisse !... et j’avais quand même un peu de mal à trouver une bonne chute pour arrêter de parler d’un type qui plaçait l’identité et l’honneur national au-dessus de tout.&lt;br /&gt;Il s’était mis à rire comme un gamin, peut-être à cause d’ « elle » qui lui souriait doucement après toute cette absence.&lt;br /&gt;- Lucien « dévisse » !... t’es vraiment con !&lt;br /&gt;- Bon allez... c’est juste pour s’marrer, on peut quand même se marrer sacré vinzou ?!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils s’étaient arrêtés à la Potinière, avaient commandé une soupe de poisson avec un peu de rouille, des croûtons et du fromage râpé, pris un cheesburger avec un grand pichet de rosé pour patienter avant les moules.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Pourquoi tu me racontes cette histoire, là, maintenant ? Lachenal, Devies, Rébuffat, Terray... un tas de types dont plus personne ne se souvient !&lt;br /&gt;- Et il y avait encore Ichac, Couzy, et puis Marcel Schatz... un physicien ; ce mec a ensuite fait partie de l’équipe qui a mis au point la bombe atomique française. En tout, neuf mecs étaient partis de Paris pour tenter de vaincre un sommet de plus de huit mille mètres, mais on s’était arrangé dés le départ pour qu’il n’en subsiste qu’un seul dans la mémoire des gens... un mythe, tu comprends ! L’Annapurna... c’est rien qu’une belle fable, une escroquerie historique. Et pourtant, si tu demandes à n’importe qui de citer la seule montagne qu’ils connaissent à part le Mont-blanc, ils te disent : l’Annapurna, oui, et le seul alpiniste... qu’ils connaissent s’appelle Herzog ! « le commandant Cousteau » des hauts sommets. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Notre Lindbergh, notre Redford, notre Senna...&lt;/span&gt; avait écrit « notre » d’Ormesson dans le Figaro (un article paru en 1997 à la suite de la publication d’un recueil de souvenirs de « notre » grand Momo national intitulé&lt;span style="font-style: italic;"&gt; L’autre Annapurna&lt;/span&gt;). D’Ormesson, Jean d’O... de son vrai nom : Jean Bruno Wladimir François-de-Paule Le Fèvre d'Ormesson. le type qui se prenait pour Chateaubriand sur les plateaux de ses potes de la télé. Je sais pas si tu te rends compte dans quel monde on vit ! Herzog et l’Annapurna... j’ai appris ça à l’école comme des millions de petits français de mon âge. Un type... « un alpiniste » dont j’ai jamais réussi à trouver la liste de courses, à part un truc qu’il avait fait en « second » aux arêtes de Peuterey quand il était encore entier.&lt;br /&gt;- Tu veux dire que le plus grand alpiniste français de tous les temps n’était même pas... alpiniste ?!&lt;br /&gt;- Je sais pas, mais on pourrait dire ça comme ça.&lt;br /&gt;Aussi incroyable que ça puisse paraître, il aura fallu attendre le cinquantième anniversaire de « la victoire » pour qu’on commence à oser se pencher sur la vérité. Tu devrais lire le bouquin de David Roberts Annapurna, une affaire de cordée. Ça t’énerve à chaque page !... Le type, un ricain, va jusqu’à relever la suspicion qui existe dans l’esprit de certains journalistes français de ce qu’on est même pas certains que l’expédition ait véritablement atteint le sommet ce 3 juin... Charlie Buffet par exemple, qui a longtemps travaillé pour le journal Libération, pointe la fameuse photographie où &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Herzog semble maintenir le drapeau tendu pour simuler un étendard flottant au vent, un jour où il n’y aurait pratiquement pas eu la moindre brise...&lt;/span&gt; (où l’on nous refait le coup du drapeau qui nous avait déjà fait rire à propos des missions Apollo sur la lune...) De l’avis de Roberts, Charlie allait quand même un peu loin... mais bon, avec tout ce que la bande à Herzog et ses potes parisiens nous avait raconté comme salades depuis cinquante ans, on avait bien droit aussi d’en rajouter un peu. Sacré Charlie !&lt;br /&gt;- Mais qu’est-ce que tu as avec ce « Maurice Herzog » ? il est vieux maintenant... tout le monde a oublié.&lt;br /&gt;- Oui, comme on a préféré oublier les huit pauvres types qui ont risqué leur vie pour ramener leur beau héro presque entier de manière à ce qu’il puisse frimer tout seul devant les photographes de Paris Match. Et comme on avait déjà préféré oublié ce pauvre Docteur Paccard au Mont-blanc... Pareil... tout se tient !&lt;br /&gt;- Quel rapport ?&lt;br /&gt;- Dans l’affaire de la conquête du Mont-blanc, on avait préféré Balmat pour ce qu’il représenterait bientôt dans la mythologie chamoniarde. Tout se jouait dans l’idée qu’on avait besoin de fabriquer l’image d’un guide dans son habit de montagnard prévu pour lui et qui définirait le fondement d’un business dont on pressentait déjà qu’il rapporterait gros. Un guide... un Zian son côté rustre, ses beaux yeux bleus, son patois et ses grosses mains calleuses qui ne lâchaient jamais rien. Le guide... (une belle image pittoresque) et son client... un Monsieur bien comme il faut, qui peut payer assez cher pour que le premier la ferme sur son côté « humain » comme les autres ; la trouille qui lui remonte jusqu’aux amygdales les genoux bloqués dans une fissure trop large pour lui, les boules, les chocottes à cheval sur une arête un peu trop fine pour qu’il comprenne qu’il est trop lourd pour elle.&lt;br /&gt;Avec l’Annapurna au contraire... il fallait que ce soit le jeune Monsieur « bien sous tout rapports » qui l’emporte ; un jeune « chef », un meneur... plutôt qu’une bande de types et leurs idées libres, occupés toute l’année à courir la montagne pour leurs seuls plaisir ; une bande de trompe-la-mort sans lendemains, des ouvriers du spectacle !&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Seuls les esprits vulgaires&lt;/span&gt; a écrit L’auteur des « Conquérants de l’inutile » &lt;span style="font-style: italic;"&gt;oseront prétendre que le « travail » de l’acrobate de cirque, dont chaque geste est monnayé, a plus de valeur que l’effort du gymnaste qui, au risque de compromettre son avenir, sa santé et même sa vie, consacre gratuitement le meilleur de lui-même à la recherche de l’idéal d’incroyable mérite qu’il s’est forgé.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le truc, c’est que les mecs à paris avaient tout monté bien avant le jour du départ ; un coup génial. Devies, qui ne grimpait plus que dans les ascenseurs des bureaux ministériels ou sur les marches cossues qui conduisaient dans les beaux salons parisiens, avait commencé par écrire son plan tout seul sur du beau papier millimétré. Tout seul... c’est ça ! il fallait un mec tout seul au sommet qui jouerait le héro de la belle histoire à sa place. « Un seul » parce que deux héros, c’est déjà plus chiant à gérer dans la tête des gens et ça tient trop de place pour faire simple dans les journaux. Le type, Devies, est industriel dans le civil... un jour, il rencontre un autre type, industriel comme lui. Herzog. Même milieu bourgeois, né comme lui dans une grande ville un peu loin de la montagne qu’il pratique en amateur pendant les grandes vacances. Herzog a la gueule de Clark Gable, grand, l’air naïf, plutôt sympa, l’air du bon camarade. Le type connaît un peu la montagne, pas trop non plus... juste ce qu’il faut pour savoir marcher dans la neige en crampons avec un vrai guide devant pour lui tailler des marches à sa mesure. Un type élevé à donner des ordres pour rappeler à tout le monde qu’on a besoin de lui ; un type photogénique et qui cause bien sur les plateaux de télé. Maurice Herzog, un héro qui tombait pile poil. Bref, ces deux-là s’entendent comme deux larrons en foire jusqu’à décider de monter le casse du siècle sur les plus grandes hauteurs himalayennes encore vierges de toutes traces humaines. L’Himalaya, le toit du monde... quelques années après la seconde guerre mondiale, c’est à peu près tout ce qu’il reste à conquérir d’un peu palpitant sur la terre après le passage des anglais et leur ratissage systématique de tout ce qu’il avait été possible d’explorer sous l’ère victorienne à la faveur d’une reine toute occupée à restaurer la morale de la grande maison de Hanovre (Qui çà ?!...) Et je repensais encore à Lionel Terray : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Quel est l’esprit vulgaire qui osera prétendre que la prostitution utile valait mieux que les exploits gratuits ?... Qu’est-ce qu’une action utile ? Si, afin d’oublier le vide de leur existence, beaucoup s’enivrent de mots et parlent de leur « mission », de leur « rôle », de leur « utilité sociale », comme tous ces mots sont conventionnels et privés de sens ! Dans notre monde anarchique et surpeuplé, combien peuvent se vanter d’être vraiment utiles ?... Sont-ils utiles les millions d’intermédiaires aux titres honorables qui encombrent l’économie ? Les millions de ronds de cuir décorés, titulaires de sinécures qui ruinent l’état et paralysent l’administration, et les millions de bistrots, de chroniqueurs, d’avocats et de bavards en tout genre, qu’on pourrait supprimer demain pour le plus grand bien de tous !...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Et même sont-ils utiles, les médecins qui, au cœur des grandes cités, se disputent la clientèle comme des chiens affamés alors qu’un peu partout sur la terre des hommes meurent faute de soins !... &lt;/span&gt;sacré L...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle me regardait en souriant... son air qui s’en foutait complètement, mais qui semblait dire : « je t’aime. Je t’aime, toi et malgré ta montagne de rancoeurs, tes abîmes d’amertumes, tous tes pics affreux... le type, son côté barré au-dessus de quatre mille mètres et qui ne compte pas en redescendre avant d’avoir régler ses comptes avec les gens restés en bas pour le faire chier ». Lui, continuait de lui parler en agitant sa cigarette, une Lucky™ ; une autre, et encore une autre ; tout un paquet souple pour que ses tiges épousent la forme de ses poches vides ; un écran de fumée pour éviter qu’on le remarque derrière le verre de ses lunettes filtrées.&lt;br /&gt;« C’était des mecs libres tu comprends ! libres... »&lt;br /&gt;Je la regardais s’interroger sur ma façon de penser, « elle » et sa robe légère, un tissu rose pâle. Elle y avait pensé, elle avait pensé à mettre sa robe rose que j’aimais bien. Un rose qui en disait long sur nos amours passés, et je ne saurai dire ici toute la pagaille qu’on avait foutu dedans depuis vingt ans. Vingt ans, une vie entière... une montagne de sentiments et la somme innombrable de contrastes dans les milliers de coloris qu’on pourrait mélanger pour dépeindre une vie de couple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Libres ?!... Mais tu m’avais dit qu’ils étaient tous mariés. Terray, Lachenal, rébuffat...&lt;br /&gt;- ça n’empêchait rien. Ces mecs-là avaient tous des obligations familiales, mais ça ne changeait rien à leur façon de penser.&lt;br /&gt;- C’est facile !&lt;br /&gt;- Au contraire. Ne pas transiger sur ses idées, son indépendance d’esprit, tout en assumant ses véritables responsabilités, est-ce que ce n’est pas plutôt ce qui place un homme au sommet de sa condition humaine !&lt;br /&gt;- Je crois surtout que tu as du mal à être objectif avec des types dont tu mythifies les exploits.&lt;br /&gt;- Je ne mythifie rien, j’essaye juste de rétablir une vérité à propos d’un tas de trucs dont j’ai pu vérifier par moi-même qu’ils ne constituaient qu’un artefact assez méprisable de la réalité.&lt;br /&gt;- Tu démontes une construction mythologique pour en élaborer tout de suite une autre à l’aune de tes propres fantasmes. Terray, Bonatti... tu places les alpinistes au-dessus de tout. Comme si la capacité d’un individu à dépasser ses propres limites devait nécessairement l’emporter sur toute autre valeur morale. Et c’est toi qui me parles d’humanisme ?&lt;br /&gt;- Je ne parle que de quelques alpinistes seulement...&lt;br /&gt;- C’est encore pire ! Ton côté Nietzsche... et puis je vais te dire : tout le monde s’en fout de « tes » alpinistes ! des alpinistes, des histoires archaïques de montagne et tout ce qui fond avec dans la réalité d’aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais reconnu dans ses yeux ce moment tragique où notre belle complicité amoureuse trouvait franchement ses limites... Deux individus « spécialement » conçus pour vivre ensemble, mais qui préféraient se chercher des poux dans la tête pour se gratter chacun de leur côté.&lt;br /&gt;- Tu penses vraiment ça ?&lt;br /&gt;- Non, je pense que je t’aime vraiment. Toi, tout ce que tu ramènes comme sel de tes vacances à la mer. Ta petite robe de plage et une jolie couleur rose passée dessus. Le côté léger de tes robes d’été, tes habits de soie, tout ce que tu penses de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brigitte suivait Zian dans le bas de la rue Joseph Vallot. Charlie Bahut fit un signe pour les saluer depuis la terrasse du Rond point. Le journaliste s’était décalé de quelques mètres du rassemblement de reporters, tous installés sur les fauteuils d’osier de L’Irish Cofee. Zian retourna la politesse d’un mouvement de tête coïncidant parfaitement à une poussée énergique du pied droit. Sa planche de skate prit au moins deux mètres d’un coup avant d’exécuter un shove-it, plantant sur place la demoiselle de compagnie et ses deux couettes complètement chiffonnées. Charlie parlait à Nanette, une fille des Praz qui travaillait-là comme serveuse. La jeune fille n’avait pas quitté des yeux « l’espèce de pimbêche » planquée derrière ses lunettes fumées dégradées rose avec une énorme marque vissée sur les branches.&lt;br /&gt;- ça va Zian et toi ?&lt;br /&gt;Charlie - qui avait quand même aussi son côté fouille merde - avait balancé sa petite phrase dans son verre de bière, l’histoire de causer.&lt;br /&gt;- C’est-à-dire qu’on se voit moins depuis cette histoire avec Dayot. Tu sais, Zian n’a rien dit à propos de ce qui s’est passé là-haut. Rien ! pas un mot.&lt;br /&gt;- Je sais, il m’a tout expliqué le soir de l’accident. Je traînais dans le coin, je cherchais des trucs pour mon prochain bouquin. Sa cliente avait l’air décomposée.&lt;br /&gt;- Sa cliente ?!... tu parles... ça fait deux semaines qu’ils ne se quittent plus ces deux-là. Et vas-y que je te promène mademoiselle aux lacs des Cheserys, que je lui compte les edelweiss sur les sentiers du chapeau et que je lui cause mé des snailles le soir au bar du Tophe.&lt;br /&gt;Tu restes encore quelques jours ou bien ?&lt;br /&gt;- Je ne sais pas, j’attends de savoir si Louis s’en tire ou pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le studio donnait juste sur la rue du Bar des sports. Quelques mètres carré seulement au troisième étage d’un immeuble sans style particulier. Zian disposait-là d’un lit ou plutôt d’un simple matelas de coton jeté à même le sol recouvert d’une toile de survie décorée à la main. Un tissu high-tech en aluminium ultramince et peint façon flower power à l’aide d’une matière acrylique fluo. Sur le mur le plus grand, le guide avait accroché un bric-à-brac de tirages d’imprimante regroupés en fonction de leur couleur principale. On pouvait ainsi trouver pêle-mêle, punaisées sous les nuances de bleus : un ciel uni outremer pris depuis le sommet de l’aiguille Verte un après-midi du mois de juin ; un fond de piscine de l’hôtel Mont-blanc (un bleu turquoise et ses reflets d’argent) ; ou encore une flamme de gaz butane en plan très serré prise un soir de bivouac dans les aiguilles de Léchaux. Brigitte s’amusait chaque fois à compter les couleurs... ce bleu-là pour sa première nuit avec Zian, le rouge pour les trois nuits suivantes... ; du vert pour cette soirée où son guide préféré lui avait promis de ne plus jamais grimper qu’avec elle, un vert tendre qui comprenait un ensemble de quatre photos de mousses prises dans les sous-bois des gorges de l’Arveyron ; celle d’une émeraude en mode macro ; et puis une dernière image plus récente d’un portrait d’elle dans sa veste en Gore tex, un vert sève de sapin, sa couleur préférée avec le vert pomme et les glaces à la pistache. Un tas de couleurs lumineuses qui chamarraient les murs d’un blanc odieux pour la pudeur d’une jeune femme habituée à son intimité dans le secret des hôtels palaces.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette nuit-là fut celle du jaune tirant nettement sur une teinte orangée, presque un brun ; « rouille » avait rétorqué Zian. Brigitte, qui sans le savoir encore compterait plus vite qu’elle ne le pensait dans le sépia, affirma reconnaître la fille du Rond point, la serveuse qui parlait avec Charlie... Un tirage viré à peine plus flou que les autres, mais dont il était facile de déchiffrer l’allure d’une paire d’yeux entichés à l’adresse de celui qui avait eu l’aubaine d’appuyer sur le déclencheur. Brigitte compta une puis deux, puis dix synecdoques semblables et grossièrement pixellisées. Une paire d’yeux... une bouche, un sein de profil et d’autres détails corporels dont je ne saurais ici dévoiler la nature précise. Une sorte de puzzle de matière sensuelle dans une couleur passée, épinglée au mur entre d’autres trophées audacieux.&lt;br /&gt;- C’était une copine à toi ?&lt;br /&gt;- Qui ?&lt;br /&gt;- La fille de la brasserie tout à l’heure. Le journaliste qui t’a dit bonjour...&lt;br /&gt;- Ah Nanette !&lt;br /&gt;- Tu parles d’un nom à la con. Elle est plutôt jolie mais elle aura du mal de faire carrière sans changer de nom. Et qu’est-ce qui n’a pas collé entre vous ?&lt;br /&gt;- Mais laisses-y ! Cette fille c’est juste une copine c’est tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zian rêvassait le nez collé aux carreaux de la seule fenêtre de sa chambre-cuisine-salle de bain et qui faisait aussi salon dans les coins aménagés pour ça. Un petit appart où Nanette et lui... s’étaient installés pour baiser ensemble plus souvent. Oui ! Nanette et Zian... et alors ?!&lt;br /&gt;Ces deux-là se connaissaient depuis leur prime enfance. Des années plus tard alors qu’ils refaisaient le monde au Bar des sports devant un demi, ils avaient fini par s’embrasser et se promettre la lune, des horizons lointains, la lumière infinie des grandes villes, mille machinations pour faire de leur vie un roman... Leur truc, c’était de réussir à quitter un jour cette belle et si typique vallée de Chamonix, son clocher à bulbe, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;ses vernes... ses Jalousies&lt;/span&gt; (une Orchidée d’altitude et ses odeurs de vanille significative), l’œillet des Alpes et son odeur de Lys, ses skieurs japonais et sa débauche de granite seulement ! l’épouvantable vacarme pittoresque de la capitale mondiale de la « chose » montagnarde et le boucan d’enfer des camions. Zian prévoyait de réussir dans la peinture, Nanette... dans son amour pour lui. Tout avait collé parfaitement à part ces maudites plantes vertes qui ne voulaient jamais rien savoir pour essayer de se plaire dans le noir. Zian voyait ça comme un signe de ce que l’amour seul ne suffirait pas dans la vie d’un couple pour durer toute une vie. Comment il faudrait faire un jour le deuil de ce corps affamé, de ces draps déchirés... Oui, tout ou presque, ses yeux quand elle dormait, ses mains quand il peignait... jusqu’à ce jour où cette tête de pioche de Zian Mappaz... se mit dans la tête de passer son guide au cas où rien d’autre ne marcherait vraiment. Zian était bon grimpeur, excellent même... et la montagne représentait tout ce qu’il connaissait le mieux au monde. Un monde qu’il partageait encore avec pas mal de ses potes de lycée, celui des ses premières escalades à l’Index, aux Crochues, sur les dalles de Barberine ou au Bargy ; le pilier Cordier aux grands Charmoz, le Grepon, le Frendo à l’aiguille du Midi... un tas de trucs classiques pour se faire la main dans la trace des vieux ; un accident sans conséquence dans la Ménégaux à l’aiguille de l’M. C’était juste à la fin de l’hiver. La paroi gardait pas mal de traces d’humidité dans les fissures... À bout de corde, tout en haut d’une variante de la troisième longueur, un coin de bois gorgé d’eau l’avait envoyé réviser son programme de coincements à l’ancienne trente mètres plus bas. Juste un avertissement ! Une autre fois, à la Modica-Noury (une goulotte de la face Est du Mont-blanc du Tacul), une difficulté glaciaire déjà sérieuse pour un tout jeune alpiniste. Zian était arrivé à mi-pente lorsqu’une importante chute de pierres lui était tombée dessus sans prévenir. Un dernier bloc, un « camion » pariant de se faire un grimpeur tout seul sur la ligne blanche, l’avait visé droit sur sa jambe gauche. Le missile lui avait explosé le tibia. Trop fier... Zian fit le pari stupide qu’ils réussiraient à se sortir de cette mauvaise aventure tout seuls plutôt que d’appeler les secours à l’aide de leurs téléphones portables. (Les temps changeraient...) La cordée s’était traînée jusqu’à un piton de rappel d’où il fut alors possible de rejoindre le pied de la paroi sans trop de dommages supplémentaires. Se traîner jusqu’au bout, tenir coûte que coûte malgré la douleur, le froid, une fatigue immense... Au mois de février, la nuit tombe rapidement. Ralenti par le handicap d’une patte folle et d’intenses relents d’estomac, Zian dut encore chausser sa paire de ski dans un noir épais qui ne quitterait plus les alpinistes jusqu’au lendemain matin. Ces deux-là se souviendraient longtemps d’une Vallée Blanche « de minuit » sans la moindre étoile pour leur indiquer le chemin. Des heures à riper sur un seul ski valide au hasard d’un voile opaque de charbon de glace ; un véritable calvaire dans les dédales du Géant. Plus de vingt heures après qu’ils l’eurent quitté... les deux naufragés furent enfin en vue d’un vieux break qui n’attendait que la suite de l’histoire pour aller finir ses jours tranquille au fond d’un charnier de bagnoles d’occase du Val d’Arly.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais il ne sut réellement expliquer pourquoi dans un état pareil d’une jambe pétée et d’une dose de fatigue propre à flinguer un âne, Zian se persuada tout de même de réussir à reconduire son compagnon de galère jusque dans les environs de Megève où il habitait à plus de trente kilomètres de là. Dans les derniers mètres, la voiture et ce qu’il restait d’acuité visuelle de son équipage s’enficha le nez dans un pré et finit sa course au fond d’un ravin. Par miracle, sinon au moins grâce à la faveur d’une étoile qui les avait certainement suivi sans qu’ils la remarque, la cordée se tira d’affaires sans une blessure de plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois encore... sur l’immense barre sud des Écrins, dans le massif de l’Oisans, un tas de pierres branlantes sur un kilomètre de haut et autant de large, une succession de ressauts pourris, de pierriers verticaux qui ne motivaient guère de « sextogradistes » formés aux murs de résine et au grain parfait des rochers de Fontainebleau. Une idée de la face nord de l’Eiger en plus modeste, une aspérité considérable et croulante qui puait la fosse commune et tout ce qui peut mal finir dans une jeune carrière d’alpiniste. L’orage, magnifique... deux cents mètres sous le dernier surplomb. Zian et une sorte de Ravanel des temps modernes planté dans une paire de rangos ouvertes de partout, durent chacun leur tour, régler leur descente et celle d’un troisième larron (un ex béret rouge) qui appelait sa mère en faisant des signes de croix au pied de chaque rappel. Oui, un sérieux coup de rappel de la grandeur dantesque des belles choses de la nature exagérée de l’âme humaine quand elle flippe comme une bête, et l’entreprise, cent fois avait bien failli tourner au drame lorsqu’ accrochée à rien, la corde manquait de partir sous le poids de trois alpinistes éberlués par la foudre et les paquets de sable en forme de prises qui ruisselaient sous leurs pieds.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Guide... » Nanette trouvait l’idée lugubre. La perspective de son homme qui la quitterait chaque matin dans l’idée qu’il puisse ne pas revenir le soir la rendait folle de rage. Guide ! Il en roupillait plein le cimetière derrière la gare du Montenvers. Un train pour nulle part et une belle épitaphe gravée dans la protogine pour se rappeler l’heure de la dernière excursion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses cartons à dessins sous le bras, Zian avait fait à Nanette la promesse d’une trêve. Ils étaient tombés d’accord sur ce point : Plus de montagne pendant un an. Le temps qu’il lui faudrait pour se rendre à Paris démarcher les grandes galeries de la rue de Seine, celles du quartier Beauboug, de Montparnasse ; celles de la rive gauche, celles de la rive droite... les plus grandes... et surtout les plus petites faute de ne pas oser pousser la porte des premières. Le temps de se ramasser partout sans distinction hiérarchique de ce qui s’ouvre plus facilement dans un sens que dans l’autre. Un système complètement verrouillé de la moindre institution locale de province jusqu’aux faîtes des services du cabinet de la rue de Valois, cadenassé par l’effet d’une sorte de caste qui connaissait tout mieux que tout le monde et qui détestait partager son âme sensible avec n’importe qui. Une communauté de gauchistes nippés comme des papes qui confondaient les idées de Jaurès avec les vertus du Nasdaq, les progrès du CAC 40. À gauche... avant que la droite ne fasse exactement la même chose juste après. Tout un appareil artistique de perfectionnement du principe de division sociale par la fragmentation du tiroir-caisse général en unités de décisions particulières. Un centre de tri sélectif blindé par des nababs et leur oligopole de la pensée unique pour extraire le bon du mauvais du grand art contemporain français, le beau du laid, le bien du mal... et afin de s’en mettre quand même plein les poches avant d’aller payer leurs impôts ailleurs. (Où l’on pût aussi reparler de la liberté totale et « révolutionnaire » de créer, d’entreprendre, de s’émanciper dans les beaux draps de notre bel ordre culturel national... mais dans les conditions principales de son seul pécule de départ et dans le strict respect des conventions du grand commerce libertétatique français) Une sorte de néolibéralisme de gauche qui survirait à droite en freinant des deux pieds à chaque virage un peu secs (ou le contraire si vous préférez !) Oui, car point ici de dépassement de soi au-delà de ses propres limites convenues par un régime politique d’exception. Et c’est le tribunal atavique qui tranche, point le parlement des aptitudes électrons libres, du gay savoir ou du talent qu’on préférait ne pas voir ; un cartel d’apparatchiks d’un libéralisme escorté par l’état, ou vice versa. Une tête d’hydre et son haleine gâtée par ses mille manières de penser chacune de leur côté, un siècle plein de fric, de bombes, d’épuration ethnique... et ce qu’il en resterait dans les musées. « Pardonnez-leur » dirait bien plus tard Ségolène Royale quelques mois après son échec à l’élection présidentielle « car ils ne savent pas ce qu’ils font ». le visage baroque d’une politique schizophrène qui cherchait dans la bible une nouvelle façon de s’exprimer et qui ne savait plus à quelle tête se vouer ni même à quel sein pour replacer la formule dans le contexte de cette époque formidable. Un sacré bordel de gauche, de droite... et de la seine qui continuait de couler au milieu. Je vous parlais d’art bien sûr ! mais un jour, heureusement, il y aurait Sarkozy.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Zian eut à découvrir cette perspective d’un combat perdu d’avance, un marché de dupes... une bataille vicieuse pour laquelle ses courses en montagne ne l’avaient guère préparé. L’alpiniste « invincible » et ses valeurs morales exemplaires se frottèrent à cette condition d’un monde replié sur lui-même et ses prérogatives d’appareils putréfiés, un monde entraîné à faire fi de ce que les arts en leur temps, auraient permis l’unité des peuples dans le grand dessein des nationsmondialisées pour le bien de tous et la liberté de chacun : tout un système aujourd’hui dédié au profit, aux valeurs ostensibles d’un groupe seulement, qui bouffait ensemble et gardait même les miettes, mais on avait déjà vu ça souvent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, des hauteurs lumineuses de son grand Faucigny natal, Zian, sans crampon ni pioche pour l’aider à remonter les pentes tristes et glaciales de la belle cathédrale culturelle parisienne, fut contraint à l’obscurité d’un monde infernal, des sentiers de débauches, des cascades d’hypocrisies, une forêt de coups bas...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un soir sur le quai de la gare d’Annecy, Nanette avait récupéré son artiste décimé, une montagne d’aigreur et de ressentiments dans les yeux, sa planche de skate toute taguée sous le bras et un plan de métro barré, tatoué sur l’épaule. Une véritable loque. Ce qu’il avait tout juste réussi à garder de fric pour acheter un billet de train troqué sur ebay avait forcé le futur Warholl de la board airbrushée, sa barbe de quinze jours et ses orbites défoncés à s’arrêter-là, sous les sommets de la Tournette et des dents de Lanfon. « Elle » sa jolie teinte rose sur les joues, était venu récupérer le grand amour de sa vie avec la bagnole de ses parents, une Polo II qui envoyait du gros dans les côtes, mais où il était difficile de rester allongé pour baiser. Elle avait voulu le prendre dans ses bras, l’embrasser, le serrer très fort contre son ventre... mais Zian puait le CO2, le parfum mélangé des monchus, une multitude de déodorants de marques différentes... une véritable odeur de chiottes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis ce jour-là, Zian n’avait plus jamais été le même. Une sorte de couleur grisâtre sur son visage cuivré, la bouche fermée, les yeux rentrés.&lt;br /&gt;Il s’était inscrit au diplôme de guide, fait ses stages consciencieusement. Nanette n’avait plus rien dit. Elle s’était fait embauchée comme serveuse, d’abord au Chouca mais qui fermait trop tard pour espérer passer toutes ses soirées avec son Zian. Le Rond-point lui renouvelait son contrat chaque saison, deux fois par an. Ça suffisait pour vivre avec les premiers clients de son alpiniste de petit ami régulier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alpiniste ! voilà ce qu’il ne collait pas dans la tête de Zian. Guide... C’était tout le contraire d’un alpiniste. Guide, c’était d’abord tirer les gens dans les voies pour qu’ils puissent jouer les alpinistes et faire ça contre un peu de fric au milieu d’une concurrence acharnée. Guide... Juste un métier. Une obligation de se lever le matin quoi qu’il en coûte pour traîner les « réservations » sur des itinéraires faciles répétés cent fois. Pour beaucoup, l’opération fût peut-être extrêmement satisfaisante, gratifiante même... « le plus beau métier du monde » &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;une formule creuse&lt;/span&gt; pour reprendre les termes de Lionel Terray dans ses « Conquérants de l’inutile ». &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Une formule creuse que j’ai vue appliquée à de nombreuses autres professions comme celle de médecin, d’aviateur , de marin, voire de coureur cycliste !... Dans cette littérature de feuilleton rappelant un peu la presse du cœur, le guide est toujours décrit avec d’innombrables qualités ; non seulement son habileté à vaincre la montagne est surhumaine, mais il est courageux, fort, bon, honnête et généreux. Ce sont là de jolies images d’Épinal ! La littérature alpine, dans son ensemble est étonnamment conventionnelle. Mais quand elle parle des guides, elle se surpasse. Invariablement l’auteur, lorsqu’il n’est pas séduit par le côté folklorique du personnage, se laisse impressionner par sa réputation légendaire. Personnellement, je ne connais pas un ouvrage parlant de notre métier d’une façon objective et même vraisemblable.&lt;/span&gt; « Le plus beau métier du monde » donc ! mais pour Zian et son caractère indépendant, guide relevait surtout d’une condamnation sans appel à suivre une ligne imposée de laquelle il avait toujours voulu s’extirper. Sur ce point, Nanette était toujours restée d’accord avec lui, mais avec la nuance qu’il fallu tout de même bien se lever le matin pour faire quelque chose de sa vie, gagner de quoi bouffer, pouvoir un jour élever des enfants. Peindre... Zian voulait seulement peindre, taguer des skate board et qu’on lui foute la paix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu partout sur le parquet, des tubes d’acryliques et des pinceaux s’entassaient durcis entre une paire de mousquetons, des piolets et quelques dizaines de topos d’escalade ; un tapis de bouquins, des livres de poche et quelques Gallimard dans leur édition originale... Proust qu’il adorait, le testament à l’anglaise de Jonathan Coe, un Œdipe (celui que vous voudrez !) Bukowski traduit par JF. Bizot au-dessus d’un Jean d’Ormesson qu’il n’avait jamais ouvert au-delà de ce qu’il lui paru convenable de le lire « seulement » sans gerber ; un truc d’Arthur Miller dans une couverture orange, un Becket, du Camus et Joyce, le fantastique &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ulysse&lt;/span&gt; de Joyce en Folio. pas mal de disques d’Ar&amp;amp;b pour réussir à écrire avec la bonne rythmique et un ordinateur portable connecté sur My space. Zian et ses nombreux « friends » dans la communauté d’ « amis » la plus importante du Web. Pas mal de « pseudos » musiciens surmotivés, des graphistes, des photographes et puis des top models aussi, des filles qui voulaient faire carrière en string avec le spam d’une grande marque collé sur le cul. Tout un tas de correspondants qui lisaient la même chose que lui ou pas, qui aimaient la montagne ou pas... mais qui préféraient quand même les castings de la popstars sur M6 (un « prime » aux allures de radio crochet réactualisé pour la télé comme on avait déjà kiffé grave le film d’Alan Parker, Fame dans les années quatre-vingt.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Un film vraiment naze non ? Tu aimes Modiano ?&lt;br /&gt;Brigitte tenait dans ses mains un Kerouac tout corné. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Sur la route&lt;/span&gt;, un truc complètement culte de la beat generation, malgré tout ce que les critiques de la presse littéraire autorisée avaient dégueulé sur lui comme insanités lors de sa sortie en 1957... Kerouac, un clodo qui préférait écrire à la faux, une faux d’une longueur immense pour débiter des montagnes &lt;span style="font-style: italic;"&gt;et il fallait qu’elle débite des montagnes lointaines, qu’elle fauche leurs sommets, et elle devait avoir une autre envergure pour atteindre les montagnes lointaines et du même coup trancher tous les poteaux le long de la route, tous ces poteaux qui galopaient l’un derrière l’autre&lt;/span&gt;. Un type au bout du rouleau et sa quête d’amour céleste qui ne l’avait conduit nulle part.&lt;br /&gt;- Je dis Modiano à cause de Vincent Delerme, tu aimes Delerme ?&lt;br /&gt;- Non, j’aime pas, c’est chiant.&lt;br /&gt;- Tu me fais la gueule ?&lt;br /&gt;- Non.&lt;br /&gt;- Tu ne m’aimes plus ?&lt;br /&gt;- Oui, bien sûr que je t’aime.&lt;br /&gt;Zian venait de s’allumer une clope.&lt;br /&gt;- Mais qu’est ce que tu fais, je ne t’ai jamais vu fumer.&lt;br /&gt;- Je ne fume pas, j’allume une clope, c’est tout.&lt;br /&gt;- Alors donne-m’en une aussi.&lt;br /&gt;Brigitte s’était assise sur le seul fauteuil du coin salon juste à côté de l’évier (un club au cuir râpé, récupéré chez un faillitaire de Sallanches après que sa petite amie de Nanette se fut barrée avec tous les meubles du salon qui faisait aussi cuisine et chambre à coucher). La cliente, largement émancipée dans son nouveau costume de nouvelle petite amie préférée du « guide le plus séduisant de toute l’histoire de la littérature alpine », avait d’abord retiré sa paire de pompes Chanel à cinq mille boules acheté la veille dans la boutique de produits de Karl Lagerfeld (l’apôtre de la haute couture française et du régime hyper protéiné, son col serré, qui comprimait ses amygdales au point de ne plus réussir à déglutir quoi que ce soit de sympa pour personne). Un pauvre type et sa cour de mange merde qui tournaient autour de son cerveau rebouté aux excédents de greluches anorexiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Mais qu’est-ce que tu as à toujours râler sur tout, les gens, les pubs, la mode et la télé que tu ne regardes même pas. On n’est pas bien là juste toi et moi ? profite Zian... profites, c’est tout !&lt;br /&gt;Brigitte poursuivait son épluchage méticuleux, une paire de bas de soie planquée sous son jean délavé, un string en dentelles Chantal Thomas. Zian n’avait pas bougé de la fenêtre, les yeux perlés d’une mélancolie voilée par la fumée de sa Lucky Strike et le parfum un peu fort de sa pétasse de luxe qui terminait son strip sur une intro de guitare sèche passée d’âge.&lt;br /&gt;- Tu me dis si je te fais chier Zian ? t’as pas envie ? tu penses à ta serveuse c’est ça ? tu crois quelle baise avec ton pote grand reporter et ça te fout le bourdon ?... Allez, te mines pas le Diot ! viens-y manger vinzou, c’est tout payé ! Brigitte, crâneuse, un peu chaude après deux verres de Gentiane et qui voulait rire un peu, s’efforça de caser trois mots de vocabulaire local sans rien gâcher de sa généreuse chorégraphie. Une tentative acrobatique pour rétablir le contact avec son guide et sa mine massacrée.&lt;br /&gt;Mais Zian n’avait rien à dire... non, Zian n’avait vraiment rien à répondre à ça. Zian était vide, on ne peut plus vide. D’un de ces vides qui vous vide d’un coup. « Nanette... peut-être un nom à la con, juste une fille des Praz ?! Oui peut-être bien, mais qu’est-ce que ça pouvait lui foutre à la jeune baronne d’abord ? Baronne ?!... Et de quoi elle se mêlait celle-là avec ses grands airs de ne pas y toucher et qui se léchait quand même les lèvres en attendant qu’un alpiniste de roman la fasse jouir sur le sommet du Mont-blanc ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le clabaudage médiatique à propos des « Ravanel-Mummery » avait fini par disparaître complètement de la une des grands quotidiens le 30 juillet, précisément le jour de l’annonce de la mort de Michel Serrault et de celle plus discrète du grand cinéaste italien Michelangelo Antonioni. Le 27 déjà... (le jour de l’inculpation de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream pour « complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, d'abus de confiance et de complicité d'usage de faux ») l’histoire « du milliardaire suisse buté par un vieux guide fauché » fut reléguée très loin dans les pages intérieures pour faire de la place au nom de Nicolas Sarkozy retrouvé sur les listings informatiques du général Rondot. À sa sortie de sa convocation chez le juge, l’ex-premier ministre français continuait de nier « sa participation à une quelconque manœuvre politique » qui aurait consisté à foutre en l’air les ambitions de l’ex-premier membre de l’UMP devenu entre temps maître des « pierres »... celles de Balmat, des anglais du Montenvers, celles... des fondations de la maison de France toute entière et de la Savoie livrée avec. Des pierres... l’alkahest, la pierre philosophale, celle qui permet de changer le plomb en or (et le nouveau patron de l’Élysée en aurait sûrement sacrément besoin avec les mille milliards maintenant largement dépassés de la dette publique (1) qui pesait sur le pouvoir d’achat et la volonté d’investissement des français ! « Un état en faillite » déclarerait Fillon à la rentrée pour mieux parvenir à liquider la paire de fonctionnaires qui voulaient partir à la retraite plus tôt sans avoir à bosser vraiment plus dur avant.) La pierre... et Sarko avait aussi investi dedans depuis longtemps. Un appart à Neuilly de 233m2 payée à son « juste prix » selon les témoignages recueillis par le Figaro. Pas même une petite ristourne consentie par « le promoteur favori de la mairie » qui avait effectué des travaux d’aménagement complémentaire. Un sacré gougeât quand même pour un ami de longue date ! « Une France de propriétaires », et de ce côté-là, quelques contribuables privilégiés de la classe politique française n’avaient pas grand chose a s’envier les uns les autres, et quelque soit l’enseigne sous laquelle ils couchaient. Nicolas et Cécilia à Neuilly, Ségolène et François à Mougins...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Pour mémoire, le seul chiffre des intérêts à régler pour cette dette représente approximativement le montant de l’impôt sur le revenu payé chaque année par l’ensemble des français, soit environ un peu moins de cinquante milliards d’euros. Je vous le dis comme je l’ai lu. Oui ! (La dette... et rappelons-nous de ce qu’elle fut une des causes sérieuses de la révolution de 1789.) Et je vois déjà deux clans gaulois se dresser, ragaillardis par la découverte de cette information considérable et pleine d’objectivité. Les uns, ruant dans les brancards, criant au scandale d’un tas de fonctionnaires payés trente-cinq heures à ne rien foutre alors qu’eux bossent comme des ânes dans leurs boutiques pour payer les charges, leur redevance audiovisuelle, un tas d’impôts qui prennent leur commerce à la gorge et bouffent les couilles de leurs chiens. Les autres... ceux qui empêchent les premiers d’aller prendre leur train ou leur bus pour gagner leur vie honnêtement ; ces milliers d’employés dorlotés par la chose publique... convertis à ce que l’avenir ne se fera pas sans une bonne éducation, une bonne recherche, une société généreuse qui s’occupe des enfants, des vieux, des animaux et surtout des plus pauvres, partout dans le monde du moment qu’on ne leur enlève rien de leur porte monnaie et qu’on ne les oblige pas à se lever plus tôt pour aller se faire chier au boulot en attendant les RTT pour aller faire pisser leurs chiens. Un tas de clichés... du grand guignol... et vous ne comptiez tout de même pas que j’allais marcher là-dedans ! La France qui travaille contre une autre que les premiers payent à ne rien foutre ; les heures sup pour les uns, la taule pour les autres... la France bien propre, la France de sang... contre un tas d’étrangers et leur odeur d’ « ailleurs » qui persiste même avec des papiers en règle. Sans oublier « ces salauds de patrons, ces ministres véreux, ces journalistes »... et j’en passe. Mais ce serait trop facile. Ces « connards de gauche » contre ces « pourris de droite », ces verts « un peu débiles », ceux du centre « qui ne savent pas choisir leur camp »... Bref ! le sympathique montagnard qui protège sa jolie montagne contre le méchant gouvernement qui veut lui refiler toute la pollution des camions... oui, tellement plus facile, et il faut vraiment que je vous parle de ça plus tard ! &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(Où l’on doit ici parler du procédé par lequel une information chasse l’autre sous la forme d’un podium arbitraire de l’intérêt qu’on peut porter aux gens, aux idées, au progrès... par voie de presse interposée). Dans les mois qui suivirent, la nécrologie se poursuivrait encore avec la disparition d’Ingmar Bergman (l’immense et génialissime réalisateur suédois) ; le décès de Raymond Barre ; celui de Mgr Lustiger ; de pierre Messmer ; du ténor Lucano pavarotti ; du mime Marceau ; du journaliste J-François Bizot ; de Dorine et André Gorz (Michel Bosquet dans le Nouvel Obs) ; du cinéaste belge Paul Meyer ; de Johnny Ray Conner, 400e condamné à mort en 25 ans au Texas ; d’une petite fille de 10 ans mordue à Auteuil par un klébar à son maîmaître gentil comme tout, bien élevé et qui n’avait jamais fait de mal à personne ; une autre encore, âgée de quinze mois, dévorée par un Staffordshire terrier ; du criminel nazi Heinz Barth, surnommé l’assassin d’Oradour sur Glane (un type qui continuait de percevoir une pension de l’état allemand réunifié au titre de son statut de victime de guerre !)... et puis de l’alpiniste René Desmaison (celui des faces nord en hivernale et en direct à la radio, celui du sauvetage des Drus avec Gerry Hemming. Un guide, viré par la compagnie des guides pour avoir sauvé à sa place une cordée d’allemands restés coincés trop longtemps à la une de Paris-Match. Cette année-là, 1966, où un certain Maurice Herzog était encore le patron des services de secours à Chamonix...) Un tas de types, une liste invraisemblable de gens morts pour quelque chose comme l’éditeur enthousiaste Michel Guérin (les livres rouges et leurs belles histoires de montagne coloriées dedans) décédé à 55 ans le jour de mon anniversaire alors que je comptais lui réserver mon manuscrit pour Noël. Ce catalogue vertigineux de tout ce qui avait un jour compté dans la lumière des étoiles, et l’inventaire bien plus conséquent encore d’un tas de gens partout dans le monde qui crevaient dans le noir (2 millions meurent chaque année, à cause de leurs conditions de travail, 150000 rien qu’en France sans compter les 12000 personnes qui mettent fin à leurs jours volontairement et en partie pour les mêmes raisons) un tas de gens qui crevaient pour rien. Mais c’est l’annonce, le 14 septembre, de la mort de Jacques Martin, l’animateur de télévision à la mode dans les années quatre-vingt qui avait raflé la plus grande audience dans le Pirée cathodique français. Jacques Martin... Quarante minutes dans le journal de 13 heures sur TF1 alors que ce gars-là avait fait toute sa carrière sur une chaîne concurrente ! (Les glaciers rejettent tout vous tourmentais-je... mais la télé, elle, faisait de la récup à tire-larigot) une édition spéciale pour que la France puisse se recueillir une dernière fois sur la dépouille du petit rapporteur ou de l’école des fans... En guise de générique, l’édition du JT s’était refermé sur le pauvre refrain de La pêche aux moules. Un véritable hymne national à la gloire de la franchouillardise et de la plouquerie repliée sur elle-même ! le symbole d’une sorte de « contre-culture » élaborée par le petit écran pour faire vraiment chier les gens qui voulaient continuer de penser juste un peu par eux-mêmes au lieu de zapper comme des malades sur des milliers d’images qui se ressemblent toutes. Prendre un peu le temps, oui voilà... s’étonner encore de milles petites choses sans importance et qui ne tiendraient pas forcément dans un cadre de télévision. Quant à moi, je déplorais plus particulièrement la mort d’un mec, Claude Rey, dont j’avais lu tout à fait par hasard sur la page d’un blog daté du 28 juillet que cet immense guide venait de tomber au fond d’une crevasse du glacier d’Aletsch. Un type dont la grande presse se foutait complètement ; un type... même si ça ne vous dit rien ! dont j’avais eu le privilège d’enregistrer le point de vue lors d’une interview à propos de la notion du risque dans sa profession. Claude Rey était alors président du syndicat national des guides. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je me souviens Monsieur Rey, de votre simplicité, de votre gentillesse, de votre bon sens surtout... je me souviens, mais vous ne m’en voudrez pas... d’un pull en laine beige à grosses cotes, tricoté à la main que vous portiez ce jour-là devant une caméra de cinéma. Un pull-over beige assez moche sur un fond écru... Monsieur Rey, enfin ! et on se demande après, pourquoi le bon sens de quelques gens bien ne trouve pas toujours sa place à la télévision ?!...&lt;/span&gt; mais de qu’elle télé parlions-nous ? de qu’elle image du monde...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En conclusions du procès de Bonneville, Louis Dayot fut reconnu coupable de ne pas avoir pris suffisamment de précautions pour assurer la sécurité de son client. (art. 221-6 et 221-19 du code pénal qui définit l’accusation d’atteinte involontaire à la vie dans la pratique des loisirs.) En conséquences, le guide avait écopé d’un an de taule avec sursis, assorti d’une période d’observation pendant laquelle il aurait l’obligation de suivre une formation de remise à niveau en géologie. Louis fut également contraint de dédommager la victime en versant à sa famille la somme de 5000 euros, l’intégralité de ce qu’il devait encore à sa banque pour finir de payer le crédit des obsèques de sa femme décédée deux jours avant le début du procès. Malgré les soubresauts de la partie civile, la préméditation et l’accusation de vol ne furent pas retenues contre Louis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Encore, toujours le vide !... Il n’en peut plus ; sa tête tourne, tourne comme le paysage environnant. Il rampe à quatre pattes, s’aidant du piolet piqué dans le gazon glissant ; il songe au ridicule de sa position, à ce que penseraient de lui ses camarades s’ils le voyaient ainsi ramper comme une larve. Mais au dedans de lui, il s’en moque, il n’a plus d’amour propre, il a abdiqué toute fierté et ne songe plus qu’à fuir, fuir cet à-pic qui l’obsède ! Fuir cette montagne à laquelle il n’est plus destiné ! Fuir les précipices de la grande muraille...&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Extrait de Premier de cordée - R. Frison Roche 1963&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous avais-je dit « le vide »... ce vide immense, cette éclaboussure torride du temps qui passe dans l’obscurité d’une vie sans relief ? Oui, ce vide... cette immensité béante, ce précipice des sentiments, tout ce qu’il n’en reste rien à la fin. Des mots creux, des phrases maigres, un tas de paragraphes informatisés qui défendent les lignes de nos plannings modernes, tout ce qu’on peut coucher comme conneries sur du papier glacé pour soigneusement éviter les hauteurs un peu folles du monde sensible. Oui, j’en étais resté là de ma relation avec la mer, un lit vide, la tronche verte... des projets de voyages dans une station balnéaire avec elle... mille raisons d’apprendre à nager sur une côte italienne baignée d’un soleil de plomb. Un poids considérable sous mes pompes de montagne un peu molles... elle... le vertige d’une nuit amoureuse sur une autoroute brûlée de la vallée d’Aoste. Un parking par 40° à l’ombre juste derrière le tunnel du Mont-blanc. Une scène de baise sur l’asphalte collé aux pneus. Un coupé sport avec des sièges « Baquet » pour jouer les virtuoses dans les virages et frimer à cent à l’heure avant qu’il ne recommence à retomber des cordes sur le bitume réchauffé. Le vide, un truc pour arrêter de déborder tout le temps. Oui, voilà... j’aurai dû vous dire avant tout qu’au lieu des hauteurs, naissaient aussi les pentes raides, les rampes obliques, mille déclinaisons négatives. Je pensais à ce vide-là, à tout ce qu’on pouvait balancer dedans sans que ça se voit ! ses histoires d’amour comme ses envies de gerber ; tout ce qui fout le camp comme l’eau réchauffée des glaciers et le peu qu’il restait de la morale commerçante. Le vide... : un trou avec rien d’dans ! Le vide... et j’aurais préféré vous parler d’absence plutôt que d’une possibilité de vacuité dans mon discours amoureux, un principe d’incertitude dans le domaine de la physique quantique. J’avais mal à ce vide-là, oui ! j’avais mal au vide, une épreuve de force à l’échelle de la matière entre tout ce qu’une société moderne était capable d’aspirer de mon énergie vitale et le nombre d’atomes considérable qui cherchaient à me tirer les neurones vers le bas. Le vide... et nous n’aurions pas fini d’en parler ! ni Zian et son histoire de cul avec Brigitte, ni Pierre non plus dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Premier de cordée&lt;/span&gt; qui failli bien devoir en finir-là de toutes ses prétentions de grimpeur d’élite et de sa carrière de guide juste après une chute un peu sévère dans les Drus, et le docteur pendant sa convalescence l’avait pourtant prévenu. La « phobie des hauteurs » ou l’acrophobie... définit un sujet en proie à l’anxiété de se retrouver confronter à une situation ou celui-ci devrait avoir à s’élever en hauteur ou se tenir près du vide sans assurance. Une phobie qu’il ne faut pas confondre avec « le vertige » (une véritable maladie provenant d’une sorte de désaccord entre la fonction de l’oreille interne et celle de la vision, de sorte qu’un mouvement ne serait pas perçu de la même manière dans l’espace par les deux organes). Dans le cas de l’acrophobie, les troubles mentaux peuvent intervenir à la suite d’un accident comme une chute d’escalade. Exposé à la situation qu’il redoute (exactement comme dans le cas d’une « phobie sociale ») le sujet déclenche une anxiété paroxystique qui peut confiner jusqu’à la panique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Et comment Pierre s’en était sorti ?&lt;br /&gt;- C’est-à-dire que ses camarades ont tout de suite fait ce qu’il fallait pour qu’il reprenne confiance en lui. Ses meilleurs amis, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Fernand, Boule, Paul, Georges et Aline&lt;/span&gt; surtout ; des gars vraiment biens... et les conditions favorables de son milieu d’origine absolument fait pour lui ; une parfaite osmose entre les velléités de Pierre et son décor chamoniard qui n’attendait qu’un type comme lui pour faire un beau chapitre dans le bouquin de Frison. Pour moi, ce fut l’inverse, une véritable descente aux enfers. J’approchais de la quarantaine et je ne faisais plus de montagne qu’épisodiquement à cause d’un boulot de journaliste dans l’audiovisuel public qui me bouffait la plupart de mon temps et des projets de films pour réussir à faire quelque chose de mes RTT. Une seule petite chute après un saut dans le vide mal estimé, et toute ma vie s’est vrillée d’un coup. En réalité, je ne me suis pas rendu compte tout de suite des véritables dégâts causés par l’accident. L’opération, 18 mois d’arrêt de travail... les longues séances de rééducation, la gentillesse et l’attention de mon entourage le plus proche... Deux années complètes avant que je puisse à nouveau tenter de m’élever dans une paroi. Les premières épreuves furent plutôt encourageantes, jusqu’à ce que mes premières forces revenues, je n’essaye de rajouter quelques prétentions en tête dans des cotations supérieures... Le vide... une angoisse hallucinante ! la frousse... mais pas seulement ! L’idée inéluctable que le moindre coup de vent suffirait à me projeter en bas alors que j’avais les deux pieds plantés sur une vire large comme l’esplanade du Trocadéro. Quelques mètres au-dessus du sol suffisaient pour voir mon courage et toutes mes forces défaillir d’un seul coup ; une véritable loque humaine... À tel point que la seule idée d’un dénivelé qui s’annonçait sur la route, l’approche d’un tunnel, un pont un peu haut ou un virage sans balustrade... me filaient des sueurs froides. Oui, à tel point qu’au deuxième étage de l’immeuble où j’habitais, j’avais installé tout un système de protection pour m’interdire l’accès aux fenêtres. C’était le mois d’août, un été caniculaire et je me relevais la nuit tout mouillé de chaud pour vérifier que toutes les issues étaient bien verrouillées. Des cauchemars épouvantables... la sensation qu’une force irrésistible m’obligerait à me précipiter par le moindre vasistas, la moindre ouverture sur le vide affreux qui pendait en dessous. Oui, à tel point... que j’avais secrètement émis cette drôle d’idée qu’il me faudrait un jour songer à déménager pour un logement au rez-de-chaussée ou même encore plus bas si je ne voulais pas finir complètement cinglé. Passer le reste de sa vie planqué dans l’obscurité d’une cave, pour un alpiniste... je sais pas si tu te rends compte ?!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n’avait pas répondu d’emblé ce qu’elle pensait vraiment. « Elle », une petite voix à qui je m’adressais quelquefois lorsqu’il m’arrivait de passer trop de temps seul et loin des sommets. Une voix trompe-le vide, une petite amie de longue date qui subordonnait mes silences et flattait mon ego. Elle... une petite « Julie » débordante de vie et de grand amour pour ce que je lui écrivais dans le noir à propos d’un décor de montagne et de tout ce que je cachais dedans. « Elle », sa robe toute blanche et le teint légèrement rosé de ses joues. Tout ce qu’on se promettait sans jamais se mentir et qui se réalisait vraiment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vide... vous disais-je. Pas exactement une absence... (ce qui aurait d’abord supposé qu’il existât quelque chose qui eut pu me remplir le cœur dans un passé antérieur, et suffisamment pour que j’essaye franchement de rattraper le temps perdu à essayer de lui plaire encore !) Non, mais cette idée d’une loi effrayante du temps qui s’arrête à cause de tout ce qui s’agite pour rien autour de vous. Une idée pornographique du mouvement, une simple impulsion de la mobilité. Le vide, tout ce qu’on essaye de le remplir chaque jour de manière obscène... une véritable poubelle. ce vide-là rempli d’amour gâché, un sacré coup de pompe en réalité ! Ce vide-là, indissociable d’une large gamme anecdotique de péripéties humaines et j’aurais pu vous dire aussi comment ces gouffres atroces forçaient les chemins de traverse, les itinéraires lumineux dans des parois friables. Oui, comment ce vide-là « lumineux » plutôt que cet effet de « remplissage », ce trop plein de tout... Comment ce grand vide primordial avait permis le hasard d’une vie sur terre, les horizons marins, la monnaie d’échange et les lois du marché, la publicité, la télévision, la société du « management » ; les leurres de tout un monde artificiel qui nous aveugle à l’ombre des grands escarpements naturels. Comment ce vide-là... un tas de curetons et leurs idées toutes faites qui s’escrimaient à nous raconter le contraire du haut de leurs cathédrales cyniques... Des siècles d’obscurantisme catholique romain responsable de la disparition totale du panorama montagnard de l’espace philosophique et social européen avant qu’une bande d’anticonformistes ne ravive les feux d’une esthétique de l’énergie antique (1).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Comment un clergé tout puissant s’était chargé depuis le début de l’ère chrétienne de répandre l’image d’une « montagne maudite » reléguant sous son inquisition les mythes antiques de l’Olympe, du Parnasse d’Apollon ou du Caucase de Prométhée au rang d’une architecture démoniaque dans l’esprit d’un monde urbain dominant. La montagne considérée au mieux comme « espace vide » par le monde médiéval, un territoire stérile, un non lieu. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vide, par lequel tout avait commencé, et je ne faisais là qu’explorer une raison banale des mille et une motivations qui lançaient un alpiniste à la conquête de murailles impossibles. Un véritable mystère en vérité, un rapport un peu flou à l’existence, Un oedipe, un règlement de compte avec une image tutélaire répressive fantomatique ou castratrice. Bref, la montagne comme une forme de « résilience » et la grande histoire de l’alpinisme en était toute remplie ; L’esquive... Des pentes immaculées pleines de sang intérieur. L’esquive. Un procédé d’évitement pour arrêter de grandir vraiment à la hauteur d’un tas de valeurs universelles auxquelles on ne comprenait plus rien. Et Lionel Terray, encore de... « slamer » ses souvenirs, ses crève-cœur : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La plupart des alpinistes sont de farouches individualistes&lt;/span&gt; écrivait-il dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les conquérants&lt;/span&gt;. « Une bande d’individualistes. » Bien sûr ! pourquoi n’y avais-je pas songé plus tôt ?! Une bande de petits salauds d’individualistes, seulement préoccupés par la dimension de leur petite personne sur les cimes comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bodhi&lt;/span&gt; et sa bande de surfeurs accrochés à leurs vagues, complètement déjantés dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Point break&lt;/span&gt; (1), le film culte de Kathryn Bigelow.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Aucun équivalent dans la cinématographie de montagne, sinon quelques débilités « ramboesques » dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Cliffhanger&lt;/span&gt; ; des trucs usés de Marcel Ichac ; &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mort d’un guide&lt;/span&gt; de Jacques Ertaud ou &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La voie Jackson&lt;/span&gt; de Gérard Herzog et Daniel Losset. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce 21 juillet dans la soirée, le No escape est à donf ! Stéphane Laune, le DJ aux platines fait son show pendant que Sylvain Escalier peaufine son Carpaccio de saint jacques à 16 euros derrière son piano. Le No escape... le dernier lieu chamoniard branchouille de la rue de la Tour et ses cocktails au champagne en train de buller sur des chaises en plastique Philippe Stark™.&lt;br /&gt;Brigitte est à moitié couchée sur le bar, les lèvres collées à son verre de Vodka glacée. « Le type », toujours le même ; un alcool identique à celui de la dame, adossé à la palissade de verre qui sert de pare-brise avec la foule extérieure. Le type tente de placer son idée comme ça, « l’individualisme » à partir d’une théorie selon laquelle « chaque être humain est seul maître de lui-même et possède des droits fondamentaux et inaliénables qui découlent du simple fait de son existence ». La liberté et la responsabilité individuelle... Une idée des « droits de l’homme » comme forme aboutie du malheur de la société marchande ; un tas de gens privés de leur droit le plus élémentaire de dépenser, d’acheter quoi que ce soit, et uniquement pour survivre. Comment avait-on pu en arriver-là ? Le type parle, parle et parle de plus en plus fort pendant que Zian mate Brigitte et tout ce qu’elle représente avec son sac à main Louis Vuitton™ Byscane bay à 695€ et ses porte-jarretelles en soie détendus sous son jean Diesel™ (518000 foyers fiscaux français concernés par l’ISF en hausse de 17% cette année contre 7 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les 26 milliards de dollars de fortune personnelle de Bernard Arnaud, 20 milliards pour Liliane Bettencourt, 10 pour la famille Dassault, etc... Tout le fric converti par François Pinault en art moderne... et Monsieur Lagardère qui courait derrière en essayant de rattraper ses petits camarades de jeux avec la vente « prématurée » de ses actions d’Airbus). Un raccourci facile ! penserait certainement Brigitte en pleine possession de ses moyens intellectuels et scolaires (ce qui était loin d’être son cas ce soir-là !) Le paradigme de la pensée binaire qui comblait le grand vide manichéen de la gauche post-stalinienne, porto alègriste et chavezienne, et elle aurait sûrement raison. Oui, sûrement. Comment, pourtant, cette noble idée de la liberté de penser, de grandir, de s’émanciper, de travailler plus ou non, de faire des heures sup ou pas ; cette liberté de croire à tout ce qu’on nous dit ou non pour se fonder une opinion sans faire chier personne, ni coller en taule tous ceux qui ne penseraient pas la même chose que vous... comment cette idée du libre arbitre individuel, cette belle théorie du droit humain, cette égalité des hommes en droit injectée dans le catéchisme séculaire de l’absolutisme pour lui casser définitivement le moral au bout de trois révolutions... s’était irréductiblement rendu complice d’un génocide planétaire d’une éthique humaniste et de l’ensemble de ses valeurs morales ? Ce « libéralisme » là, mais Zian n’écoutait plus. Zian, tout ce qui déchirait les enceintes entre deux morceaux d’electro house sur le dance floor aux lumières tamisées du No escape. Zian, dans sa bulle, mal à l’aise au milieu des dévots d’Ardisson. Zian, perdu entre les thèses socialiste-libertaires d’un professeur Chomsky et les principes fondateurs de la démocratie moderne réfléchis dans l’œuvre de Montesquieu, refoula d’un coup et la logique libérale des méthodes anglaises héritées de John Locke ou d’Adam Smith, et l’ensemble de la liturgie gauchiste en commençant par les cols Mao, les foulards à damier khmers, et jusqu’aux idées de Montaigne. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Penser&lt;/span&gt; disait l’essayiste de la Renaissance &lt;span style="font-style: italic;"&gt;c’est être à la recherche d’un promontoire&lt;/span&gt;. Un « promontoire » Voyez-vous ça ! Et pourquoi pas une tribune pendant qu’on y était ? une pleine page dans le Figaro ou un plateau de télévision pour prendre atteindre vraiment des sommets dans l’hypocrisie des idées sur la montagne en pleine débâcle. C’est ça... un Vingt heures avec PPD ou Claire Chazal. Montaigne chez Durand pour parler d’alpinisme dans l’économie de marché avec des intellos transfuges à la mode et des putes pour parler de la véritable dimension de la nature humaine en période d’élections.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des « libéraux »... pensa Zian titubant sur le chemin du Casa Valério. Tout un petit peuple montagnard perché sur des hauteurs nationales, sa famille, converti depuis longtemps à la bonne vieille méthode des lumières anglaises pour continuer de faire tout ce qu’il lui plait. Une méthode anglaise ou une certaine idée du vide politique, liturgique ou militaire qui les avait précédé sur les sommets « maudits ». Une sacrée chance quand même ! Un promontoire d’intérêts individuels... et Montaigne, en ces vallées si élevées où il n’avait jamais foutu les pieds, avait quand même bon dos ! Zian, par défi, failli bien se signer face à l’ex-voto, le palladium de la place Saussure érigé à la mémoire des fondateurs —sans aucun doute possible— du libéralisme moderne et de l’économie de marché. L’association entre un citadin fortuné (Saussure) et un paysan (Balmat) parmi les plus pauvres, qui lui servirait de guide dans sa victoire au sommet de la matrice progressiste la plus convaincante de toute l’histoire philosophique du dernier millénaire. Le Mont-blanc (1).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Nicolas Giudici écrit dans sa &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Philosophie du Mont-blanc&lt;/span&gt; que &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’alpinisme fut l’élément providentiel, capable de frapper l’imagination collective dans le mouvement des lumières pour désarmer la résistance religieuse et libérer la ferveur scientifico-ludique. Ou encore c’est parce que personne, aucune autorité n’avait songé a cadastrer le monde des glaces que la rencontre paysans et scientifiques aristocrates a été possible de cette manière interactive à Chamonix.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, ce Mont-blanc-là, immaculé. Le Mont-blanc, sommet des sommets ; un seigneur de glace, monarque de toutes les Alpes... Le Mont-blanc et l’ensemble des superlatifs piteux qu’on lui prêtait pour évoquer le géant de l’Europe occidentale sans trop faire de répétition dans les conférences de presse. Oui, ce Mont-blanc-là, ce simple morceau de caillou recouvert de neige persistante aurait pu jouer le rôle de ce ventre malicieux, cette marmite d’idées révolutionnaires en ébullition prêtes à déferler sur l’ancien monde en pleine décrépitude. Un laboratoire parfait d’où jaillirait sous les semelles cloutées de deux alpinistes d’origine exactement opposée (Balmat et Saussure), l’étincelle d’une trajectoire « libérale », pleine de promesse pour le commerce en général et l’économie touristique chamoniarde en particulier. L’essor du libéralisme (d’aucuns auraient peut-être pu oublier !) toute une médecine « de gauche » Mais si ! Mais de quel « libéralisme » parlions-nous ? Une semence humaniste fourvoyée ensuite dans ses innombrables dérives patriotiques, souverainistes, nationalistes, ou je ne sais quelles autres bestialités idéologiques que l’on préfère généralement classer à droite. Un « individualisme » garant, après un immense saut dans le temps, de l’élection toute assurée du candidat Sarkozy.&lt;br /&gt;Paccard, le pauvre ! ni vraiment paysan, ni non plus aristocrate... Ni anglais, ni genevois, ni même encore français au moment de sa participation à la grande ascension du 8 août 1786 (soit six ans avant que les juges de Louis XVI ne décident de passer les frontières de la grande maison de Savoie...) Un Paccard ni de gauche, ni de droite, mais du « juste » milieu, « girondin » dans sa « montagne »... un Paccard du centre (socialiste libéral peut-être ?)... n’avait rien compris au tonnerre de la liberté qui grondait déjà à sa porte et toutes les saloperies qui ne manqueraient pas de tomber avec. Zeus probablement ! qui voulait se venger de Prométhée ? Une véritable crise de foie qui finit par coûter fort cher à un aigle impérialiste passé maître dans l’art de la goinfrerie sur la grande table de ses propres intérêts européens. Une inévitable envie de gerber à la fin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le type continuait de parler, de fumer, de parler encore avant d’en griller une autre et de recommencer. « Autant que ces chiens n’auront pas » pensa t’il en cherchant les cuisses de la môme Collonges qui avaient complètement disparu de son champ de vision.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le p’tit gars des Praz, un européen convaincu ; internationaliste puisqu’ humaniste ; mondialiste par conséquent. Universaliste. Pour tout dire, apolitique tendance de gauche, mais qui votait quand même à droite comme ses parents catholiques apostoliques et romains pratiquants. Ces valeurs-là et bien d’autres encore. Libéral donc ! Zian, pour le droit à la justice de tous et l’égalité des chances de chacun, pour le libre accès des « promontoires » ; défenseur enflammé de la nature sauvage par opposition à son dégoût prononcé des campagnes, la rase campagne et son « idéologie française » aurait dit Bernard Henri Levy. Leurs clochers retroussés pour laisser pisser les vaches dessous ; américaniste enthousiaste à cause des films de Stanley Kubrick, de David Lynch, de Soderbergh ; un tas d’écrivains géniaux (au hasard : Faulkner, Miller, Kerouac...) toute une culture qui n’avait pas besoin de fonctionnaires mal payés pour s’occuper d’elle à sa place, poursuivit son chemin sur le bitume imbibé de l’image de Danton, de saint Just, de Robespierre, de Marat... et d’un mont-blanc aux couleurs lunaires... d’une déclaration des droits de l’homme et du citoyen transformée en machine à gaufres par toute une politique de droite émancipée grâce au spectacle navrant de toute une gauche française en déconfiture depuis qu’elle avait franchement trempé ses lèvres dans le pot de crème nationaliste sans même nettoyer tout à fait les traces de rouge sur ses bords. Brigitte qui lui courait derrière, complètement ivre et n’y comprenant absolument rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’esquive... je vous parlais du procédé naturel par lequel un alpiniste tente de s’échapper par le haut de tout ce merdier, mais ça ne marchait pas toujours à tous les coups.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le vide... un phénomène d’équivalence entre le néant, l’insignifiant, le déplorable et le trop plein d’idées creuses. Le vide... une vaste fumisterie. Et je ne parlai là que d’un principe valable pour l’économie de marché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chez Valério, le restaurant italien du 88 de la rue Lyret. Un couple, la soixantaine, discute CAC, Dow Jones et Nasdac au comptoir devant une assiette de coques cuites à la crème et un verre de vin italien. « La montagne... » lance au bout d’un moment le client à un type qui cherchait où boire un dernier verre avant d’aller se coucher. « J’en fais pas. Soit il fait trop chaud et t’as la gorge toute sèche, soit il pleut et tu redescends, le costard tout trempé ». Charlie, installé juste à côté, discute avec Nanette, un cigare à la main, commente l’allure des gens qui entrent, ceux qui sortent. Cette fille un peu fière. La serveuse du Rond point croit avoir déjà vu, mais sans se souvenir exactement où. Vanessa derrière le bar, soigne les corps gras du Monsieur essoufflé de s’empiffrer à côté de sa dame pressée de payer, et salue Claire qui termine d’attacher son imper vanille fraise avant de se couvrir d’un chapeau rose bonbon plastifié... « C’est ça ! Claire, bien sûr... L’amie de Brigitte Collonges. La pensionnaire de l’hôtel Mont-blanc**** qui adorait faire la queue chaque après-midi sur la place Balmat pour bouffer des glaces aux parfums américains. »&lt;br /&gt;Zian, trempé de la tête aux pieds, poussa la porte d’entrée juste à ce moment-là. Brigitte aussi, qui suivait son guide à quelques mètres derrière lui.&lt;br /&gt;- Ma chérie ! je te croyais au Mont-blanc.&lt;br /&gt;- La porte! hurla le vieux devant ses coques vides pour épater sa femme d’avoir encore quelque chose à lui dire avant le dessert.&lt;br /&gt;Brigitte voit Claire, voit Nanette aussi. Zian regarde Nanette et puis Charlie assis à côté, salue l’amie de Brigitte d’un simple plissement des yeux.&lt;br /&gt;- Je te croyais au Mont-blanc, répète Claire, je te jure que je pensais ne pas te revoir avant au moins demain dans la soirée.&lt;br /&gt;- Tu t’en allais ?&lt;br /&gt;Brigitte fit comme elle put pour ne pas répondre directement à la question de sa cousine.&lt;br /&gt;- Un temps de merde, répondit à sa place Charlie.&lt;br /&gt;- Oui, un vrai temps de merde. Conclut Zian.&lt;br /&gt;Nanette n’avait pas dit un mot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi 24 juillet, retour de Libye des infirmières bulgares et du médecin palestinien détenus dans les geôles du colonel Kadhafi depuis 8 ans. Une bombe de calibre 75 datant de la dernière guerre mondiale est retrouvée sur le glacier de Trélaporte pendant qu’un groupe de quatre jeunes alpinistes meurent en essayant d’atteindre le sommet du Mont-blanc malgré la tempête et leur manque de matériel adapté pour survivre plusieurs jours à cette altitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi 25. Beau temps. Escalade aux Gaillants. Nuit au Gustavia*** (balcon avec vue sur les aiguilles, douche, télévision).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeudi 26. Toutes les valeurs du CAC sont dans le rouge. « Jeudi noir » pour le marché. L’indice parisien est passé sous la barre des 5700 points en clôturant sur un repli de 2,78%. Un père de famille et son fils sont retrouvés morts au pied de la face nord de Bionnassay après une chute de 800 mètres. Une corniche qui n’a pas tenu le coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi 27. Réunion de conseil municipal au Majestic. Le bras de fer continu entre la mairie chamoniarde et le groupe Barrière aux manettes du casino, et qui ne veut toujours rien lâché des 15% de royalties réclamés par l’hôtel de ville pour continuer de faire fructifier son business de machines à sous. Dominique de Villepin est mis en examen dans l’affaire Clearstream avec l’interdiction judiciaire d’établir un contact avec l’ancien chef de l’état. Wall street clôture toujours à la baisse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi 28 juillet, signature à Courmayeur d’un contrat « éthique » de partenariat avec la cinquième édition du North face™ ultra-trail du Mont-blanc. L’organisation qui prévoit d’accueillir plus de 2500 coureurs de l’extrême cette année à l’assaut des 8900m de dénivelés positifs en moins de 46 heures, se voit attribuer un &lt;span style="font-style: italic;"&gt;label qualité Espace Mont-blanc&lt;/span&gt; (1).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1- Coopération interétatique (Suisse, Italie, France) entre 35 communes du triangle alpin, placée sous l’égide de la Conférence transfrontalière du Mont-blanc, visant à une meilleure protection du site.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des communes &lt;span style="font-style: italic;"&gt;engagées dans la protection et la mise en valeur d’un territoire exceptionnel.&lt;/span&gt; Comme il est indiqué sur le site officiel ou les plaquettes d’information coloriées de cet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Espace Mont-blanc&lt;/span&gt; très... providentiel. Et j’y arrive... Oui ! comme l’imbécile qui avait trop longtemps regardé son doigt, pendant que le sage lui montrait la direction de la lune, comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;le son du cor, le sort du con&lt;/span&gt; chantait Trenet, le cerf qui entant le joli poème au lieu qu’on chante pour lui l’hallali. Le doigt du fou. Et je pensais bien sûr à l’image de ce monsieur de Saussure empierré sur son socle entouré de touristes japonais. Excusez encore une fois ma digression. Saussure donc... l’auriez-vous cru benêt ?... Saussure, un ignorant ! Un amateur de fleurs genevois. Saussure, le riche étranger, l’aristocrate l’œil en coin sur l’index fièrement tendu de Balmat, le local, l’outsider, le petit paysan de l’ « étape » (la grande expédition pour la conquête du droit des peuples à truffer ses idées toutes neuves de « promontoires » acharnés à en découdre avec toutes les murailles et les fentes tyranniques du monde ancien. La victoire, enfin, sur la montagne « Maudite »). Saussure, l’œil en coin, vous disais-je, peut-être plus malin encore qu’on le dit. Saussure qui préféra la compagnie symbolique de cet inculte de Balmat pour grammairiser son futur piédestal dans sa forme libérale, plutôt que la publicité d’un Paccard, jeune docteur en médecine plein d’ambition, érudit en calcul barométrique lui aussi, et prêt à en découdre sur le terrain du promontoire rousseauiste... Michel Gabriel Paccard, son plus sûr concurrent. Sacré H.B. ! en qui la grande, la formidable histoire avait préféré voir l’amoureux, le passionné et pour tout dire, le rêveur docile. Horace Bénédicte de Saussure, l’initiateur, « l’inventeur » du Mont-blanc. H.B. donc ! (à ne confondre avec personne d’autre qui aurait pu fréquenter une école maternelle de Neuilly pour faire de la pub au maire de l’Ouest parisien, futur chef de l’état) arrivé à la hâte au lendemain de la conquête pour rejoindre au plus vite ses petits camarades dans la chronologie des événements officiels et pourquoi pas même, avec une pointe de malice, de réussir à leur voler le premier rôle. L’alpiniste, remettant son agenda mondain pour permettre son grand rendez-vous avec l’histoire, alors que « ce diable » de Paccard est déjà reparti, armes de mesures sur l’épaule, à l’assaut de nouveaux examens pour une relation qu’il compte bien publier sur le dos de son succès avec Balmat et en lieu et place de celle qui seule paraîtrait finalement sous la plume de l’aristocrate genevois le mois de septembre 1787.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Paccard, dans une correspondance adressée au baron Von Gersdorf, témoin officiel de sa véritable victoire avec Balmat, s’exprime ainsi au mois de mai 1787 : &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je n’ai point encore publié la relation de mon premier voyage au Mont-blanc, Monsieur, mille entraves en ont été la cause. J’ai été en butte aux auteurs qui ont écrit sur nos Alpes jusqu’à présent.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque les deux hommes se rencontrent à Chamonix. L’entrevue se passe assez mal écrit Philippe Joutard dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’invention du Mont-blanc&lt;/span&gt;. Et qui aurait été assez sot pour imaginer que les choses pussent se passer autrement ?! &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Je vais donc en grande hâte avant de partir, lui montrer à faire usage de mes instruments pour qu’il fasse des observations correspondantes.&lt;/span&gt; Écrit Saussure dans son journal. Le savant, non content d’essayer d’écarter son adversaire de sa prochaine expédition, lui propose cette manœuvre habile, oui, cette diablerie de l’engager à demeurer le plus loin possible du sommet afin de pouvoir comparer leurs mesures prises au même moment de part et d’autre de la montagne. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il m’impatiente parce qu’au lieu de m’écouter il me fait des questions et des objections alibiforaines ; mais son frère l’avocat me suit très bien et c’est l’essentiel parce qu’il reste au pays, tandis que le docteur va je ne sais où.&lt;/span&gt; Oui, l’histoire de la conquête du Mont-blanc, la belle mythologie qui l’accompagnerait dés lors, s’était en toute vraisemblance écrite ce jour-là, cette « sainte et lumineuse » journée d’une fin du mois d’août 1786, lors d’une discussion pipée dans un sombre « cabaret » chamoniard, entre deux hommes de science compétents, mais dont un seul savait déjà qu’il obtiendrait les faveurs du fameux Mercure de France et celles de ses lecteurs assidus, ses amis d’enfance. Michel Gabriel Paccard, ni aristocrate, ni paysan ; ni touriste, ni même suffisamment trop con pour faire le guide toute sa vie, bonne plume aussi à ce qu’on dit... était très vite devenu gênant pour tout le monde. À telle enseigne que les cérémonies du centenaire de la « victoire au Mont-blanc » avaient eu lieu, non l’année 1886 (date anniversaire de la véritable conquête), mais comme nous le rappellent Yves Ballu, Philippe Joutard ou encore Nicolas Giudici ; l’année 1887, soit la date commémorant l’entreprise victorieuse au sommet d’un certain Horace Bénédicte de Saussure (1), himself.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;1- Horace Bénédicte de Saussure (1740-1799). Le père fondateur de l’alpinisme, lui-même et en personne (le type vissé juste à côté de Jacques Balmat sur le mémorial verdâtre planté au bord de l’Arve pour servir de repose-têtes aux touristes sur leurs photos de vacances). Homme de science, explorateur et philosophe genevois. Un type... qui eut un temps à supporter en marge de sa passion pour la montagne &lt;span style="font-style: italic;"&gt;l’orgueil détestable des beaux esprits parisiens sans aucun respect humain, ni divin, calomniant impitoyablement tout ce qui leur est contraire, et exerçant dans la conversation un despotisme insupportable.&lt;/span&gt; Un de Saussure agacé par la condescendance d’une petite bande de français de grande noblesse seulement préoccupés par leur nombril, et l’alpiniste fut visionnaire... &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Il y a dans toute l’Europe&lt;/span&gt; écrit-t’il a son ami Haller le 13 mai 1767 &lt;span style="font-style: italic;"&gt;une fermentation qui tend à la liberté et dont les suites seront en bien des endroits un redoublement d’esclavage...&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une discrimination volontaire, planifiée, au seul dessein idéologique d’une sorte de New deal à la mode d’une Alpe qui venait de comprendre tout le bénéfice qu’elle pourrait tirer de ses mensonges éhontés, de son négationnisme assourdissant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Ce que je venais voir&lt;/span&gt; écrira plus tard le grand homme de science, le héro se souvenant de son émotion au sommet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;et ce que je vis avec la plus grande clarté, c’est l’ensemble de toutes les hautes cimes que je désirais depuis si longtemps de connaître l’organisation.&lt;/span&gt; Que pouvait-on rajouter ?&lt;br /&gt;Et ce dit en passant (et vous pouvez constater cette fois toute la modestie de ma digression). Ce dit en passant, donc ! Penseriez-vous encore que le Mont-blanc est un humanisme ? Le Mont-blanc, Ce mensonge, cette « invention » !... Chamonix... cette Chamonix « libérale », bâtie sur une mystification, une arnaque. Sa liberté depuis, époustouflante, de dévoyer à sa guise cette grande idée de la libre-pensée, nouvelle, moderne d’un XVIIIe siècle tout entier dédié à la publicité de sa splendeur, de son lustre... Ce libre-arbitre montagnard poli, primitivement reconnaissant des premiers hôtes de la grande aventure humaniste et progressiste en souliers à clous ; ces aubergistes, ces hôteliers des siècles passés... fourvoyés aujourd’hui, avilis à la condition ordinaire des tiroirs-caisses et des bénéfices net. Chamonix, l’activiste hédoniste comme « fils inachevé » des Lumières. Oui, Chamonix, enfant sublime d’Épicure, devenu si vite cet adolescent ventripotent sous sa mère poule montagne chérie, incapable de grandir vraiment. Chamonix, la libérale... et qui voudrait en plus maintenant jouer au géant vert pour se faire bien voir par son père... Chamonix, la verte, Chamonix l’éclaireuse sur le chemin de la raison écologique, le développement durable. Une Chamonix « verte » avec une belle montagne toute blanche et bien élevée par-dessus, le tout très adroitement emballé dans les journaux. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’espace Mont-blanc™ Des communes engagées dans la protection et la mise en valeur d’un territoire exceptionnel&lt;/span&gt; une appellation d’origine sévèrement contrôlée sur des slogans matraqués. Chamonix l’écolo, une Cassandre... Celle qui voudrait nous jouer la partition des lendemains perdus par la faute de la gauche, de la droite, du centre, de tout un tas de préfets, de ministres, de fonctionnaires parisiens qui n’entendraient pas les cris, le dernier souffle du désespéré, le dernier chant d’un mourant... Chamonix, dans le rôle d’un Rolland pathétique. Vraiment !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Mont-blanc, un patrimoine protégé&lt;/span&gt;. La belle histoire d’une affaire « d’un site classée » et j’y viens maintenant sans plus de détours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, car voilà ! Que je vous livre enfin le véritable sens de ma pensée, ma pensée profonde et sans concession. Oui, car rappelez-vous pour commencer... Souvenez-vous d’abord de cette odieuse affaire de camions. Oui, cet accident intolérable du 24 mars 1999 où 39 personnes trouvèrent la mort. Il est 10H46 ce matin-là, lorsqu’un poids lourd prend feu au kilomètre 6,54 du tunnel du Mont-blanc, prenant au piège 24 véhicules dans une fournaise de 1300°c. Cette tragédie donc ! pour laquelle il fut entendu au comble de l’indignation des chamoniards et de toute la France réunie&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tony™&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;(la suite tout bientôt ou presque...)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-size:78%;"&gt;Le respect de la législation sur le Code de la Propriété intellectuelle s'applique au contenu de ce blog. Il ne peut donc pas être téléchargé, reproduit, même en partie, sans l'accord de son auteur. cf : Le Code de la Propriété intellectuelle, Art. L. 121-2. "L'auteur a seul le droit de divulguer son oeuvre. Sous réserve des dispositions de l'article L. 132-24, il détermine le procédé de divulgation et fixe les conditions de celle-ci.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6614284931315845606-1730524142818793706?l=antimontblanc.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://antimontblanc.blogspot.com/feeds/1730524142818793706/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=6614284931315845606&amp;postID=1730524142818793706' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6614284931315845606/posts/default/1730524142818793706'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/6614284931315845606/posts/default/1730524142818793706'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://antimontblanc.blogspot.com/2007/12/premier-chapitre.html' title='L&apos;ANTI MONT-BLANC'/><author><name>jean-Luc Gantner</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='32' src='http://1.bp.blogspot.com/-mRvgoJL0ohM/TX8U-FgjFwI/AAAAAAAAEbo/VZoUQW5Bq_c/s220/photomobile%2B0.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry></feed>
